Catégorie : Article Spiritualité

  • Pour revenir à une reliance

    Pour revenir à une reliance

    Il existe actuellement – comme cela existât autrefois – un affrontement entre les religions. Soyons plus précis : quelques affrontements entre certaines religions en certains endroits de la planète.

    Il y a ceux qui ne croient à la véracité d’aucune et peuvent toutes les renvoyer dos à dos.

    Ceux qui ont foi en une seule et tendent à considérer que les autres n’en sont pas.

    Ceux qui ont foi aussi en une seule mais trouvent légitime que tout le monde ne partage pas la même croyance.

    Ceux qui prêchent l’œcuménisme et peuvent voir en chacune une manière différente mais complémentaire d’aborder une même transcendance.

    Et ceux qui n’estiment ni nécessaire ni condamnable la pratique d’une religion dès lors que la spiritualité s’exerce dans les actes du quotidien.

    Beaucoup de visions différentes…. Sont-elles diamétralement opposées ou peuvent-elles être complémentaires ?

    Des vérités relatives ?

    Parmi toutes ces « catégories », des personnes estiment que la tolérance est essentielle, que la pratique de la paix et de la bienveillance inhérente à chaque religion est un élément ne pouvant être bafoué. Hélas, d’autres personnes plus obnubilées sans doute par la forme que par le fond, considèrent les rituels comme une donnée fondamentale et condamnent, parfois avec violence, toute personne ne partageant pas sa propre croyance.

    Mais de quel Dieu parlons-nous ? Il y a 2 500 ans, le philosophe grec Xénophane, fustigeant l’anthropomorphisme dans la conception des dieux, avait déclaré que si les bœufs et les lions pouvaient peindre, les représentations des dieux seraient des bœufs et des lions. Chacun d’entre nous n’aurait-il pas de Dieu une conception et une représentation qui lui est tout à fait particulière et personnelle ?

    Posons la question différemment : Dieu a-t-il besoin d’une religion pour être ? Ou bien, une religion a-t-elle besoin d’un Dieu pour exister ? Songeons ainsi au bouddhisme (mais on pourrait en dire autant du jaïnisme, du taoïsme et d’autres) qui se définissent comme des religions non théistes. Alors ? Une religion ne peut-elle de ce fait se définir que comme un mode spécifique de vénérer une transcendance et d’en appliquer les principes ?

    Lorsque l’on estime que seule sa propre religion est vraie, c’est que l’on s’est forgé une croyance particulière (par soi-même ou en adoptant celle d’autres personnes qui nous l’ont inculquée, partagée voire imposée). Par « particulière », entendons : subjective et personnelle. Même si on tend à la considérer comme objective et universelle. Il en est de même pour ceux qui les réfutent toutes.

    C’est le sens du célèbre aphorisme de Blaise Pascal « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » qu’il a reprit après Montaigne et d’autres et que d’autres encore reprendront. Il ne s’agit pas de remettre en cause sa propre croyance dès lors qu’elle nous nourrit et nous aide à œuvrer pour donner un supplément d’âme à nos actions. Il s’agit de considérer que l’autre, tout autre, a une vision du monde (et aussi des « arrières-mondes ») qui n’est pas nécessairement la notre. Le considérer et… l’admettre. Non partager cette autre vision mais accepter qu’elle puisse elle-aussi exister.

    Une reliance

    Chaque religion (théiste, évidemment !) a Son Dieu. On estime qu’il y aurait plus de 40 000 dieux actuellement vénérés dans le monde. Probablement est-il oublié dans ce « décompte » l’hindouisme qui comporterait 33 ou 330 millions de dieux, comme une manière d’exprimer qu’ils sont en nombre infini (ou peut-être davantage, en nombre indéfini !).

    Il en ressort donc que tout adepte d’une religion devrait admettre que le Dieu de l’autre est tout aussi valable pour cet autre que le sien propre l’est pour lui. Les arguments de chacun sont au demeurant les mêmes ! Là où le bât blesse, c’est lorsque chaque partisan d’une religion déterminée considère que la sienne est la seule : la seule juste, la seule vraie et donc, la seule admissible. Dès lors, dans ce mode de pensée du « moi j’ai raison, les autres ont tort », il lui est impossible d’admettre qu’un autre Dieu ou une autre religion soit de même valeur, sinon il prend le risque de se renier ! C’est l’une des raisons parmi d’autres pour laquelle tant de morts ont été exécutés au nom de Dieu, tant de tortures, massacres, crimes et autres abominations perpétrés ad majorem Dei gloriam !

    Il est souvent dit que le mot « religion » vient du latin « religare » qui a le sens de « relier » voire de « rejoindre ». On y voit généralement la relation de l’humain au divin. Relation insérée dans la verticalité. On y voit aussi la relation des humains les uns aux autres, sur le plan de l’affectif, de l’amour du prochain et même sur celui de la cohésion sociale et donc dans l’horizontalité.

    Toutefois, l’étymologie est incertaine On devrait l’interprétation du « relier » à deux personnes : le théologien chrétien Tertullien et Lactance, un rhéteur romain du IIIème siècle de notre ère qui, dans son livre « Les Institutions divines» expose que le polythéisme est impossible à défendre et que l’on n’a d’autres choix que d’admettre les dogmes et la morale du christianisme.

    Mais il semblerait qu’il y ait eu confusion entre le religo venant de religio et signifiant « avoir égard à quelque chose » et le religo venant de ligo et signifiant « lier ». Cette confusion n’est pas anodine.

    Saint Augustin propose autre chose. Pour lui, il faut s’attacher à relegere signifiant « relire, reprendre » et trouver un sens à partir, non pas de non pas de ligare (lier) mais de legere (recueillir).

    Il est intéressant d’ailleurs de noter qu’en chinois, le zōngjiào ou en japonais le shûkyô sont tous deux formés d’un premier mot signifiant le temple, la maison d’où vient l’esprit et d’un second mot signifiant l’enseignement. En simplifié, c’est la transmission d’un savoir au sein d’un groupe.

    Si nous prenons le cas de l’Inde, « religion » se traduit par « dharma », terme polysémique puisque, désignant généralement le « devoir », on peut le traduire tout autant par « foi », « religion », « vertu », « nature propre » ou même « bonne action ».

    Sémantiquement, le mot « religion » est donc très évolutif. Il évoque, au sens propre, le scrupule, la conscience ou l’engagement mais aussi, dans un sens dérivé, la crainte des dieux, les croyances et superstitions, les pratiques religieuses. Il a enfin un caractère sacré.

    Vers une ouverture à l’autre

    Et si l’un des aspects essentiels d’une religion était, non pas un ritualisme donné, mais une ouverture à l’autre, à tout autre ? Le rituel ne peut pas être une fin en soi. Il ne peut être qu’un moyen – parmi de multiples autres – pour faciliter cette ouverture. C’est probablement la confusion de l’objectif et du moyen qui conduit à tant d’intolérance et de violence. Trop de primauté donnée au rituel finit par occulter le fond essentiel, l’essence même de la croyance.

    On a vu que, par étymologie et même s’il y a quelques hésitations, la religion devient ce qui relie l’homme à la divinité mais aussi à la société où il évolue. Peu à peu, au fur et à mesure de l’évolution de certaines civilisations, il en est qui ont opéré une séparation entre d’un côté le spécifiquement religieux et de l’autre, une laïcisation de certaines activités qui ressortent seulement de l’humain. Certaines vont même jusqu’à vouloir sacraliser la laïcité, réalisant une nouvelle forme de fusion entre le spirituel et le temporel….

    Le « tout religieux » des débuts s’est grandement effacé mais perdure dans son influence sur la structuration des sociétés et les relations interpersonnelles.

    La question qui demeure néanmoins : comment se fait-il que la religion soit ainsi définie et que certains s’en réclamant puissent commettre des atrocités ? La chrétienté a eut ses heures noires baignées de sang, de cadavres et d’hégémonies intolérantes ; on ne peut hélas le nier. Mais cela n’enlève pas non plus ses grandeurs, ses beautés et son humanisme vrai. Aujourd’hui, l’Islam prend, pour certains, le même chemin et quelques uns de ceux qui s’en réclament utilisent et instrumentalisent Dieu (ou « leur » Dieu) en en faisant le prétexte ultime et imparable pour justifier ce que l’être humain peut recéler de plus atroce au fond de lui.

    Au-delà de toute référence à un dogme spécifique, comprenons que tout « fascisme spirituel » d’une religion donnée ne peut qu’exacerber celui des autres religions ainsi que celui de ceux qui les rejettent toutes. En outre, c’est là la négation la plus absolue des principes dont on se réclame car la reliance fait alors place au rejet et à l’exclusion. Le Dalaï Lama rappelait fort à propos : “Il n’importe pas qu’un être soit croyant ou non : il est plus important qu’il soit bon.”

    Dès lors, il importe de développer l’esprit de tolérance et d’accepter que les croyances de l’autre ne sont ni supérieures ni inférieures mais simplement différentes et que toutes ces différences ne sont pas des obstacles à une véritable reliance mais des complémentarités. Cette acceptation semble si difficile qu’elle en devient un défi majeur à relever pour faire régner une harmonie.

    Il existe mille manières de comprendre un Sens, d’y accéder et de le vivre. Que chacun puisse le vivre en parfaite concordance avec sa propre conscience mais aussi – et surtout – avec celle des autres qui l’entourent.

     

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  • Comprendre l’incompréhensible

    Comprendre l’incompréhensible

    Qu’y a-t-il dans la tête de ceux qui sont animés d’une volonté de tuer ? Ont-ils une motivation ? Sont-ils des fous ? Agissent-ils par impulsion ? Ou à la suite d’un raisonnement méthodique ?

    Il est bien difficile de trouver une réponse adéquate et équilibrée à ces questions. Et pourtant, j’avais envie – besoin – de comprendre. Un acte négatif qui parait sans raison ajoute l’incompréhension à l’inacceptable.

    Emotions et (dé)raison

    Les faits peuvent être résumés en quelques mots. Vendredi 13 novembre 2015, dans la soirée : une poignée de terroristes se fait exploser, d’autres mitraillent à Paris. Bilan : presque 130 morts et plus de 350 blessés.

    Trois émotions surgissent alors : peur, colère et tristesse, toutes ensemble ou une seulement. Peu importe l’ordre, chacun selon son ressenti.

    Peur rétrospective : « Si j’avais été là à ce moment précis….. » Peur projective : « Où vont-ils attaquer prochainement ? ».

    Colère   : contre ces barbares, contre ceux qui les commandités, contre ceux qui partagent leurs convictions, contre nos dirigeants qui n’ont pas assurés notre protection en amont, contre des croyances religieuses qui servent de paravent à l’ignominie,…

    Et tristesse : pour ceux qui sont morts, pour ceux qui sont atteints dans leur chair et dans leur cœur, pour leurs proches, pour ceux qui n’y sont pour rien mais risquent d’être la cible d’une vindicte générale, pour le chaos que l’Humanité rencontre. Pitié même pour ces barbares qui ont sombré dans la noirceur, dans les ténèbres, qui ont perdu leur âme, leur sens de l’humain.

    Emotions mêlées, entremêlées et bousculées et pour les dompter, volonté de comprendre : que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui a généré ce cauchemar ? Pouvait-on l’éviter ? Peut-on éviter les prochains ?

    En un autre endroit de la planète, d’autres émotions sont apparues, celles de la joie, du sentiment du devoir accompli, d’un devoir nécessaire, utile, bienfaiteur. Cela, nous ne pouvons pas l’admettre car nous ne pouvons le comprendre. Ces barbares sont encore plus barbares que ce que l’on croyait ! Ils ne sont plus des humains. Leurs croyances mortifères est une honte inconcevable. Etc.

    Comment comprendre ce qui apparait tellement incompréhensible ?

    Généalogie d’une tragédie

    Si les médias officiels donnent une certaine version, ceux qui sont indépendants ou situés à l’étranger en donnent d’autres. A toutes les comparer et recouper, une tendance se dessine et qui semble être la plus objective.

    Si on résume très succinctement, il apparait que sous couvert de bonnes intentions, nombre de pays occidentaux ont imposé la démocratie à d’autres pays (notamment Afghanistan, Irak, Libye, Tchad, Syrie, etc). Attitude de celui qui SAIT ce qui est juste et bien et veut l’imposer à l’autre sans s’encombrer de ce que cet autre en pense. Au besoin, cela s’impose par la force, la brutalité, la violence et les arguments sont remplacés par des bombes.

    Vouloir « sauver » l’autre en lui imposant des valeurs que l’on estime supérieures, cela s’appelle de la tyrannie.

    Le faire avec des bombes qui tuent indistinctement militaires et civils en semant la mort et la terreur, cela s’appelle de la barbarie. Quelque soit le drapeau humanitaire que l’on brandit.

    En outre, les intérêts financiers (principalement mainmise sur les gisements de pétrole) apparaissent comme les véritables motivations. Mais elles sont camouflées sous l’étendard de la démocratie.

    Ce vendredi 13, face au carnage de cette dizaine de terroristes, il est proclamé, avec une intonation d’horreur et d’effroi : « Nous sommes en guerre ! ». Qu’en pensent ceux qui, depuis quelques années, comptent leurs morts et blessés par dizaines de milliers avec cette « démocratie « qu’on leur envoie exploser dans la figure ? Posons-nous la question : si nous étions à leur place, accepterions-nous que d’autres Etats se mêlent de nos affaires avec une telle violence ?

    Et si j’étais….

    L’empathie, c’est comprendre ce qu’autrui ressent et sa manière de voir une situation. J’ai essayé de me mettre en empathie avec ces « barbares ». Dieu, que cela est difficile tant que l’émotion est là !

    Pratiquer l’accueil de l’autre dans la bienveillance, non au cas présent mais faire effort pour le comprendre. Pas pour l‘excuser ou l’absoudre, pas pour partager son point de vue mais juste pour comprendre ce point de vue…incompréhensible à première vue.

    Je me suis imaginé syrien vivant en Syrie. J‘ai entre 20 et 30 ans et je vis dans des conflits sanglants depuis quelques années. Je n’ai pas eut une instruction suffisante pour savoir lire, analyser et argumenter. Ma maison a été détruite, mes proches sont morts ou handicapés à tout jamais par la faute d’une bombe qui ne devait détruire qu’une installation militaire. Je n’ai plus rien ; je sais que dans ces pays qui veulent me « libérer » (mais de quoi ???), les gens usent au quotidien de biens d’une telle valeur que jamais je ne pourrais les posséder, même au terme de ma vie.

    Alors que faire ? Subir sans rien faire ? Découvrir parfois qu’un média étranger décrit mon pays et ma situation d’une manière telle que j’ai l’impression qu’il s’est trompé de pays ? Dans ces conditions cruelles et sanglantes qui ne durent pas un soir mais s’éternisent de mois en mois, quel avenir avoir, quel sens donner à l’existence ?

    La religion dans laquelle j’ai toujours baigné parait seule pouvoir donner cette lueur que j’espère. Sur la base des enseignements que j’ai reçus, on me propose d’en avoir une autre compréhension. Qui me permettra, moi aussi, de dire ce qui est juste et vrai. Je l’entends tous les jours, tout le monde autour de moi partage la même idée, je finis par être convaincu que là et nulle part ailleurs est La Vérité.

    Que faire cependant ? On me propose de servir ma religion. Oui, bien sûr, et comment ? En chassant ceux qui la fustigent, en allant détruire ceux qui détruisent mon pays, en vengeant ceux qui ont éliminés mes proches, en les convertissant à ce qui est juste et vrai. Et, grâce à cela, mon Dieu sera reconnaissant d’avoir participer à la victoire de La Vérité.

    La suite, on la connait : je suis formé au maniement des armes et des explosifs et il m’est demandé d’aller détruire ces « barbares » de l’Occident. Tuer des innocents, des femmes, des enfants ? C’est ce que ces Occidentaux font depuis quelques années chez moi, régulièrement, sans état d’âme. Pourquoi en aurais-je ?

    Des jeunes occidentaux s’engagent dans une armée pour venir combattre dans mon pays ? Je m’engage aussi dans une organisation pour aller combattre chez eux.

    Ils tuent chez moi au nom d’un principe politique ? Je tuerai chez eux au nom de ma croyance religieuse.

    Ils se réjouissent lorsque leurs avions ont pilonnés mon pays ? Mes camarades se réjouiront quand j’aurais exécuté ces barbares, mécréants de surcroit.

    Ils ne comprennent pas mes motivations et leurs trouvent folles, meurtrières et barbares ? Je ne comprends pas non plus leurs motivations folles, meurtrières et barbares. La différence, c’est que moi, je le subis depuis longtemps et qu’à leurs 130 morts, je leur oppose quelques dizaines de milliers de chez moi. En fait, à préparer ces attentats à Paris, je suis parfaitement légitime !

    Comprendre….

    Je le disais plus haut : l’empathie, c’est comprendre ce qu’autrui ressent et sa manière de voir une situation. En racontant cette fiction, en m’imaginant syrien combattant dans cette organisation sanguinaire, j’en mesure toute l’horreur. Mais à la réflexion, est-ce vraiment délirant ? Ne sommes nous pas toujours le barbare de l’autre ?

    Encore une fois, mon propos n’est pas de provoquer, d’excuser ou de justifier. Il est juste : puis-je comprendre les motivations de cet autre qui, de son point de vue, a autant de raisons « valables » de haïr mon comportement que j’en ai à haïr le sien ? Je peux trouver qu’il trahit ses convictions religieuses et qu’il est un parjure vis-à-vis du Dieu qu’il invoque. Il peut tout aussi bien trouver que je trahi mes convictions morales et que je suis est un parjure vis-à-vis du principe politique que j’invoque. Chacun, dans sa vision du monde, a ses raisons et sa « vérité ».

    J’ai la chance de vivre dans un pays prospère et en paix. J’ai la chance d’avoir pu suivre des études, d’avoir eu des maitres qui m’ont appris à réfléchir, à argumenter, à envisager d’autres visions. J’ai la chance de connaitre ces conflits par le biais des médias et non de les subir dans ma chair.

    Mathieu Ricard le soulignait récemment : « Avant d’être endoctrinés, tous ces jeunes ne sont pas nés en se disant: je vais tuer tout le monde autour de moi ! »

    Cela est vrai mais lorsqu’en réaction à ces attentats, on envoie des avions commettre un bombardement à l’issue duquel près de la moitié des morts sont des enfants, j’ai de la peine. Oui, car ces enfants aussi ont un père et une mère qui à présent pleurent et qui, une fois leurs larmes séchées, vont éprouver une haine encore plus grande. Cette vengeance ne prépare-t-elle d’autres Vendredi 13 ? Gandhi déclarait : «En opposant la haine à la haine, on ne fait que la répandre, en surface comme en profondeur.»

    Je ne suis pas un expert militaire, en aucune manière. En revanche, je suis un citoyen qui a toute violence en horreur et qui s’alarme et s’attriste de ce que nous répondions à la violence par une autre violence.

    Je suis un citoyen qui ne comprend pas que nous nous mêlions de ce qui se passe dans un autre pays alors que nous trouverions inadmissible que l’inverse se fasse.

    Je suis un citoyen qui ne comprend pas que nous trouvions normal d’utiliser des armes pour imposer notre façon de voir les choses et anormal que les autres fassent de même à notre encontre.

    Je ne dis pas qu’il ne faille pas arrêter l’expansion diabolique de Daesh ! Je m’interroge cependant : quelles autres voies avons-nous réellement explorées qui ne soient pas celle de la violence ? Et par pitié, que l’on n’aille pas m’opposer la formule stupide « On n’est pas au pays des Bisounours ! ».

    Nous avons trop souvent l’habitude de juger et condamner l’autre et nous en restons là. Or, notre monde a besoin d’éthique et d’amour. « Conquérons le monde non avec des bombes et des fusils, mais par l’amour et la compréhension! » disait Mère Térésa.

    Comprendre l’autre est-il le premier pas vers la bienveillance ?

    Puissent tous les dirigeants du monde éprouver un tout petit peu de compassion et de bienveillance et regarder vers le ciel plutôt qu’au fond d’un puits de pétrole….

  • Une belle amie qui nous veut du bien

    Une belle amie qui nous veut du bien

    En ce moment, elle est magnifique, presque opulente mais pas trop. Elle grandit généreusement tout en s’abreuvant de soleil. Quand on la goute, sa saveur est forte et presque envoutante.

    Amie sûre et bienveillante, un peu rustique, presque sauvageonne, elle est facile à vivre. Peu sensible à son environnement dès lors qu’il est abrité et léger et même pauvre. On ne se lasse pas de la contempler car elle est vraiment séduisante. Elle a pour nom Salvia Officinalis. Pour ceux qui ne goutent pas trop le latin, elle se présente en toute simplicité comme sauge officinale.

    Découvrons ensemble cette plante de santé considérée comme herbe sacrée et qui a toutes mes faveurs.

    La bien portance à travers les âges

    Il existe quelques centaines d’espèces botaniques de sauges. Certaines sont purement ornementales sans effet thérapeutique, d‘autres ont un parfum d’orange ou de lavande, voire d’ananas, de pomme ou même de menthe et il en est, comme la « sauge divinatoire », qui possèdent des effets hallucinogènes.

    Restons-en à la sauge officinale, grande dispensatrice de bienfaits. Son nom vient du mot latin salvus : « être bien portant, en bonne santé ». Un dicton provençal déclare d’ailleurs : « Qui a de la sauge dans son jardin n’a pas besoin d’un médecin ». Elle est en effet incomparable pour apporter des sensations de force, de santé, d’harmonie et de bien-être.

    L’Antiquité (égyptienne, grecque et romaine) connaissait les qualités de la sauge comme aliment et médicament et elle faisait aussi partie de la médecine ayurvédique en Inde. C’est l’une des herbes les plus anciennes cultivée, également utilisée par les médecines traditionnelles Chinoise, Perse et Celte. Elle fut « Herbe sacrée » pour les Latins et « couronnée » herbe royale par Charlemagne qui d’ailleurs édicta un acte dans lequel il préconisait la culture de certains arbres fruitiers et plantes dont la sauge. Ces cultures devaient se faire dans les jardins de l’empire lequel, sous Charlemagne, s’étendait à une bonne partie de l’Europe ! Quant à la sauge, fin connaisseur, il demanda qu’elle fasse partie des herbes royales cultivées dans son jardin.

    Présente dans la plupart des jardins des monastères au IXème siècle, elle s’invita ensuite dans les jardins des paysans et le Moyen-âge en a été un grand prescripteur pour améliorer tous les états difficiles, même lors d’épidémies de lèpre. Au XIème siècle, un autre dicton plein de sagesse disait même : « Pourquoi l’homme mourrait-il tant que la sauge pousse dans son jardin … si ce n’est qu’il n’existe aucun remède contre le pouvoir de la mort  ». Plus tard, Louis XIV l’aurait consommée en tisane chaque matin. Cela expliquerait-il que son règne de 72 ans fut le plus long de l’histoire de France et même d’Europe ?

    Magie végétale

    Jolie plante aux feuilles gris-vert , la sauge officinale a de superbes fleurs bleu violacé qui attirent les abeilles. (bravo pour l’écologie !). Sa beauté la rend très agréable dans un jardin mais elle se cultive aussi en pot. Son feuillage persistant la rend « disponible » toute l’année, même si sa consommation printanière ou estivale est meilleure. Toutes ses propriétés l’a font considérer comme une plante miracle et permet d’éviter frais de médecin et de pharmacie !

    Grande source de vitamine K, nécessaire pour la coagulation du sang, elle intervient pour traiter les troubles digestifs (spasmes gastriques et intestinaux, ballonnements, flatulences, éructations, digestion difficile), les maux de gorge et l’inflammation des muqueuses de la bouche (aphtes, gingivites), du nez et de la gorge (amygdalites) ainsi que toutes les affections touchant l’arbre respiratoire (angine, bronchite, emphysème, grippe, refroidissements, toux, ….).

    Anti-sudorale, elle est également utilisée en cas de transpiration excessive et est indiquée chez la femme lors des troubles menstruels et de la ménopause avec bouffées de chaleur. Attention toutefois, au cours de la grossesse : elle est antigalactogogue (freine ou arrête la lactation) et est déconseillée aux femmes qui allaitent. Hors ce cas, nombre de femmes la préconisent, considérant qu’elle facilite l’arrivée des règles et en apaise douleurs et fatigue

    Elle est utilisée dans deux cas principaux :

    • Comme antispamodique : elle agit de façon relaxante sur les muscles de l’estomac et des intestins (Parfait pour les digestions lentes ou difficiles). De plus, elle est cholérétique : elle facilite et augmente la sécrétion de bile, laquelle participe à la digestion des graisses.
    • Et pour ses vertus antiasthéniques : excellent fortifiant dans les états de fatigue (physique, intellectuelle et nerveuse) dus à des périodes de surmenage, des infections virales ou des chocs émotionnels ainsi que comme reconstituant dans les convalescences. Elle aide même à combattre l’asthénie sexuelle et comme elle stimulante, elle agit dans le traitement des états dépressifs légers et d’anxiété.

    Véritable élixir de bien-être et alliée anti fatigue, potion antistress, elle est tonique et tonifiante mais n’est pas un excitant. Elle n’est donc pas à utiliser comme dopant mais comme régulateur qui aide efficacement à déjouer les états de fatigue. Toutefois, du fait de ses propriétés hormonales, il ne faut pas abuser ni en faire des cures trop prolongées.

    A toutes les sauces ?

    Comment l’utiliser ? Tout simplement en infusion : 15 à 20 grammes ou une petite poignée de feuilles (séchées ou pas) dans une tasse pendant 10 minutes. Filtrez et consommez 2 à 3 tasses par jour, matin midi et soir après les repas. En cas d’insomnie et d’angoisse nocturnes, prenez 1 tasse au coucher. Son gout pouvant être amer, marriez-là à une autre plante à odeur forte (menthe, thym ou sachet de thé). Le soir, bien sur, ni thym ni thé qui sont trop excitants.

    Grâce à la combinaison de ses propriétés antiseptiques et calmantes, vous pouvez en faire une décoction à utiliser en bain de bouche (soin des gencives, aphtes et maux de dents) ou en gargarisme (mal de gorge, angines notamment) à raison de 3 à 4 fois par jour. Les feuilles de sauge, riches en antioxydants, ont des vertus anti-inflammatoires et arrêtent la prolifération des germes dans la bouche.

    Utilisez la aussi en condiment ou dans des salades ou en la mettant dans l’eau de cuisson des légumes. Il existe nombre de recettes parlant de la sauge avec… gourmandise !

    Une plante de santé

    Depuis toujours, on attribue à la sauge officinale des vertus prodigieuses avec la capacité de guérir tous les maux. Et effectivement, c’est l’une des meilleures plantes médicinales tant ses vertus sont nombreuses. Elle symbolise la santé.

    En outre, elle éloigne les énergies négatives. A ce titre, elle est utilisée dans des cérémonies (en particulier dans le chamanisme) afin d’acquérir le plus de pureté possible, physiquement  certes mais aussi spirituellement.

    Dans notre quotidien, des feuilles mises à bouillir dans une casserole désinfectent et parfument agréablement une pièce. Cela permet aussi de purifier et désinfecter les lieux (lors d’une maladie par exemple). On peut également brûler les feuilles sur des charbons.

    Autrefois associée avec l’immortalité et la longévité, la sauge permet de retrouver peu à peu son harmonie. Ce dont le monde souffre – et qui est régulièrement dénoncé – c’est une séparation entre soi et soi, entre soi et son environnement. D’où un manque d’harmonie et d’équilibre. La sauge ne fait pas tout, bien sur, mais elle fait beaucoup et la prendre comme alliée participe à cette quête d’équilibre, à un meilleur alignement de toutes les composantes de notre être.

    Avec toutes ces qualités (et il en existe d’autres encore), elle mérite son nom d’herbe sacrée !

  • Une nouvelle génération ?

    Une nouvelle génération ?

    On a parlé de la génération X. Puis de la génération Y. Et de la Z. Après, l’alphabet s’arrête !

    Mais voici maintenant la génération G en train d’émerger, tranquillement mais surement.

    G comme Gentillesse, comme Gratuité, comme Générosité.

    Panorama de générations

    Il y a quelques temps, le monde du management s’est rendu compte que 3 générations se côtoient dans les entreprises :

    1/ les « baby-boomers » : nés entre 1945 et 1965, ils ont connu la croissance, le plein emploi, une sorte d’âge d’or du travail mais qui est allé peu à peu en s’amenuisant.

    Nourrie avec les idées de progrès, de prospérité, de paix et de consommation, et élevée dans le respect de la hiérarchie et de certaines normes assez intangibles, ils ont faire effort pour s’adapter aux nouvelles règles : flexibilité du travail, rapport décomplexé à l’autorité, réactivité immédiate, travail en équipe, etc. Ils sont cependant reconnaissante à la génération Y de les initier au fonctionnement des TIC pour demeurer compétents dans un paysage en changement constant et rapide.

    2/ la génération X : née entre 1965 et le milieu des années 80, elle a été marquée par la disponibilité de la pilule contraceptive  puis par le sida, Tchernobyl, la fin de l’URSS, les chocs pétroliers et les innombrables progrès technologiques (passage du minitel à internet et aux TIC).

    Elle a souvent une vision sceptique, pessimiste et cynique du monde, mais montre une grande exigence envers elle-même et s’accroche pour gravir les échelons.  Marquée par la montée rapide du chômage et la difficulté à trouver un emploi à la hauteur de ses diplômes, elle est très souvent « hard worker » avec une vision du travail basée sur la méritocratie

    3/ la génération Y : née entre 1980 et 1995, ayant grandi au rythme d’internet, des ordinateurs et de l’électronique portable, elle n’a pas connu le monde sans sida mais n’a pas connu non plus les menaces de la guerre froide et était suffisamment jeune lors de l’abandon des monnaies nationales pour y être attaché. Génération de l’appartenance européenne, de l’Espace Schengen, de la zone euro, de la mondialisation, des échanges Erasmus, de l’instantanéité mais aussi de la désillusion économique et de la précarité.

    Refusant de sacrifier sa vie privée ou ses engagements sociaux, elle remet en cause les modèles existants et privilégie l’innovation et le culot. Biberonnée à Google, ayant un accès instantané à un nombre croissant d’outils et de services, elle attend de son manager la même réactivité que le Net. Se caractérise par les quatre « I » : Individualisme, Impatience, Interactivité et Interconnexion.

    Et maintenant arrive une 4ème génération, la Z : née après 1995, ayant toujours connu les TIC et connectée en permanence, elle évolue au rythme effréné de la technologie mobile et du web social et ne conçoit pas une vie sans ordinateurs, GPS, portables, blogs, sites de partage, etc.  Elle est en train d’aborder le monde du travail et se caractérise par les 4 C : Communication, Collaboration, Connexion et Créativité.

    Le point G ?

    Comme si ces classifications ne suffisaient pas, voici qu’apparait une toute nouvelle génération : la G.

    G ? Et bien oui !

    Et pourquoi donc ? Parce que, ici, G signifie avant tout Générosité. A la différence des autres, elle ne se définit pas sur des critères démographiques ou sociologiques mais par des valeurs qui lui sont propres et qu’elle fait vivre.

    Elle se compose de personnes plutôt jeunes (mais des « anciens » en font aussi partie) dont les moteurs d’action et de satisfaction personnelle sont la générosité, le partage, l’échange, l’attention portée aux autres et l’écologie au sens large : étude et respect des êtres vivants, de tous les êtres vivants. Et ce « tous » est essentiel.

    Ils sont arrivés par réaction à un modèle régulièrement dénoncé : consumérisme outrancier, cupidité, égoïsme, gaspillage de ressources, déséquilibres, défaitisme, cynismes, paupérisation, etc. Mais dénoncer ne suffit pas. Agir est mieux. C’est donc aussi une génération porteuse d’aspirations positives dans ses visions de l’avenir et dans ses comportements de citoyen responsable, attentive au bien collectif et à l’harmonie sur la planète.

    Le statut social et la reconnaissance pour ce que l’on a importent peu. En revanche, ce qui compte, c’est d’être reconnu pour ce que l’on est et pour ce que l’on fait. Certes, ce n’est pas nouveau.

    La nouveauté vient de l’ampleur du mouvement et des nouvelles habitudes qui s’installent en force, un peu partout.

    La nouveauté vient d’une créativité débordante et enthousiaste, soutenue par un souci constant d’apporter une contribution positive.

    La nouveauté, c’est la conscience qu’être le « sauveur du monde » est une utopie mais que l’effet boule de neige de milliers et millions de petites actions a du sens et constitue une réalité.

    La nouveauté vient de l’importance donnée au don, au partage, à la collaboration, le tout associé à des besoins de contacts humain sincères, authentiques et véridiques.

    Un changement de paradigme

    Pour les générations antérieures, le savoir souvent s’accouple souvent au pouvoir : jalousement conservé pour asseoir son autorité ou sa supériorité. Sa distribution partielle se cantonne à un petit cercle « d’élites », selon le vieil adage « diviser pour mieux régner ».

    Quand on s’est accoutumé à ce mode de fonctionnement, on le duplique en général dans ses autres domaines de vie. Rien de tel pour multiplier les non-dits, accroitre rancœurs et inégalités et scléroser une société.

    Autre temps, autres mœurs ! La génération G décline dans la société civile les habitudes d’Internet : échange, gratuité, contribution à une communauté, participation à des projets écologiques, humanitaires ou sociaux etc. Le savoir est mis en ligne dès qu’il peut être utile à d’autres et servir une cause que l’on croit juste et bonne.

    Chacun y a donc accès, instantanément, même à l’autre bout de la planète et gratuitement de surcroit. Immense encyclopédie à ciel ouvert, consultable par chacun et que chacun peut enrichir à son tour. Après la période du savoir individuel et secret, on entre dans « l’âge de la collaboration ». S’y ajoute un impératif : le développement durable.

    On ne raisonne plus à l’échelon particulier mais à l’échelle de la planète.

    On ne cherche plus un profit personnel et immédiat, on prend en compte le bien commun dans ses dimensions environnementales et sociales et on vise le long terme.

    Cette habitude et cet impératif, mis ensemble, ont un impact économique puisque sont privilégiés le troc plus que l’achat/vente et le recyclage en opposition au couple consommation/gaspillage.

    D’ailleurs, on privilégie les marques qui s’engagent réellement dans une cause reconnue comme positive ; le discours ne suffit pas, il faut des actes et on attend de plus en plus d’une entreprise qu’elle soit socialement responsable. A l’inverse, celles contribuant à une désagrégation de l’ensemble ou dont l’impact est considéré comme négatif sont dénoncées et font l’objet d’appels au boycott.

    Un monde en mouvement

    De tous temps, les générations anciennes avaient un regard critique sur les plus jeunes. Quand on s’inquiète du monde de demain, souvenons-nous de ce prêtre égyptien vers 2000 avant J.C. : « Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut pas être loin» écrivait

    Ou de Socrate, quelques siècles plus tard  : « Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge.» ». Même Hésiode, en 720 avant J.C : «Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays, si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain, parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible».

    Bref, à chaque fois, le même refrain : « c’était mieux avant ». Critique passive et négative. Alors, si on n’est pas d’accord, autant agir ! La jeunesse ne se résume pas à des dealers qui brulent des voitures après 23 heures quotidiennes passées sur des jeux videos violents !

    En 1964, André Frossard publia un livre au titre évocateur : « Dieu existe, je l’ai rencontré ». En le paraphrasant, je pourrais affirmer aujourd’hui : La génération G existe, je l’ai rencontrée ! J’ai en effet eut le plaisir et la chance d’être convié fin janvier à une manifestation organisée par WE4 Community, l’un de ces nombreux mouvements qui se créent pour qu’un changement s’opère concrètement et ne demeure pas une attente vaine ou un espoir toujours repoussé.

    Elle s’intitulait « WE4 Change »  avec comme objectif avoué : Inspirer des jeunes à devenir entrepreneur du changement.

    Sa particularité, par rapport aux colloques traditionnels, peut se résumer en 4 mots : spontanéité, créativité, curiosité et convivialité. Pas un slogan abstrait mais une réalité à laquelle chaque participant donne vie.

    Pour synthétiser, je définirais son état d’esprit comme la fusion entre la phrase de Gandhi « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » et la morale du Colibri popularisée par Pierre Rabhi : que chacun fasse sa part à la hauteur de ce qu’il est et peut.

    Des lendemains qui chantent ?

    Quand je constate la qualité de l’énergie et de l’enthousiasme communicatif de ceux qui veulent être acteurs de la société à venir, eh bien, je ne me range pas du côté des pleureuses qui se lamentent que les choses soient différentes de ce qu’elles « devraient » être.

    Quand on entend tous les défaitistes énoncer quotidiennement ce qui ne va pas en attendant que d’autres se mettent en mouvement, quel plaisir de rencontrer ceux dont le mot d’ordre est : agir ! Un agir collectif où chacun apporte sa pierre à l’édifice et met ses compétences et son excellence au service des autres. L’altruisme reprend enfin ses droits en s’appuyant sur deux principes fondamentaux : donner et partager.

    Pas d’angélisme niais, bien sur, et la médaille aura toujours un côté sombre avec ses horreurs, massacres, destructions et abominations en tous genres. Mais que cela ne cache pas le côté lumineux de la médaille avec sa créativité, sons sens de l’entraide et de la contribution positive, sa débrouillardise, son enthousiasme et sa générosité !

    Cette génération G va-elle enfin supplanter l’individualisme forcené du « Me, myself and I » ? Elle s’y prépare activement. Par exemple, un de leur slogan, magnifique : « Je suis un optimiste offensif ». C’est quand même mieux que le « Tous pourris » qu’on entend souvent, non ?

    Alors, à ceux qui partagent et vivent ces qualités, je dis : bravo, foncez, allez-y !

    Et surtout : Merci ! Merci de (re)prendre les rennes pour créer un monde différent.

  • Pour une année lumineuse

    Pour une année lumineuse

    Comme chaque année, celle qui débute est auréolée de vœux. Qu’elle soit considérée comme une corvée ou appréciée pour la proximité qu’elle permet, la tradition perdure.

    Mais que souhaitons-nous aux autres ? Ces vœux sont-ils juste une marque de politesse ou avons-nous l’espérance secrète qu’ils se réalisent ? Dans ce dernier cas, comment peuvent-ils devenir une réalité ?

    Des vœux de paix

    Parmi les vœux que nous adressons, il en est de différentes sortes. Il y a ceux que nous nous faisons à nous-mêmes, « bonnes » résolutions que nous tiendrons un peu, beaucoup ou…pas du tout ! Et ceux que nous adressons aux autres, qu’il s’agisse de relations professionnelles, de personnes dont nous souhaitons maintenir ou renouer le contact ou de personnes qui nous sont proches.

    Si nous fustigeons souvent ceux de pure convenance, nous avons cependant toute latitude pour en adresser qui aient du sens et ils n’en acquièrent qu’autant qu’ils viennent du cœur. Nous pourrions d’ailleurs établir une classification – très sommaire, il est vrai – où nous retrouvons les vœux de bonne santé, ceux de prospérité et de bonheur, ceux d’accomplissement de nos rêves et projets et ceux de paix. Qu’est-ce qu’un vœu ? C’est un souhait que quelque chose que nous désirons ardemment puisse se réaliser réellement et quitte donc la sphère du possible pour entrer dans celle d’une réalité palpable, tangible, vivante.

    Les vœux de paix ne se limitent d’ailleurs pas à la seule nouvelle année, tant il est vrai que notre belle planète bleue, perdue dans l’immensité du cosmos, est quotidiennement esquintée, ensanglantée et endeuillée par des conflits qui, du point de vue de Sirius, sont une absurdité. Il n’en demeure pas moins que les souffrances qu’ils véhiculent appellent nos souhaits d’une paix durable entre les nations, entre les peuples, entre les personnes.

    La paix mondiale est régulièrement réclamée. Elle est par exemple l’un des objectifs primordiaux de l’unité européenne, tel que cela figure dans la déclaration Schuman du 9 mai 1950. Ou bien, depuis 1968, a été instauré par le Pape Paul VI (et sur l’initiative de Raoul Follereau), une journée mondiale de la paix, célébrée chaque 1er janvier. Elle fait également fait, grâce aux Nations Unies et depuis 1981, l’objet d’une journée internationale chaque 21 septembre aux fins d’obtenir un cessez-le-feu dans les zones de combat.

    Une paix irréelle ?

    L’une des grandes problématiques est de bien déterminer ce que l’on vise. Nombreux sont ceux qui aspirent à la paix dans le monde. Des êtres inspirés, grandes figures de l’Humanité, l’ont appelé de toutes leurs forces et ont exhorté les gens à la mettre en œuvre et à la vivre. Hélas, force est de constater que ces vœux n’ont été que très partiellement respectés. Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui la demandent, la réclament et malheureusement en restent là.

    Héraclite d’Ephèse, dès la fin du VIe siècle avant notre ère, se lamentait de ce funeste travers de l’humanité à se contorsionner dans une violence récurrente. Mais il nous avait prévenus que chaque chose vit en harmonie avec son contraire, qu’elle est un assemblage en constant mouvement de forces opposées. La paix obéit au même processus.

    Peut-on croire que, s’il n’y avait plus ni guerre ni conflit, la paix existerait ? Ne peut-on pas plutôt considérer que, lorsque l’on est en présence de deux forces opposées, il est préférable d’accroitre l’une d’elle autant que faire se peut plutôt que d’user ses forces à vouloir détruire l’autre ? L’harmonie n’est-elle pas davantage réalisable en cherchant un équilibre satisfaisant des forces ? Conceptuellement, il apparait préférable de vouloir l’annihilation de celle que l’on considère comme négative. Mais concrètement, est-ce seulement possible ? La réponse à ces questions repositionne l’attitude à adopter.

    Aussi, vouloir la paix partout dans le monde semble s’apparenter davantage à une posture idéologique qu’à une réalité. Malgré la beauté de la valeur qui la sous-tend, malgré la qualité des aspirations qu’elle fait naitre, malgré la pureté des sentiments qui l’animent, elle est souvent ce que l’on appelle un vœu pieux, expression désignant un souhait qui n’est pas réalisable. Cela ne signifie nullement qu’il faut rester un spectateur passif. Cela implique plutôt de faire ce qui est réalisable et d’accomplir ce qui est à notre portée.

    Il se trouve que le pape François a donné une inflexion différente, ramenant ces idéaux vers davantage de réalisme. Tout d’abord, et à l’instar de ses prédécesseurs, il a appelé à plus de fraternité, rappelant que cette valeur découle des enseignements du Christ et occupe, dans le christianisme, une place centrale. Il a donc, lors de la Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2014, insisté sur la nécessité de cette valeur comme « fondement et route pour la paix ». La fraternité vise ce lien de solidarité qui vise à l’unification : chacun est uni en tant que membre d’un même groupe, qu’il s’agisse d’une famille ou d’une organisation partageant le même idéal.

    L’idée est de rassembler plusieurs « moi » pour, sans supprimer les individualités mais en gommant les égos, en faire un « nous ». Ce « nous », en tant que groupement lié par une même visée, peut effectivement se mettre en route pour instaurer une paix là où il vit.

    La tendresse au niveau mondial

    Très récemment, le jeudi 25 décembre 2014 précisément, à l’occasion de la célébration de la fête de Noël, le pape François, après avoir demandé de réagir aux conflits par « la douceur » et reprenant donc à cet égard les multiples appels du Dalaï Lama, a eut cette magnifique exclamation. « Comme le monde a besoin de tendresse aujourd’hui ! ». Que cela est joliment dit ! La tendresse, cette douceur exquise, synonyme de chaleur, de gentillesse, d’attention à l’autre, de gestes délicats et qui se caractérise surtout par l’absence totale de tout sentiment négatif.

    Habituellement réservée à la sphère privée, voilà qu’elle est étendue au monde. Il fallait oser le dire ! Ce ne sont pas des mots que les politiques emploient habituellement. Et effectivement, si chacun décidait de mettre en œuvre, autour de lui, un peu de tendresse, comme le monde se porterait mieux ! La très belle prière de Saint François d’Assise débute d’ailleurs ainsi : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix ».

    Certes, cela n’empêchera jamais que divers foyers de haines et de violences aveugles continuent d’exister mais si la tendresse pouvait se déployer et se propager peu à peu, doucement et tranquillement de par le monde, il est évident que nous en ressentirions les effets positifs et notre belle planète bleue ne s’en porterait que mieux. Combien de rapports humains seraient ainsi apaisés, combien de conflits pourraient être résolus, combien de lumières pourrions-nous faire briller dans nos cœurs et dans nos vies ?

    Prêcher la paix dans le monde, c’est beau, c’est élevé et puissant et certainement nécessaire. Mais c’est hélas trop idéel, trop abstrait probablement. Il n’est pas question ici de désespérer de l’humanité et de considérer qu’un monde apaisé est impossible mais juste de prendre conscience qu’au fil des siècles, ce vœu a une terrible tendance à ne demeurer qu’un vœu et à ne pas se concrétiser.

    Voyons cela à l’aune de nos vies. Que feriez-vous si vous deviez donner de la paix ? Concrètement, quelles actions accompliriez-vous si vous étiez nommés ambassadeur de la paix ? Vous trouveriez sans doute, après réflexion, la meilleure marche à suivre mais décider de pratiquer la tendresse, n’est pas plus simple, plus évident, plus facile à mettre en œuvre et finalement, plus accessible et plus réaliste ?

    Du fait de l’absence de tout sentiment négatif, la tendresse est un élément important de l’amour ; elle est une bienveillance, une attention douce et chaleureuse à l’autre. A ce titre, elle participe complètement au message du Christ de s’aimer les uns les autres mais sans doute est-elle plus accessible à nombre d’entre nous. A ce titre également, elle est une étape majeure dans le déploiement de cet apaisement que nous souhaitons pour l’ensemble de l’humanité.

    Une tendresse en action

    Notre salut viendra donc des ce que nous saurons faire, de ce que nous voudrons faire, de cette tendresse que nous pouvons créer et rependre autour de nous, comme une onde apaisante et réconfortante. Dans notre sphère privée, tout autour de nous, elle permet de s’adoucir, de mettre en sourdine nos agacements, colères et rancunes pour se diriger vers des relations calmes, respectueuses et aimantes. Pourquoi ne pas commencer dès aujourd’hui ?

    Elle est déconnectée des différentes formes de la satisfaction de la sensualité, même si en relation intime elle entoure le désir et le complète harmonieusement. Mais cette déconnexion fait qu’elle peut s’exprimer envers quiconque. En réalité, elle signe une présence : présence à l’autre, reconnaissance de l’autre, tout à l’opposé du mépris, de l’indifférence ou du rejet. En tant qu’accueil, il ne lui est donc pas possible de se feindre; elle implique une totale congruence. A défaut, elle s’apparenterait aussitôt à une stratégie séductrice et/ou manipulatrice.

    Et enfin, elle est éphémère dans sa manifestation, ce qui lui confère toute sa valeur. Si elle se trouve « engluée » dans la permanence, elle change alors de nature. De cadeau inestimable de douceur d’un instant, elle se mute alors en une sorte d’envahissement; elle devient « collante » et particulièrement pénible, donnant l’impression d’un harcèlement, d’une immixtion insupportable dans notre intimité. La tendresse embellit la relation mais se garde de toute confusion ; elle conserve une pudeur qui permet une distance adéquate : trop proche, elle est envahissante et aliénante, trop lointaine et elle disparait.

    Il ne s’agit pas d’être un altruiste de tous les instants ; ce n’est pas possible et si ça l’était, ce serait intenable (pour soi et pour l’autre). Donner de la tendresse, c’est comme offrir à l’autre une prévenance au moment où il ne s’y attend pas ; l’émotion n’en est que plus délectable.

    C’est un échange lors d’une rencontre et c’est ce que signifie son éphémérité. Je veux prendre ainsi l’exhortation du pape François : offrir ces instants de rencontre vraie qui donnent ce surcroît de bonheur et font diminuer d’autant toute forme d’agressivité. C’est probablement ainsi que peut se dessiner un chemin réel vers la paix. Et si l’on veut y mettre une forme plus lyrique ou même emphatique, ajoutons qu’elle autoriserait alors une aube nouvelle à se lever pour nous dispenser une lumière ô combien chaleureuse et salvatrice !

    Plus modestement et de manière pragmatique, mes vœux pour 2015 reprennent dès lors la même invite : que chacun d’entre vous reçoive et dispense de la tendresse, tout au long de cette année. C’est le meilleur que je puisse vous souhaiter, pour vous et pour tous ceux qui vous entourent.

    Avant de quitter 2014, rappelons-nous une phrase magique et réaliste de Mère Térésa qui illustre à merveille tout cela : « Que pouvez-vous faire pour promouvoir la paix dans le monde? Rentrez chez vous et aimez votre famille! »

    Belle nouvelle année à chacun et chacune, emplie de lumière.

     

  • Quand Noel prend du sens

    Quand Noel prend du sens

    Noël et ses airs de fête, Noël et ses cadeaux, Noël et ses retrouvailles familiales mais aussi Noël et ses tristes solitudes de ceux qui restent dehors….

    Chaque année, nombreux sont ceux qui fustigent le côté mercantile de Noël mais chaque année également, les journalistes énoncent le montant moyen que chacun va débourser en insistant et en « analysant » sur le plus ou le moins par rapport à l’année précédente.

    Mais c’est quoi Noël ? Comment lui donner un sens qui nous convienne ?

    Ce que Noël pourrait véhiculer

    Bien sur, le 25 décembre est une date « artificielle ». On a beau jeu de rappeller que cette date était celle où on célébrait, dans l’Empire Romain, sous Aurélien notamment, le Sol Invictus (« Soleil invaincu ») pour marquer le solstice d’hiver. Il a été dit que les chrétiens imitèrent ce culte et finirent par imposer en ses lieux et place la célébration de la naissance du Christ. Ce denier est-il vraiment né un 25 décembre à minuit ? Laissons là ces controverses dont l’intérêt est très limité et gardons à l’esprit le symbole que Noël représente pour des millions de personnes depuis un peu plus de 2 000 ans.

    Allons plus loin encore. Que l’on croit ou que l’on ne croit pas au Christ, la seule chose qui compte est de se remémorer le message qu’il a laissé et les principes essentiels de son enseignement.

    Si on voulait synthétiser cet enseignement, on pourrait dégager quatre points principaux (c’est une synthèse très succincte avec tout ce que cela comporte d’incomplet et d’arbitraire) :

    1/ Tout être humain a sa valeur et aucun n’est méprisable. Nous en avons une magnifique illustration avec la parabole du la femme adultère.

    2/ Dieu est amour. Cela rompt avec les conceptions antérieures du dieu jaloux et vengeur. Dieu devient désormais amour, lumière, miséricorde et compassion infinie.

    4/ L’amour doit être au centre de nos actions et de nos pensées. Une phrase pourrait tout résumer : « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Cette demande, ramenée à notre condition d’hommes, consiste alors à distribuer autour de nous le plus d’amour possible. C’est là notre « mission », aussi magique à espérer que difficile à expérimenter.

    3/ La vie terrestre n’est qu’une étape. Et la mort n’est qu’un passage, comme le fut notre naissance. Une vie future de paix et d’amour nous est promise.

    Les cadeaux que l‘on s’offre à Noël pourraient symboliser à merveille cet enseignement : par amour de toi, je t’offre tel présent dont je sais qu’il va te donner de la joie. C’est ce que la plupart des parents font avec leurs enfants et le regard d’émerveillement de ceux-ci est un « cadeau en retour » magnifique. Hélas, devenu adulte, le cadeau est devenu une sorte de rituel, d’obligation et de dépenses. Pour certains, sa valeur ne dépend plus de l’intention de celui qui donne mais de sa qualité ou de sa quantité. On est passé de l’esprit à la matière et ce faisant, on a désacralisé cet instant unique de rapprochement des cœurs. Au lieu de s’élever vers une lumière éclatante, on s’est abaissé vers des objets périssables.

    Un Noël pas comme les autres….

    Pour illustrer ces propos, une histoire qui est aussi un très beau symbole. Une histoire qui en soi est extraordinaire et illustre ce rapprochement des cœurs. C’était il y a 100 ans.

    Nous sommes en 1914, au sud d’Ypres, ville belge située en région flamande et venant de faire l’objet de batailles particulièrement sanglantes. Les conditions de vie dans les tranchées sont abominables. Le froid rigoureux de l’hiver augmenté de la pluie qui inonde tout est déjà insupportable. Si on y ajoute la souffrance des blessures, le côtoiement des cadavres, l’odeur du sang, de la mort, de la peur, comment peut-on vivre cela quand on a à peine 20 ans ? De chaque côté, amis ou ennemis, c’est le même enfer hallucinant et inconcevable qu’aucun démiurge fou n’aurait imaginé… D’un côté, des restes d’unité britanniques, de l’autre des troupes allemandes. Vu du ciel, des pauvres gamins qui luttent à mort dans ce cloaque délirant. Toute tête qui ose dépasser est traversée aussitôt par une balle.

    Et cependant, entre les deux « lignes », existe une zone de quelques dizaines de mètres. Le prix de ces mètres, ce sont des vies humaines déchiquetées. Mais en même temps, cette faible distance fait qu’il n’y a pas « d’intimité ». Si on ne se voit pas, on s’entend. On entend les cris et les gémissements, on entend les ordres et les jurons, on entend sans doute aussi (souhaitons-le…) quelques plaisanteries, quelques chants ou quelques rires. Parfois, c’est même une odeur de cuisine qui s’échappe. Tout cela, finalement, est propre à créer une proximité qui pourrait être fraternelle si d’autres impératifs meurtriers ne venaient y déverser un démenti cruel.

    C’est alors que quelque chose d’inouïe survient. Sur le sommet des tranchées allemandes, des sapins de Noël apparaissent, éclairés par des bougies puis des chants surgissent des tranchées, de chaque côté du front. Des paroles sont échangées et des soldats allemands s’avancent au milieu de ce no man’s land de quelques dizaines de mètres et appellent leur « frères d’armes » Britanniques à venir les rejoindre. Certains sortent des tranchées pour récupérer leurs morts sans que des coups de feu ne soient échangés. En certains points du front, il y a des échanges de petits présents. Entre les diverses troupes belligérantes, des cessez-le-feu non officiels ont lieu pendant le temps de Noël. Ils sont brefs mais ils existent.

    Une goutte dans l’océan

    Le plus extraordinaire, dans cette région d’Ypres, c’est cette rencontre des deux camps où, sur un territoire ravagé par les obus, sont échangées des paroles et des cadeaux et mieux encore, une partie de football est disputée. Voilà qui symbolise ce que peut être Noël : au-delà des divergences, des affrontements, des déchirements, des hommes décident de s’unir pour célébrer un instant de paix. Comment mettre un peu de lumière sur ce qui n’est qu’un théâtre de l’horreur. Bien sur, cela n’a pas empêché la poursuite ultérieure des combats et « l’ami » d’un soir a peut être été, le lendemain, un meurtrier ou un cadavre de plus.

    Pas d’angélisme, certes, mais juste souligner qu’en dépit des atrocités sanguinolentes commises de part et d’autre, les cœurs se sont soudainement élevées plus haut que ce qu’auraient pu imaginer (ou craindre) les Etats-majors pour décider d’une fraternisation volontaire.

    Bien sur, il n’y eut pas de trêve sur toutes les lignes du front ; bien su,r ces trêves, lorsqu’elles furent connues, donnèrent lieu à une répression féroce. Il n’en demeure pas moins qu’en tant que symbole, ces trêves de Noël, au milieu d’un conflit entrainant dans ses décombres tant de nations, ont une immense valeur : celle d’un oubli des intérêts immédiats et matériels pour célébrer ensemble un instant où les cœurs se rejoignent.

    On peut considérer qu’on est bien loin des enseignements du Christ sur l’amour à s’offrir les uns les autres. Envisageons cela sous un autre angle et retenons ce moment magique où les haines cessent, cet instant quasi miraculeux où une fraternité sincère et authentique remplace des instincts de mort. C’est à ce moment là qu‘en réalité, le message christique redevient vivant.

    Et dans nos vies quotidiennes d’aujourd’hui, c’est aussi le moment de voir l’autre comme un être avec lequel une fraternisation est possible. C’est le moment de donner une lumière à ceux qui restent dehors. Ceux-ci sont souvent très proches de nous. Dans certains cas, ils sont des amis, des connaissances ou membres de notre famille qu’une lourde solitude tient éloigné de ces réjouissances ou dont l’âge a transformé peu à peu l’existence en un enfermement sur soi, loin des autres, loin de toute chaleur humaine, et plus encore un soir de Noël, à l’écart d’une fête dont on ne peut percevoir les échos que de loin. Une fraternisation peut être une main que l’on tend, une présence que l’on offre, un cœur qui écoute, une lumière qui réchauffe.

    C’est l’illustration de cette si belle phrase de Mère Térésa : « Nous savons bien que ce que nous faisons n’est qu’une goutte dans l’océan. Mais si cette goutte n’était pas dans l’océan, elle manquerait. »

    En cette période de Noël, au-delà des cadeaux matériels, il devient essentiel de s’interroger sur cette goutte que l’on pourrait déverser pour que l’océan existe pleinement. C’est probablement le cadeau qui a le plus de valeur et c’est sans doute ainsi que Noël acquiert du sens et retrouve sa véritable lumière.

  • Pression et dépression

    Pression et dépression

    La fin de l’automne et le début de l’hiver sont souvent considérés comme des périodes propices à la dépression. Temps maussade, journées plus courtes, luminosité en déclin, fêtes de la Toussaint, approche de Noel et « joie obligatoire », tous ces évènements se cumulent en peu de temps et affectent avec plus ou moins de puissance le moral de beaucoup d’entre nous.

    Il ne s’agit pas ici d‘analyser tous les tenants et aboutissants de la dépression mais de regarder ses liens avec la notion du sens.

    Comme un avion sans ailes

    Il y a souvent confusion entre déprime et dépression. La première est plutôt ce que l’on dénomme le coup de blues, le cafard, une tristesse et un abattement à la suite d’un ensemble de nouvelles que nous considérons comme négatives. Cela affecte notre énergie, notre envie d’accomplir quelque chose, notre vision de nous même et des autres. C’est extrêmement désagréable mais en général, après un certain temps où on s’est replié sur soi comme pour retrouver des forces manquantes, on retrouve son allant.

    La dépression pose des problèmes autrement plus graves puisqu’elle affecte directement notre centre vital avec en particulier une tristesse immense (à laquelle on ne trouve parfois aucune raison « valable »), un sentiment d’incapacité et d’inutilité, une estime de soi (et parallèlement, une confiance en soi) qui chute vertigineusement et une perte de gout, une absence d’envie, un inintérêt pour ce qui autrefois nous faisait plaisir, nous attirait et nous entrainait.

    La réaction la plus fréquente de l’entourage et en même temps la plus inappropriée est d’envoyer des injonctions du genre : « Secoue-toi ! », « Fais quelque chose ! », « Ne te laisse pas aller ! » , etc. A l’inutilité de ces propos s’ajoute la culpabilité qu’ils véhiculent. Etre ainsi dans une société où il « faut » s’accomplir, c’est à coup sur se marginaliser négativement.

    On trouve également, dans le même registre, les « méthodes comparatives », mettant l’accent sur ce que d’autres endurent en plus violent. Or, la pensée du malheur d’autrui ne peut aucunement être une consolation quand soi-même, on se débat avec sa propre souffrance. Tout au plus peut-on ressentir de la culpabilité, une fois encore…

    Cela perdure tant que l’on n’a pas saisi que la dépression n‘est pas un manque de volonté mais une véritable maladie. Pour le comprendre, imaginons une voiture dont on aurait enlevé la batterie. On peut toujours tourner la clé, pester et tempêter, sans batterie, il n’y a aucune étincelle et le moteur ne peut absolument pas démarrer. Demander à une personne en dépression de se reprendre en main, d’arrêter de s’apitoyer sur son sort et de réagir, c’est exactement comme de reprocher à une voiture privée de batterie de ne pas démarrer. Ou, pour reprendre le titre d’une chanson, d’être comme un avion sans ailes et donc de chuter inexorablement, quelque soit le désir de rester en vol.

    Une question de sens

    La dépression est régulièrement approchée sous l’angle psychologique, rarement sous l’angle métaphysique. Abordons là à la lumière du sens. Succinctement, on tient le raisonnement suivant : si mon existence n’a pas de sens, plus rien n’a de sens. J’en arrive alors à ce que tout m’indiffère. Et on parle alors de dépression. C’est bien là le problème ! C’est que l’on parle de « dépression » sous le seul angle de la pathologie. Pathologie parce que l’on s’éloigne de ce qui doit être, de ce qui doit se faire. Pathologie parce que j’échappe au devoir, celui que les êtres humains ont créé pour donner du sens.

    Le devoir être crée une tension, une pression. Constante et nécessaire. Il faut une vigilance quotidienne pour maintenir cette pression. Cette pression se caractérise par une obsession du devenir. Devenir et devoir sont les deux verbes impératifs quotidiens depuis l’enfance jusqu’à la mort : Tu dois ceci, tu dois cela, tu dois devenir. C’est cela qui guide une vie….

    Le devoir est-il un impératif nécessaire et absolu ? Surtout quand il est accolé à l’être. Devoir être… Mais est-ce que je dois être ?

    Projection dans le futur en permanence pour échapper à l’absurde du présent, à l’inanité de la vie telle qu’on la perçoit. Le « comme si », encore et toujours…. C’est cette pression qui donne la force de vivre. Vivre, c’est créer, c’est faire. C’est cette pression qui crée aussi, à la longue, la fatigue de vivre

    Dans cette vision apparait un dilemme : la force de vivre est-elle un plaisir ou…une ardente obligation ?

    On se retrouve alors confronté à une thématique douloureuse, principalement dans une société où le consumérisme tient une (trop) grande place : si j’ai l’Etre, c’est parce que j’ai le Faire qui permet en outre d’obtenir l’Avoir. Et l’Avoir finit par donner du sens à l’Etre.

    Mais face à cette thématique, je peux considérer que l’Avoir est fugace, que le Faire est sans sens et que l’Etre n’a pas de raison.

    Si j’en prends conscience, je suis alors dans la dé-pression. Je ne veux plus de cette pression : je la dé-porte ailleurs.

    Et c’est ainsi que l’on donne un sens pathologique parce que le Faire m’indiffère alors totalement, ce qui ne se peut concevoir ! Parce que je considère en outre que l’Avoir ne crée pas l’Etre. Parce que je considère enfin que l’Etre n’a pas d’existence réelle et nécessaire. Ou même n’a pas d’essence.

    Pathologie ou ontologie ?

    Il est plus simple de donner à la dépression une connotation pathologique car on peut de ce fait la soigner, c’est-à-dire donner envie à une personne l’envie de faire, car la personne est de facto considérée comme atteinte d’une maladie et une maladie, cela se guérit, cela doit se guérir, quelque désir qu’elle puisse éprouver à ne l’être pas ou quelque avantage caché qu’elle puisse y dénicher. Point de vue théorique, fort probablement car la caractéristique manifeste de la dé-pression est la souffrance qu’elle traduit autant qu’elle génère.

    Il n’empêche, qu’adviendrait-il si on considérait qu’au lieu d’être pathologique, elle était ontologique ?

    Quel autre regard lui porter alors et quel remède lui apporter si la focalisation ne s’opère plus excessivement sur les symptômes mais sur les tréfonds et les fondamentaux ?

    Qu’en serait-il si on décidait de la voir comme la manifestation d’une phénoménologie existentielle ? Si on reconnaissait enfin le droit à tout un chacun de ne plus avoir envie de jouer le jeu du « comme si » ?

    Du non respect d’un devoir à respecter comme un impératif catégorique, on passerait ainsi à la manifestation d’un droit entendant s’exprimer.

    D’aucuns auraient tôt fait, dans cette optique, de considérer qu’il s’agit davantage d’un droit tendant à s’extrémiser. Encore faudrait-il au préalable reconnaitre l’existence de ce droit et admettre sa légitimité.

    Le fait de ne plus vouloir ou de vouloir « être autre » va être jugé par le mental. La morale réprime une telle « déviance » ; elle s’érige contre un accès de liberté. Accès ou excès ? Certains, à n’en pas douter, y trouveraient un abcès ! Ce non-vouloir serait ramené à une nécrose morale.

    Or, la dé-pression, c’est prendre conscience que la pression n’a pas plus de sens que le reste. C’est faire acte de liberté en refusant de la vivre, de la subir et in fine, en récusant le vivre.

    De la dépression subie, on passe à la dépression comme manifestation de liberté.

    Point n’est besoin d’aller sonder les sous-sols obscurs de l’inconscient et d’en déduire une maladie en prenant l’un des pourquoi du passé pour la cause unique du pourquoi du présent.

    Les pourquoi du passé sont multiples, celui du présent est solitaire et toutes les routes ne mènent pas nécessairement au même endroit (ce qui n’exclut nullement que pour aller à un même endroit, plusieurs routes soient envisageables).

    La dimension transcendante

    Le marxisme et la psychanalyse traditionnelle ont ceci de commun que ce sont des théories causalistes, réductionnistes et déterministes prenant appui, pour expliquer le tout, sur un élément privilégié. Ils déterminent le présent à partir d’un élément du passé et ils appréhendent le passé en y projetant une certaine vision du présent. En essayant d’actualiser ainsi le passé par pure projection et en étant persuadé d’expliquer le tout par un de ses éléments, ils s’inscrivent dans une démarche anti-systémique et signent ainsi un échec patent.

    C’est une pathologie de borgnes que de croire capturer une totalité tout en n’en percevant qu’une facette ou croire en une vision panoramique quand la majeure partie de celle-ci est à tout jamais cachée. C’est, au niveau ontologique, la naïveté de ce fameux major Tompson qui supposait que toutes les anglaises étaient rousses. Un élément sert à décrire un tout.

    C’est à ce moment que la spiritualité va reprendre ses droits en ce qu’elle désigne ce qui est opposé à la matérialité, en ce qu’elle donne la primauté à ce qui ressort de l’ordre de l’esprit et n’appartient pas exclusivement au monde physique. C’est pour cela qu’en réaction à leurs prédécesseurs (Freud notamment), Carl Gustav Jung et Viktor Frankl ont (ré)introduit dans leurs modèles les notions d’âme et de spiritualité.

    Frankl en particulier est venu donner une belle place à ce qui fait écho aux appels de l’être humain : l’inconscient spirituel. Il détermine une volonté du sens, elle-même appuyée sur l’échelle de valeurs propre à chaque individu. Cela permet de répondre à la question : de quoi suis-je responsable ? Vient enfin s’y ajouter la question : envers qui suis-je responsable? Ce qui donne la dimension transcendante.

    Le supplément d’âme 

    On est ainsi passé du pulsionnel au spirituel et au transcendantal. C’est peut être bien ce qui manque le plus à l’homme dans la société d’aujourd’hui. Appréhender la dépression comme une véritable maladie est déjà un premier pas essentiel. Mais on voit également que la soigner avec des antidépresseurs ne permet pas de guérir, juste à atténuer les symptômes. Car elle est peut être davantage une maladie de l’âme, du sens, du pourquoi et, sans recherche d’une transcendance, on demeure en-deçà. A défaut, on prend le risque de s’efforcer de donner du sens à ce qu’en soi-même on continue malgré tout de considérer en être dépourvu ; il n’y a alors de guérison qu’en surface, non en profondeur.

    Comme l’avait justement souligné Abraham Maslow, se limiter à des conflits intrapsychiques fait que l’on néglige une dimension essentielle, celle de la conscience profonde. Der son côté, Albert Einstein s’exclamait : « En apparence, la vie n’a aucun sens, et pourtant, il est impossible qu’il n’y en ait pas un ! ». On peut se contenter du monde des apparences pendant un certain temps jusqu’au moment tragique où on se rend compte que cela ne suffit pas et ne peut aucunement suffire.

    On réalise ainsi que si la dépression se traduit par un refus de la pression, il importe de s’orienter vers une recherche de sens qui permettra de réaliser à la fois son unité, son unicité et son ipséité.

    Il importe cependant d’être pragmatique et il s’agit donc, non pas d’abandonner la terre ou de l’esquiver, mais de s’en détacher suffisamment pour se tourner vers le ciel. C’est cela qui nous permet de comprendre notre environnement, notre place en son sein, notre rôle à y jouer.

    Il nous faut cette compréhension pour pouvoir agir sur ce qui nous entoure, privé de la pression et augmenté du sens. Il nous faut finalement, pour reprendre le mot fameux d’Henri Bergson, réintroduire un « supplément d’âme ». C’est ainsi que l’on peut se (re)construire et que l’existence reprend du sens, au-delà de la trilogie opposant l’Etre, l’Avoir et le Faire pour, non plus les dissocier ou les faire s’affronter mais pour en réaliser une synthèse harmonieuse et épanouissante.

  • Les chemins de la vie

    Les chemins de la vie

    La vie est comme un chemin qui doit nous mener à notre essentiel.

    Il appartient à chacun de prendre celui qui lui correspond le mieux, de cheminer à la cadence qui lui convient et même, parfois, de s’arrêter ou de vouloir brûler les étapes ou faire demi-tour.

    Mais, alors que fleurissent partout les définitions du bonheur et les « méthodes » d’y accéder, il est vrai qu’une vie ne se réussit et ne permet un plein épanouissement de l’être qu’autant que nous avons pris le soin de déterminer cet essentiel, d’en dessiner les contours et d’avoir orienté notre cœur, nos pensées et nos actions vers lui.

    Des questions pour grandir

    Ce chemin est porteur de multiples questions. C’est bien ce qui lui donne tout son sel. Une ligne droite, parfaitement tracée, serait comme une insulte à notre intelligence, nous empêchant d’aller puiser tout en nous de quoi bâtir une œuvre de qualité.

    Nous entendons souvent dire qu’une vie n’acquiert son sens que si nous lui avons donné un but, un objectif. Cela est vrai. Il est juste à remarquer que bien souvent, cet objectif prend le risque d’être marqué par la matérialité avec une trop grande exclusivité. Or, si la matière a sa part de nécessité, pouvons réellement définir notre sens de la vie par les objets que nous possédons, par le métier que nous exerçons, par les personnes que nous fréquentons ? Tout cela ne devrait-il pas plutôt être considéré non comme une fin mais comme des moyens divers pour se diriger vers cet essentiel ?

    Tout cela conserve-t-il son intérêt s’il ne permet de nourrir régulièrement notre valeur la plus importante ? Et, en définitive, notre objectif de vie ne se confond-il pas avec cette valeur ultime qui nous guide ? Il est intéressant d’ailleurs de noter que le mot « sens » désigne autant la signification que la direction.

    Nous entendons également dire que ce n’est pas la destination vers laquelle nous nous dirigeons mais la route qui compte. Cela est vrai aussi. Sous réserve que le chemin que nous empruntons soit celui permettant de se rendre à cette destination. Sous réserve que ce chemin soit bien celui que nous avons décidé en conscience d’emprunter. En conscience, pleine conscience.

    A défaut, nous risquerions de prendre une route qui nous mène certes plus loin mais peut-être nulle part. S’agissant de notre existence, nous risquons alors de nous arrêter sur le bas-côté dans une amère désillusion, reprochant à la vie de n’avoir pas tenue les promesses qu’elle nous avait faite (ou que nous supposions qu’elle nous avait faite).

    Parfois, on entend même dire que le but est le chemin lui-même. Le moyen devient donc une fin et cela, souvent au nom d’une étrange obligation de ne vivre que ce qui se vit maintenant. Cette manière de voir est passablement irréelle et contient un immense péril : celui de nous faire tourner en rond sans jamais savoir pourquoi et ainsi de manquer l’ultime destination pour laquelle nous sommes ici. Cette conception contient une grande part de dangerosité et de stérilité.

    Ces propositions sont marquées par le dualisme, comme s’il y avait d’un côté les partisans du but ultime à atteindre et de l’autre, les tenants du « bon » chemin à prendre. Parlant du bonheur, Nietzsche exprimait ce dualisme de manière lapidaire : « Formule de mon bonheur : un « oui », un « non », une ligne droite, un but ». Si, pour le bonheur, cela peut se concevoir, ça peut cependant paraitre un peu rigide ou même irréaliste s’agissant de l’essentiel vers lequel notre vie doit nous diriger (ou, plutôt, vers lequel nous voulons diriger notre vie).

    Donner la primauté au but ou au chemin, à la fin ou au moyen, est-ce ainsi qu’il faut envisager les choses ? Ceux qui ont pris le temps de réfléchir sagement et posément savent bien que les deux conceptions vont de pair et se nourrissent l’un de l’autre ; elles ne s’opposent pas, elles s’enrichissent mutuellement. On évite ainsi le risque de dépenser une trop grande énergie pour atteindre un but sans avoir pris de temps suffisant pour se questionner : est-ce là que je veux vraiment arriver ? Est-ce pour moi aujourd’hui, en fonction de ce que je sais et de ce que je suis, le meilleur chemin à prendre ? Et on évite d’avancer en aveugle sans savoir où tout cela nous mènera in fine.

    Vers son accomplissement

    Lorsque l’on est habité profondément par les réponses que nous donnons nous-mêmes à ces questions, il devient alors plus aisé de se relever quand nous trébuchons ou de se réorienter lorsque la belle ligne droite que nous imaginions se termine en cul-de sac. Cela permet de prendre conscience que rien n’est linéaire et que tout, même un chemin, est soumis à la loi de l’impermanence.

    Il est des instants où ce chemin est simple, agréable, facile et lumineux ; c’est alors que l’on peut lever la tête et laisser son regard cueillir tout ce qui est source de beauté et d’épanouissement. Et il en est d’autres où il est escarpé, semé d’embuches, épineux et éreintant, à telle enseigne que l’on éprouve la tentation de l’abandonner, d’en essayer un autre ou de s’arrêter, épuisé, sans vouloir bouger davantage, sans plus croire qu’il mène quelque part. C’est dans ces instants qu’il faut plonger tout au fond de soi pour chercher l’étincelle.

    Et, tout au long, dans une alternance entre découverte de l’altérité et rencontre avec soi-même, la route peu à peu prend les couleurs de nos valeurs. Aller vers soi permet d’aller vers l’autre et réciproquement, dans un aller-retour dont la qualité dépend des enrichissements de chaque « passage ». Mais il est des cas, hélas, où cela se traduit aussi par un appauvrissement. Notre liberté est alors de pouvoir décider comment nous appréhendons cet appauvrissement : doit-il remettre en cause notre cheminement, totalement ou partiellement ? Ou peut-on, à la manière d’un alchimiste, opérer une transformation lumineuse et donner un nouvel éclat au chemin que nous avons choisi ?

    Les chemins que nous décidons d’emprunter dans notre vie (pour notre vie) sont ceux où nous pouvons réaliser notre expérience humaine. Nous tous avons une expérience à réaliser : qu’elle est-elle et pourquoi faire ? De quoi sommes-nous porteur ? C’est là notre unicité.

    Nous ne pouvons pleinement la réaliser que si nous prenons conscience que nous sommes une âme venue ici, sur cette planète, en cet endroit et à cet instant donné, pour réaliser cette expérience de notre condition d’humain. C’est là notre universalité.

    Nous sommes tous la partie et le tout. C’est ce qui rend chaque chemin spécifique dans sa convergence vers quelque chose d’à la fois unique et universel.

    Bonne et lumineuse route à chacun !

     

     

  • Qu’en est-il de la spiritualité ?

    Qu’en est-il de la spiritualité ?

    Quel est donc ce besoin que nous pouvons parfois ressentir de nous élever, d’atteindre une dimension autre faite de paix, d’amour et de sérénité ?

    Faut-il suivre absolument (ou aveuglement ?) les préceptes d’un Maître, d’un Prêtre, d’un Guru ou d’une personne quelconque ou décider de s’aventurer soi-même dans une recherche et une démarche qui nous paraissent être bonnes et justes ?

    Il existe de multiples chemins ; certains sont des cul-de-sac, d’autres sont des révélations. Mais des chemins pour quoi ?

    Plusieurs approches de la spiritualité 

    Nombreuses sont les définitions du mot « spiritualité. Souvent, elles varient selon le contexte. Elle désigne fréquemment un mouvement ascendant du monde sensible ou de la matière vers un monde supérieur ou de l’Esprit. En Occident, par exemple, on la rattache traditionnellement à la religion en tant que relation à Dieu. Elle peut ainsi se rapporter à tout un ensemble de croyances, organisées et codifiées, et mettant en avant le respect de dogmes et de rituels.

    Dans une acception davantage tournée vers une dimension que l’on pourrait qualifier de philosophique ou psychologique, elle désigne ce qui est de l’ordre de l’esprit (reprenant son étymologie latine spiritus, esprit) pour une quête de sens qui peut être personnelle ou être partagée avec d’autres. Il arrive que des personnes se créent ainsi, dans un grand métissage de Traditions variées, une cadre éclectique de croyances diverses et font se cohabiter des pratiques disparates.

    La spiritualité peut également être constituée de diverses « coutumes » qu’un groupe social (une population, une civilisation, …) a élaboré pour surmonter les épreuves de la vie, donner un sens à l’existence et « apprivoiser » diverses peurs dont celle de la mort. Souvent initiatique, elle peut aussi avoir pour fonction d’expliquer l’inexplicable et de conférer une valeur ou une signification à ce qui échappe à notre entendement humain.

    Récemment, pour nombre de personnes, la spiritualité a acquis son autonomie en se distinguant du religieux, en devenant indépendante des dogmes et en privilégiant la reliance à soi et/ou à l’autre. Elle devient quasiment du développement personnel permettant de se connecter à son âme ou à son soi profond pour en découvrir une autre dimension et d’être dans plus grande proximité et une meilleure compréhension de cet autre. Elle agit alors comme une source d’énergie et permet d’accéder à quelque chose de lumineux.

    Esquisse d’une définition

    C’est dire si une définition est complexe ! Je prends ici le risque d’en donner une (qui sera sans doute incomplète et qui, très probablement, ne conviendra pas à tout le monde). La spiritualité, c’est ce qui concerne la vie spirituelle en opposition à ce qui ressort du matériel en considérant qu’il existe une réalité de l’esprit dont la nature n’est pas celle du corps. Celui-ci représente la réalité matérielle de la vie.

    D’où l’existence d’une harmonie quand il ya un alignement entre le corps, le cœur et l’esprit. On pourrait presque avancer que le cœur, dans sa composante émotionnelle et affective, est ce qui permet une « jonction » entre l’un et l’autre.

    Affinons la définition : la spiritualité représente un besoin de l’être humain de chercher une dimension supérieure à son existence. Supérieure car différente de la matérialité, comme une nécessité de s’élever pour accéder à une « réalité » qui est peut-être, aussi, non humaine. Elle a donc une double composante : elle est à la fois plus élevée et plus profonde.

    Elle apparait comme un ressenti, comme une demande de l’âme, comme un besoin aux contours multiples : comprendre notre mission, comprendre ce que représente la vie (et la notre), se rapprocher de notre essence, se connecter aux autres et à l’Univers, au Grand Tout, découvrir une voie d’éveil et de croissance, développer ce qu’il y a de plus beau et de plus intime en chacun pour un plus grand épanouissement, se rapprocher de la Lumière pour la faire rayonner dans nos actes.

    Une spiritualité en action

    En ce sens, on voit que la spiritualité peut entièrement se séparer des religions et de leurs dogmes et rites. Il est vrai cependant que les réponses que chacun cherche se trouvent au fond de soi. On peut étudier, observer, se rapprocher de divers enseignements ou suivre diverses voies ; ce qui importe est que chacun puisse trouver ce qui lui permet de s’éveiller à ce qu’il considère comme essentiel, que chacun puisse trouver ce qui correspond à sa vérité

    En revanche, comme j’ai eu l’occasion de le dire et comme Pierre Pradervand l’a mis en évidence[1], la spiritualité n’a de sens que si elle se décline dans notre quotidien et dans nos rapports aux autres. A défaut, elle n’est qu’une démarche égocentrée et stérile. (Nous pourrions à cet égard relire la parabole « Le Pharisien et le Publicain » dans l’Evangile de Luc.) A défaut, il y a risque de développer ce que l’on appelle « l’égo spirituel » et qui est une vision desséchante, limitante et renfermante de la spiritualité.

    La spiritualité n’évolue qui si elle est dans une démarche de bienveillance ; elle va de pair avec l’ouverture du cœur et de soi. Elle s’accomplit donc grâce à ses deux composantes : verticale (aller de soi à plus grand que soi) et horizontale (aller de soi à l’autre).

    Pour clore, je prends alors un autre « risque », celui de synthétiser encore plus : la spiritualité, c’est être à l’écoute de notre âme et de notre cœur.

    [1] Voir mon ouvrage « Petit traité de sagesse bouddhiste à l’usage des occidentaux » – Xavier Cornette de Saint Cyr – Préface de Pierre Pradervand – Editions Jouvence (14 mars/2011) ainsi que « Vivre sa spiritualité au quotidien » – Pierre Pradervand – Editions Jouvence (31 août 2007)

     

     

  • Bienveillance

    Tout est vain sauf la bonté.