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  • Notre cerveau nous manipule !

    Notre cerveau nous manipule !

    Depuis Descartes, nous nous croyons rationalistes. Nous pensons d’ailleurs que notre « raison raisonnante » peut décoder en toute objectivité.

    Et pourtant, combien notre cerveau nous manipule ! Nous ne nous en rendons pas compte tellement c’est subtil et prenons pour réalité ce qui n’est qu’une …divagation de notre esprit !

    Voici trois phénomènes qui influent sur notre perception de monde en nous laissant croire que nous voyons juste.

    La corrélation illusoire

    La corrélation illusoire (ou corrélation trompeuse) consiste à voir (ou percevoir) entre deux évènements une corrélation qui n’existe pas ou qui est très faible. Nous établissons alors un faux lien de causalité.

    Dans la vie courante, nous l’expérimentons régulièrement, souvent avec agacement. Par exemple, en voiture, il suffit que vous soyez pressés pour que les autres automobilistes se mettent tout à coup à rouler lentement ou que les feus passent systématiquement au rouge. Ou bien qu’il se mette à pleuvoir chaque fois que vous avez arrosé votre jardin. Peut être considérez-vous comme vrai que votre file d’attente au supermarché est toujours ralentie par une personne ayant oublié de peser ses légumes ou même que vous fassiez toujours le mauvais choix puisque la file d’à côté avance toujours plus vite (idem pour les péages d’autoroute). Murphy et sa fameuse loi de la tartine beurrée en est une belle illustration !

    Nous bâtissons alors une théorie naïve : il existe une relation directe entre deux évènements. Notre certitude de la réalité de cette « théorie » nous amène à en constater fréquemment la justesse et….la réalité puisque, sans nous en rendre compte, nous nous focalisons sur les cas confirmant notre théorie et nous oublions ceux qui l’infirment ! D’ailleurs, notre cerveau à une étrange tendance à exagérer la fréquence des liens entre ces événements

    Pourquoi  établir de telles relations? Parce que nous avons besoin de trouver un sens à ce qui se passe pour le rendre rationnel. Peu importe d’ailleurs un contre-argument fondé sur des statistiques (donc rationnel) car nous demeurons focalisés sur le nombre de fois où la « théorie » s’est appliquée.  Celle-ci devient donc la règle dont nous vérifions régulièrement la justesse!

    Un grand nombre de croyances et dictons populaires sont issus de ces corrélations illusoires. Par exemple, les suicides augmentant les nuits de pleine lune ou le caractère d’une personne selon son origine ethnique ou astrologique ou autre. Beaucoup de superstitions en sont des manifestations, même celles (ou surtout celles) que nous créons nous-mêmes : « Quand je mets ce pull rouge, il m’arrive toujours un problème ». De telles interprétations, dont la logique est indécise, présentent l’avantage d’être confortable car nous avons une explication « rationnelle ». Du coup, nous réfutons ceux qui nous disent qu’on exagère : « D’ailleurs, la dernière fois que j’ai mis ce pull rouge, ma voiture a été emboutie ». Dans certains cas, il se pourrait bien que nous créions – inconsciemment, bien sûr ! – un évènement quelconque afin de donner plus de corps à notre théorie, d’où une conclusion sans appel : « Je te l’avais bien dit, ce pull rouge m’attire toujours des ennuis ! »

    Certains adeptes de « mysticisme » adorent cela : ils voient des signes partout, dans le ciel, dans l’univers, etc. et assènent ans broncher une causalité souvent très surprenante.

    Nous préférons souvent les fausses croyances à pas de croyance du tout et aimons bien les « explications » qui les confirment et les renforcent.

    L’effet Forer

    L’effet Forer » (parfois effet « Barnum ») du nom d’un psychologue qui soumis en 1948 ses étudiants à un test de personnalité : il remit à chacun une analyse « personnalisée » mais qui, sans aucunement utiliser les résultats du test, se contentait de reproduire quelques phrases types d’horoscopes. « Vous avez besoin d’être aimé et admiré, et pourtant vous êtes critique avec vous-même. (…) Vous avez un potentiel considérable que vous n’avez pas encore utilisé à votre avantage, etc. ».Rien que du banal mais bien agencé ; chacun s’est senti concerné.

    Sans que cela ne soit dit, chaque étudiant avait reçut exactement la même description. Chacun fut cependant convaincu de la finesse et de la justesse de l’analyse, persuadé qu’elle s’appliquait à lui seul. D’ailleurs, lorsque Forer demanda d’en évaluer l’exactitude sur une échelle de 1 à 5, la moyenne des notes fut de 4,26 ! Reconduite, l’expérience donna des résultats identiques.

    L’effet Forer a mis en évidence une de nos tendances : considérer qu’une description de personnalité, bien que rédigée en termes vagues, flous et universels parait s’appliquer spécifiquement à nous-mêmes.

    Cela s’appuie d’abord sur la reconnaissance de l‘autorité et de la compétence de l’évaluateur. Ensuite, il faut et il suffit que l’analyse contienne majoritairement des éléments positifs ou flatteurs. La présence d’un élément inexact ou désagréable renforce même la crédibilité du tout, d’autant plus que nous avons tendance à nous concentrer sur ce qui nous convient. En outre, plus nous attribuons un statut élevé à l’évaluateur, plus nous acceptons un trait qui nous est désavantageux.

    En gros, nous abolissons notre esprit critique et parvenons à développer notre capacité à accepter des interprétations sur nous-mêmes à partir d’éléments flous et vaguement (in)cohérents. Le plus étonnant, c’est que nous leur trouvons du sens !

    C’est ce qui fait le succès de l’astrologie, la cartomancie, la numérologie, etc, sans oublier bien évidemment la séduction et encore plus….la politique !

    La paréidolie

    Enfin, un effet psychologique très puissant avec un drôle de nom : la paréidolie. Elle s’explique par son étymologie grecque : para- « à côté de », et eidôlon, venant d’eidos, « apparence, forme ».

    C’est une sorte d’illusion d’optique : d’une forme imprécise et vague, nous faisons ressortir quelque chose de précis et d’identifiable, très souvent une forme humaine ou animale. Cela fut même un jeu quand, enfant, nous recherchions dans les nuages la forme d’un animal et le trouvions ! Nous en avons d’innombrables exemples dans les rochers et montagnes, dans les arbres et autres éléments de la nature. Les « visages » de la Lune ou de Mars sont ainsi très connus. Cela arrive aussi avec des objets usuels comme par exemple la prise murale électrique suggérant un visage souriant à la manière d’un smiley et ce, jusqu’à avec la divination par lecture dans des feuilles de thé, du marc de café ou autres.

    Le fait est que chacun peut voir une chose différente. Le plus souvent, c’est un visage et la culture de la personne, ses croyances, en particulier religieuses et superstitieuses ainsi que ce qu’elle attend (que ce soit une crainte ou une espérance) a un impact fort sur ce qu’elle va voir.

    Le fameux test de Rorschach illustre cette interprétation faite à partir des propres représentations mentales du sujet pour obtenir des informations sur son état psychologique. Une étonnante illustration est donnée également par le tableau « La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne » de Léonard de Vinci dans lequel Freud découvrit l’image d’un vautour et bâtit alors son explication de l’homosexualité de Vinci. Nous pouvons aller plus loin encore avec l’impression d’entendre des messages cachés en écoutant des paroles d’une chanson à l’envers (paréidolie auditive). Certains y découvrent même des « messages sataniques ».

    Encore plus surprenant quand la paréidolie visuelle a un thème religieux. C’est ainsi que sont apparues des visages de la Vierge Marie ou de Jésus sur des nuages, des vitres sales, des murs et voire sur… des toasts ou des crêpes ! Un toast sur lequel aurait été perçue une image de la Vierge Marie fut même vendu 28 000 dollars. Non, non, ce n’était pas au Moyen-âge mais …en 2004 !

    Plus proche, nous trouvons « L’ange du 11 septembre », pièce métallique exposée  dans le musée mémorial à Ground Zero et qui, dans sa partie haute, laisserait apparaitre un visage passablement fantomatique et inquiétant. Au demeurant, lors de ces attentats du 11 septembre, certains avaient bien vu le visage de Satan dans une colonne de fumée !

    C’est dire si l’effet psychologique des paréidolie est puissant, trompant notre cerveau pour donner un sens à ce qu’il voit alors qu’il n’y en a pas nécessairement, voire pas du tout. Ce besoin vient de notre évolution puisque, pour assurer notre survie, notre cerveau s’est habitué à structurer constamment son environnement : ami ou ennemi ? Proie ou prédateur ?

    Nous avons ainsi développé une tendance à assimiler des perceptions nouvelles à celles que nous connaissons déjà et que nous avons répertoriées. Pour mieux identifier ce qui est nouveau, nous le rapprochons de ce que nous connaissons pour le faire entrer dans une catégorie bien identifiée.

    C’est souvent utile mais parfois, nous nous trompons totalement ! Mais encore une fois, cela nous rassure et élimine nos peurs et surtout, cela donne du sens et ça, c’est infiniment plus confortable que d’être confronté à l’inconnu, voire au chaos.

    Pour clore, citons une paréidolie visuelle redoutable pour les écrivains : mal repérer les fautes dans un texte, surtout si on en est l’auteur. En effet, notre cerveau, au lieu de lire chaque lettre d’un mot, « voit » le mot qu’il attend et rectifie de lui-même.

    Nous découvrons combien nos propres attentes altèrent notre perception. Être objectif, que cela est difficile! Ou… impossible ?

     

     

  • Comment un « Sauveur » peut nous manipuler…

    Comment un « Sauveur » peut nous manipuler…

    La personne qui vous apporte son aide veut-elle toujours votre bien ?

    Pas toujours ! C’est ce que nous allons voir et essayer de décortiquer deux situations fréquentes qui laissent parfois désemparé.

    Le Dr. Stephen Karpman, psychologue américain spécialisé en analyse transactionnelle, avait mis en exergue en 1968 le « triangle dramatique » : mode de fonctionnement relationnel préjudiciable pour chaque personne impliquée et pour l’entourage. Ce triangle, c’est la rencontre entre trois archétypes : Dark Vador, Calimero et Zorro, plus respectueusement dénommés le Persécuteur ou bourreau, la Victime et le Sauveur.

    Chacun peut être à l’origine d’une manipulation car chaque rôle apporte l’illusion de certains avantages. Ainsi, le rôle de persécuteur donne du pouvoir et celui de victime permet d’attirer l’attention des autres. Quant au sauveur, il donne une image positive de soi et est donc perçu comme positif. Pourtant, il contribue souvent à renforcer la dynamique du triangle dramatique, notamment en posant la problématique du « faire le bien des autres malgré eux » ou, plus grave, « contre leur gré ».

    Il n’est question ici d’analyser ce triangle mais de s’intéresser au sauveur dans deux types de situation que l’on pourrait dénommer le « sauveur-victime » et le « sauveur-persécuteur ».

    Quelqu’un qui veut tellement vous aider !

    Le « sauveur-victime » est une personne dont l’estime de soi et la confiance en soi sont très bas. Tellement bas qu’elle a un besoin maladif de reconnaissance. Pour l’obtenir, elle s’occupe des autres. Jusque là, rien de bien grave. Sauf que s’occuper des autres sans leur demander leur avis, prévenir leurs demandes, y répondre plus qu’il ne convient et ce continuellement, sans arrêt, eh bien ça devient agaçant, envahissant. Etouffant même jusqu’à en être insupportable et exaspérant.

    C’est à ce moment là que la personne « aidée » revendique son autonomie, sa capacité à faire seule et en fait, recherche un peu d’oxygène. Elle va jusqu’à reprocher cette avalanche de trop bons sentiments devenue réellement étouffante.

    C’est aussi à ce moment là que ce sauveur professionnel se transforme en victime et prend une tête de cocker car ne comprenant pas qu’on ne lui soit pas éternellement reconnaissant de tout ce qu’elle a fait. Mais ne comprenant pas surtout que trop, et bien … c’est trop, vraiment trop  !

    Si cette personne sauveuse a en face d’elle quelqu’un de sain, le problème peut se résoudre par un bon recadrage expliquant que l’on est adulte et que l’on n’a pas besoin d’une « mère poule » à l’affut de chaque besoin qu’elle viendrait devancer et satisfaire de manière quasi obsessionnelle.

    Il arrive hélas que se trouve en face un bon persécuteur qui va utiliser cette disposition à son entier profit. Pour le dire plus durement, ce « sauveur-victime », à force de se comporter en esclave finit par être tout bonnement considéré comme esclave, ce qui bien souvent renforce la problématique initiale.

    A cause de cette attitude déséquilibrée, ce qui est fait « par amour » génère l’opposé de ce qui était attendu !

    On veut de la reconnaissance, on obtient de la critique.

    On veut recevoir l’amour qu’on ne sait pas se donner, on reçoit de la dureté et du rejet.

    On est intimement persuadé d’agir au nom de belles valeurs et pour le bien de l’autre et on ne comprend pas que cet autre n’en veuille pas.

    « Je suis là pour ton bien ! »

    Le « sauveur-persécuteur »  est plus subtil. Infiniment redoutable, comme tout bon manipulateur.

    Sa proie idéale : la personne en souffrance et en dépendance (affective, financière, relationnelle, etc) à qui il va apporter protection, aide et réconfort. Mais à une condition (jamais explicite mais toujours présente) : que la victime demeure victime, qu’elle demeure faible et dépendante, condition sine qua non pour que ce sauveur maintienne son contrôle, sa prise de pouvoir et sa domination.

    Si la victime a l’outrecuidance de vouloir reprendre son indépendance et de relever la tête, un bon dénigrement là où ça fait mal plus une pincée de dévalorisation saupoudrée d’une humiliation recherchée doivent suffire à ramener l’impétrant dans le doit chemin.

    S’il le faut, une arme plus fatale est brandie ou même utilisée : la peur. Peu importe la manière dont la peur est distillée, elle va agir comme un venin qui se répand dans tout l’organisme. Le « sauveur-persécuteur » fait tellement pour son bien, son confort, sa sécurité, etc, que la victime finit par se convaincre qu’elle n’a aucune qualité, aucune compétence et n’est capable de rien. Si elle se retrouve seule, elle est perdue !

    Pour irrationnelle qu’elle soit, l’emprise peut devenir particulièrement puissante et tenace.

    L’incompréhension des amis, de la famille…..

    Il ne faut guère attendre d’aide de l’entourage qui ne connait que ce qu’on lui montre publiquement.

    En effet, ce faux sauveur – bon manipulateur – est aux yeux des tiers charmant et prévenant, ne manquant pas une occasion de souligner son amour désintéressé de l’autre et tous les efforts incroyables qu’il accomplit pour aider une pauvre victime à ne pas sombrer. Du coup, on l’admire et on le remercie de son dévouement. Et du coup aussi, on reproche à la victime de se plaindre et de ne pas reconnaitre la « chance » qu’elle a ! La meilleure preuve, c’est qu’elle a toujours besoin de l’autre pour exister et ne peut s’assumer seule. La boucle est bouclée et le piège perdure.

    Pour maintenir son emprise, ce faux sauveur n’hésite pas d’ailleurs à écarter, de façon parfois brutale, toute personne contestant son « humanité ». Soit il les dénigre auprès de sa victime jusqu’à ce qu’elle voit dans ses « amis » de dangereux profiteurs. Soit il les ramène à la porte en leur intimant l’ordre de disparaitre.

    Encore plus isolée, la victime est encore plus sous l’emprise de son effrayant bienfaiteur. Non seulement son droit à se plaindre est supprimé mais ses plaintes sont en plus fustigées comme étant de l’ingratitude.

    « Après tout ce que j’ai fait pour toi ! »

    L’une des phrases fétiches d’un manipulateur est vous rappeler tout ce qu’il a fait pour vous. Souvent amplifiée et exagérée mais si vous tentez de minimiser, sa colère vous ramène rapidement au silence et au doute. D’ailleurs, histoire de saper encore votre confiance en vous, il ne manquera pas de vous exposer combien vous être égoïste, indifférent aux autres, lâche, ingrat, méchant, cruel, etc. Bref, sacré retournement de situation : vous devenez un persécuteur et votre bourreau sauveur devient victime de votre absence de reconnaissance éternelle.

    Si jamais vous osez évoquer le problème psychologique du bourreau, l’effet boomerang arrive aussitôt puisque c’est vous et vous seul qui devriez consulter. C’est vous qui avez un problème ! Le « Si je n’étais pas là pour toi…. », pendant du « Après tout ce que j’ai fait pour toi ! » vous persuade peu à peu que c’est dans votre tête à vous que ça ne tourne pas comme il faudrait.

    Le triangle dramatique évoqué en début d’article trouve ici de quoi se manifester splendidement !

    Soit dit en passant, ce faux sauveur manque aussi cruellement de confiance en soi. Jamais il ne l’admettra mais c’est pourtant pour cela qu’il a tellement besoin d’un plus faible que lui pour assoir son autorité et qu’il a tellement besoin que cette faiblesse perdure.

    Pour qu’elle perdure, il sera parfois réellement gentil pour être sincèrement remercié et le reste du temps, il usera de violences sous tous les angles : psychiques, émotionnelles, relationnelle et pour les cas les plus graves, physiques. J’ai même reçu le témoignage d’une femme dont le conjoint était maitre dans l’art de frapper très durement mais sans que les coups ne laissent la moindre trace. Eut-elle voulu porter plainte, il n’y avait pas de preuves…..

    Que faire ?

    La première démarche essentielle est la prise de conscience. Que l’on soit un « sauveur victime » ou que l’on soit en proie à un « sauveur persécuteur », prendre conscience que la relation est profondément dysfonctionnelle et n’est pas normale est une étape déterminante même si elle n’est pas toujours aisée. Car il existe de multiples justifications, alimentée par la confiance en soi détruite et qui en bien des cas se termine par un « tu ne peux pas comprendre…. ».

    Deuxième démarche, qui exige infiniment de tact, finesse, recul et professionnalisme, faire saisir qu’il existe dans son propre comportement une part (mais une part seulement !) de responsabilité, en ce sens qu’une attitude déterminée entraine une réaction déterminée. En conséquence, c’est son comportement à soi qu’il faut modifier. C’est là qu’une immense finesse est nécessaire pour accepter qu’une autre voie est possible, malgré toute l’absence de confiance en soi et sans se croire responsable et coupable de tout.

    La troisième démarche est difficile mais réalisable : se mettre en route. Pour le « sauveur-victime », retrouver sa capacité à s’aimer pour enfin cesser de n’exister que dans le regard d’un autre et donc quitter cette dépendance mortifère.

    Pour la personne victime d’un « sauveur persécuteur », la meilleure solution, c’est la fuite. Hélas, elle est parfois très difficilement réalisable, souvent du fait de diverses contingences matérielles. Et de la peur, immense et si présente !

    Parfois, elle est quasiment impossible quand la victime, comme dans une sorte de syndrome de Stockholm, refuse son indépendance. Il faut alors soit revenir à la première étape, soit abandonner et ne pas devenir soi-même un deuxième « sauveur persécuteur ». Veut-on aider une personne parce qu’elle l’a demandé ? Ou parce qu’il y aurait non assistance à personne en danger ? Ou pour faire prédominer sa vision d’une relation ?

    Dans toutes ces situations, il importe d’être vigilent pour ne pas tomber dans des extrêmes : ne jamais voir d’intention négative ou voir le mal partout et donc, éviter d’être une « bonne poire » ou tomber dans la paranoïa.

    Mais toute relation, Dieu merci, n’est pas un gouffre abominable et nombre d’entre elles sont de formidables et merveilleuses possibilités d’épanouissement réciproques … à condition de les vivre dans un équilibre sain !

     

  • Personne n’est parfait !

    Personne n’est parfait !

    On nous propose régulièrement d’aller au-delà de nos limites. On nous vante régulièrement le bonheur merveilleux d’un monde idéal. On nous assure que tout peut devenir parfait si nous le désirons. Pour nos affaires, notre bien-être, notre épanouissement, nos amours… Super ! Sauf que….

    Sauf que, dans nombre de situations, cet idéal de perfection ne peut-être obtenu : ce qui est proposé ou vanté est vague, flou, abstrait, indéfini, indéterminé, voire irréaliste. On croit pouvoir attraper la lune en tendant juste la main. Mais s’est-on d’abord posé la question : la lune peut-elle être saisie ?

    Le flou de la perfection

    Souvenons-nous du film « Certains l’aiment chaud » et de la dernière et savoureuse réplique adressée à Jack Lemmon par le flegmatique millionnaire éperdument amoureux : « Well…. Nobody’s perfect ! » Elle illustrait avec humour ce décalage entre ce que l’on supposait (ou interprétait) et une réalité passablement différente.

    En parallèle, Antinoüs, connu comme amant de l’empereur Hadrien, est aussi connu comme une sorte de personnification de la beauté idéale. Il n’en demeure pas moins que c’est purement subjectif puisque….personne n’est parfait !

    « La perfection n’est pas de ce monde » dit-on. Mais alors ?

    Qu’est-ce donc que cette perfection que nous recherchons et qui … n’existe pas ? Ce serait, selon le dictionnaire Larousse, ce « qui n’est pas susceptible d’amélioration ». Voilà un concept qui suscite de plus amples interrogations : comment le savoir ? Et par rapport à quoi ?

    En d’autres termes : quel est l’élément ou l’étalon à partir duquel on peut mesurer le point ultime d’aboutissement ? Qu’est ce permet de dire à un moment donné qu’aune autre amélioration ne peut être apportée ? Est-ce une appréciation objective ou cela relève-t-il de la subjectivité de chacun ?

    Nous ne sommes guère plus avancé avec la belle phrase d’Antoine de Saint Exupéry: « Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n’y a plus rien à  ajouter, mais quand il n’y a plus rien à  retrancher. ». Comment trouver cet équilibre précieux ?

    Ce qui est « parfait », c’est aussi « ce qui réunit toutes les qualités, qui est sans défaut ». Cette autre définition soulève les mêmes questions. Enfin, le perfectionnisme est décrit comme une « recherche excessive de la perfection en toute chose ». –

    Nous avons donc deux éléments : d’une part, ce qui n’a plus à être amélioré car le stade ultime a été atteint et, cela a été souligné, quel peut donc être le critère permettant de le savoir ? Et d’autre part, il y a dans cette recherche quelque chose d’excessif. Là aussi, le flou perdure : comment déterminer ce qui est excessif ou pas ?

    Le domaine de l’abstraction

    Le problème majeur de la perfection, c’est d’être considéré comme un idéal. Et le problème majeur de l’idéal, c’est d’être abstrait.

    Que se passe-t-il quand nous évoquons le conjoint idéal, le travail idéal, l’homme politique idéal ou la maison idéale ? A chaque fois, nous rêvons de quelque chose de mieux, de plus, voire de « plus que plus ». Très bien mais si nous devons en faire une description concrète et en énumérer les éléments objectifs, ça devient autrement plus délicat ! C’est ce qui explique que certaines personnes passent leur vie à courir derrière une chimère sans jamais l’atteindre.

    C’est vouloir essayer d’atteindre l’horizon. Même en courant de plus en plus vite, il recule toujours autant ! De quoi finir épuisé et surtout, désappointé.

    Vouloir la perfection se ramène donc à rechercher un être ou un objet idéal réunissant toutes les qualités, à vouloir atteindre en tout domaine quelque chose sans défaut aucun. Chaque détail ne peut-il pas en lui-même être encore amélioré ? Quand s’arrêter et cela est-il même possible ? On risque d’élargir le fossé entre ce qui est demandé et ce qui est obtenu et d’aller finalement à l’encontre de l’objectif initial.

    On se heurte donc toujours à cette volonté du zéro défaut qui est en soi une abstraction. Si ce but ultime ne peut être défini et précisé, comment peut-il alors être atteint ? Et est-ce possible ?

    L’arbuste qui cache la forêt 

    La difficulté est de satisfaire un besoin : poursuivre et atteindre des standards de (très) haute qualité. Mais ces standards sont si déraisonnablement élevés que leur atteinte n’est pas possible. Cette structure profonde de la pensée génère des comportements et émotions spécifiques : la poursuite inlassable de buts irréalisables et un jugement en termes de réussite (voire de rendement). Cela devient obsessionnel et s’accompagne alors de critiques de soi et/ou des autres tant que l’idéal n’est pas atteint.

    A vouloir aller beaucoup plus loin que le désir naturel de bien faire, on en vient à pourchasser les plus petits défauts et à donner une dimension disproportionnée à chaque petit détail.

    Un exemple fameux : Maria Callas, surnommée « la voix du siècle », étudiait chaque détail, jusqu’au choix minutieux de ses parures et bijoux, ainsi que des autres rôles de chaque œuvre qu’elle interprétait. Elle voulait « atteindre l’absolue perfection. ». Elle effectua à 49 ans un retour sur scène qui fut un triomphe mais, pour la Diva, un désastre total car sa voix n’était plus ce qu’elle voulait qu’elle soit. En 1976, estimant avoir perdu son don, elle met fin à sa carrière et celle qui fut tant adulée finira sa vie dans une triste solitude.

    Nous en retrouvons d’autres illustrations avec des jeunes filles, pourtant ravissantes, devenant anorexiques et mettant leur vie en danger pour ressembler à l’image idéale qu’elles se font du corps d’une femme parfaite. Ou avec ces hommes, adeptes outranciers des salles de musculation jusqu’à en paraître difforme. Et avec tous celles et ceux en quête désespérée du conjoint parfait et rejetant inlassablement tout prétendant(e). L’arbuste cache la forêt !

    Voici une vision peu épanouissante d’une vie de perfectionniste ! Il est vrai que la joie n’est pas l’émotion prédominante. C’est bien davantage l’insatisfaction qui se donne rendez vous.

    Remettre les pieds sur terre

    Cette traque du détail rend le perfectionniste inapte à mettre un terme définitif à ce qu’il entreprend et à ressentir du plaisir lorsque les contingences matérielles lui commandent de passer à autre chose. Il devient prisonnier des attentes et des exigences des autres et/ou de lui-même sans arriver à définir où la route s’arrête. Inconsciemment, il passe du pouvoir (« Si je fais de mon mieux, je peux éviter les erreurs ») au devoir (« Je ne dois pas faire d’erreur ») puis à une forme d’absolutisme (« Aucune erreur n’est acceptable ! »).

    Le psychothérapeute Paul Watzlawic avait mis en garde : « En nous efforçant d’atteindre l’inaccessible, nous rendons impossible ce qui serait réalisable. ».

    De son côté, Alexandro Jodorowsky , dans son livre « Mû, le maître et les magiciennes » écrit : « Pour les humains, la perfection est inaccessible, l’excellence oui. Fais ton travail du mieux que tu peux en acceptant les erreurs inévitables ». 

    Il est donc essentiel de remettre les pieds sur terre en prenant le temps de s’interroger concrètement pour y apporter les réponses les plus précises possibles. On gagne en efficacité en le faisant par écrit ou en l’exprimant verbalement à un interlocuteur (nos discours internes s’accommodent si facilement d’abstractions et de contradictions !). Ces quelques questions valent pour la réalisation d’une activité ou l’accomplissement d’une tâche mais se déclinent à l’identique pour la rencontre d’une personne.

    Quand vous voulez quelque chose :

    • Définissez concrètement ce quelque chose, exactement comme vous décririez un objet que vous auriez sous les yeux.
    • Quelle part dépend de vous et quelle part n’en dépend pas et sur laquelle vous n’avez aucune prise ?
    • Est-ce réellement réalisable ? Par exemple : gagner Roland Garros alors que je n’ai jamais joué au tennis, c’et réalisable ..

    Avant de démarrer quelque chose, placez sur une échelle de 1 à 10 le chiffre à partir duquel vous estimez que c’est bien et que vous en êtes heureux. Bien sûr, ne visez pas les chiffres 11 ou 12 ! Si vous visez le 10, posez-vous d’abord les questions ci-dessus.

    Quand vous avez accompli quelque chose et qu’on vous en félicite mais que vous n’êtes pas satisfait en estimant qu’elle n’est pas « parfaitement » réussie, changez alors de réflexe : au lieu de dire « c’est nul ! », demandez vous d’abord : « qu’est ce qui satisfaisant ? ». Là concrètement, qu’est-ce qu’il y a de bien ? Qu’avez-vous réussi ? Si on vous félicite, c’est qu’il y a du positif !

    Et si vous voulez davantage, qu’y gagnerez-vous ? Demandez-vous si c’est utile, nécessaire, important, essentiel, indispensable, vital ? En donnant à chaque fois une réponse argumentée.

    Prenez le temps du recul : avant de critiquer ou d’exécuter, quelle est la « vraie réalité » du pire que vous redoutez ou du meilleur que vous envisagez ?

    Finalement, il se pourrait bien qu’au lieu de vouloir la perfection, il soit préférable de savoir accepter et gérer les imperfections.

    Ou mieux encore : apprécier ce qui est et ce qu’on a et ce, en changeant un tout petit peu notre regard.

    Début de la sagesse heureuse ?

     

  • Nietzsche et la force d’être

    Nietzsche et la force d’être

    Lorsque nous surmontons ce qui aurait pu nous tuer, gagnons-nous en force ? Ou conservons-nous, au fond de notre être, une fragilité ? Devenons-nous plus aguerri ou plus vulnérable ?

    Voyons donc si Nietzsche avait raison ou s’il s’est trompé ou encore, s’il a été excessif dans ses propos.

    Une alternative existentielle

    En 1888, Friedrich Nietzsche publie « Le crépuscule des idoles » dans lequel se trouve cette phrase, ô combien célèbre et si souvent (trop souvent ?) répétée : « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort. »

    Elle est régulièrement assénée à une personne en plein marasme (affectif, psychologique, financier, physiologique ou autre) ou en détresse comme une manière de lui dire : bats-toi, surmonte ton problème et tu en sortiras grandis. C’est facile à dire quand on n’est pas concerné par un problème et qu’on ne le vit pas avec ses tripes. Mais, profondément, qu’est-ce que ça veut dire ?

    Dans un premier temps, cette assertion parait signifier que chaque évènement difficile rencontré est comme une occasion de se dépasser et conséquemment de devenir plus fort. Certains vont même ajouter que c’est la Vie ou Dieu ou carrément l’Univers qui nous envoie cette épreuve. A chacun ses croyances.

    Mais le souci, c’est que nous voici enfermé dans une alternative, voire un dilemme : devenir «plus fort » ou mourir. Faut-il choisir et n’existe-t-il que ce choix ? Notre existence peut-elle être contenue dans ce choix ?

    Des interrogations multiples

    A ce stade déjà, trois interrogations  majeures :

    Que l’aphorisme nietzschéen concerne un évènement difficile, pourquoi pas si cela évite de se lamenter, de se victimiser et de « se noyer dans un verre d’eau ». Encore qu’il faille déterminer : « difficile » par rapport à quoi ? Par rapport à qui ? Voire pour qui, chacun d’entre nous ayant sa propre définition et son propre ressenti de ce qui est difficile ou pas.

    En revanche, s’il s’agit d’un évènement particulièrement douloureux ou carrément atroce, l’assertion demeure-t-elle pertinente ? Peut-on même avoir seulement le droit de la dire à une personne en souffrance ? N’est-ce pas une manière subtile de faire naitre une culpabilité ?

    En second lieu, est-il utile ou indispensable de rencontrer des difficultés ? La souffrance est-elle légitime ou même nécessaire ? La vie n’est peut-être pas « un long fleuve tranquille », certes mais doit-elle pour autant être une « vallée de larmes » ?

    Dit autrement, doit-on pour vivre – et pour bien vivre sa vie – être confronté à la souffrance ? D’aucuns diront qu’elle est inévitable et même nécessaire. Soit. La vie devient donc une succession d’épreuves qu’il faut surmonter. Et pourquoi la vie ne serait-elle pas plutôt une succession de joies à savourer ? Conceptuellement, lorsque la vie fut créée, n’aurait-elle pas pu l’être sous cet angle ?

    Enfin, et en suite logique, pourquoi faut-il être plus fort ? Là aussi, nécessité ? Obligation ? Qui donc a estimé qu’il devait en être ainsi et pour quelle(s) raison(s) ? Le but de la vie est-il d’être fort et courageux et si la vie est quelque chose à vivre, pourquoi faut-il être fort pour l’apprécier ? Qu’est-ce qui, fondamentalement, permet de positionner la force au rang des vertus ?

    Il ne s’agit pas ici de répondre à toutes ces questions (il y faudrait un livre !) mais de s’interroger sur une phrase si régulièrement répétée, comme une évidence (qu’elle n’est pas). Sans compter que l’on pourrait également s’interroger sur le sens même de la souffrance, d’un point de vue ontologique tout autant que spirituel.

    Une phrase à manier avec précaution

    On risquerait presque d’aboutir à un étonnant (et impossible) paradoxe : la phrase de Nietzsche deviendrait l’apogée d’une philosophie du dolorisme ! Néanmoins demeure la question : la souffrance surmontée serait-elle la porte nécessaire vers le bonheur, la sérénité, l’ataraxie ?

    Abordons-la rapidement sous d’autres angles. Physiologiquement d’abord. De ce point de vue, cette maxime apparait fausse. Songeons tout simplement à l’affaiblissement progressif de toutes les fonctions organiques du fait du vieillissement du corps. Songeons également aux caractéristiques de dégénérescence de la maladie d’Alzheimer. En quoi une volonté forte pourrait-elle triompher des forces destructrices de l’être ?

    Certes, on peut objecter qu’avec de telles maladies, on est déjà comme entré dans la mort, on est déjà dans quelque chose qui nous tue. N’oublions pas cependant quantité d’autres affections qui ne nous tuent pas mais nous laissent, même après guérison, une fragilité qui est à l’opposé même de ce qui « nous rend plus fort ».

    Certains s’adaptent, comme après un accident grave par exemple, entrainant paralysie partielle ou totale. Mais une adaptation ne signifie pas une plus grande force : tout ce qui était possible auparavant ne l’est désormais plus et définitivement. L’assertion nietzschéenne peut quasiment apparaitre comme une insulte à tous ceux qui souffrent.

    Sous prétexte d’aider une personne en souffrance, de la « secouer », soyons délicat pour ne pas devenir comme un bourreau la confrontant à ce qu’elle n’est pas.

    Une force fragile  ?

    Psychologiquement le débat est plus subtil car il est question de « degrés » devant prendre en compte infiniment de paramètres. : ce qu’est la personne, ses croyances, sa maturité, son environnement, son positionnement à l’égard de la vie, etc.

    Certaines se relèvent après une épreuve et acquièrent une puissance d’être. Pour ne citer que deux grandes figures, songeons à ce que Viktor Frankl avait conceptualisé avec la logothérapie ou Boris Cyrulnik avec la résilience afin de contrer une vulnérabilité liée à une histoire traumatique. Il n’en demeure pas moins que la résilience n’est pas un processus pérenne et contrairement à ce que l’on peut croire couramment, elle ne s’assimile nullement à une espèce de nouvelle « compétence » acquise définitivement.

    Et puis, il en est qui certes se relèvent mais conservent au fond d’elles-mêmes, consciemment ou pas, une faiblesse. C’est le cas, par exemple, de certaines formes de dépression. La psyché ne peut pas s’assimiler à un morceau de cuir qui se tannerait au fur et à mesure qu’elle reçoit des chocs pour devenir plus souple, plus durable et plus solide.

    Autant de personnes, autant de ressentis

    Dans un monde où la force serait assimilée à une vertu, ne pas l’acquérir devient une faiblesse coupable, un manque de volonté, une capitulation honteuse qu’il importe de cacher au mieux. D’où cette tendance à montrer un « paraitre » solide pour camoufler un « être » fragile. Paraitre, c’est ce qui se laisse voir sans nécessairement être le pur reflet de ce qui est….

    On voit qu’il est important « d’arrondir les angles » de la phrase de Nietzsche et qu’elle ne peut avoir de valeur absolue.

    Une épreuve peut effectivement être une manière de mieux connaitre soi-même et l’essence de son existence et nous faire passer alors de la dimension psychologique à une dimension spirituelle et/ou philosophique. De ce point de vue, la surmonter devient une possibilité de grandir. Elle nous rend « plus fort » en nous permettant une vision plus large, en nous aidant à distinguer l’essentiel de l’accessoire ou du superflu dans nos manières d’être, de faire et d’avoir. C’est comme une sorte d’apprentissage d’un lâcher-prise existentiel.

    En revanche, la même épreuve chez un autre individu, qui l’appréhendera différemment selon ce qu’il est à l’instant où il la subit, peut être une fragilisation. Cela signifie qu’il n’est pas immunisé contre un nouveau coup dur. Une épreuve surmontée n’est pas un vaccin. Cela peut aussi être une destruction, parfois très lente qui ne rendra pas plus fort mais laissera une extrême vulnérabilité ou même tuer à petit feu.

    Imaginons une maison à l’extrême bord d’une falaise attaquée par la mer. A l’issue d’une forte tempête, une partie de la falaise s’est effondrée mais la maison est toujours là. En apparence, tout est encore solide. Mais la fragilité est là. Il suffira peut-être d’une seule vague, inoffensive et tranquille pour qu’un jour, falaise et maison s’effondrent définitivement et l’on s’étonnera qu’un évènement aussi anodin ait une telle conséquence, comme une application de l’effet papillon d’Edward Lorenz.

    Il existe, pour chaque individu en particulier, un seuil maximal de souffrance qu’il peut endurer. Largement en dessous de ce seuil, il surmonte et en retire davantage de « force ». Un peu en dessous, il surmonte aussi mais demeure fragilisé. Un peu au dessus de ce seuil, la souffrance n’est plus constructive mais handicapante. Et largement en dessus, elle devient destructrice.

    L’épreuve comme ouverture

    Concluons avec deux autres considérations. Tout d’abord, nous ne sommes pas monolithiques et sauf certains cas qui relèveraient plus de la pathologie, personne n’est constamment fort et solide ou constamment faible et fragile dans tous les domaines de sa vie. Nous sommes un panachage de tout cela selon une alchimie complexe appartenant à chacun.

    L’aphorisme nietzschéen est trop absolu. Sa charge émotionnelle renvoie à une idée de succès, certes très valorisante mais sa prédiction est partiellement fausse (ou partiellement juste) car il est des cas où« ce qui ne tue pas » est loin de rendre plus fort.

    N’oublions pas enfin, une autre approche : une certaine fragilité peut aussi nous donner une certaine force en ce sens qu’elle peut ouvrir à une sensibilité plus vive et plus attentive à la souffrance d’autrui. En cela, elle nous rend humain, plus humain.

  • Riez donc !

    Riez donc !

    Qu’il est doux de (re)découvrir les vertus magiques de ce qui, selon François Rabelais, est le propre de l’homme !

    Imaginez que vous vous leviez en songeant que le monde est triste, que les nouvelles sont mauvaises, que la vie est un difficile combat,… En un mot, vous en avez marre ! Avec de telles pensées, les journées s’assombriront de plus en plus, nécessairement.

    Un remède ? Riez !

    Des vertus incomparables !

    Le rire possède une infinité de vertus ! A telle enseigne que le neurologue Henri Rubinstein considère qu’il « fait partie des mécanismes de défenses naturelles de l’organisme. Plus on rit, plus on est dans de bonnes conditions pour résister aux maladies. »

    Sur le plan physique tout d’abord : En effet, le simple fait de rire déclenche une onde musculaire qui va se propager dans l’organisme, dans tous les muscles du visage, dans le larynx, la cage thoracique et décontracte les yeux, la bouche, le diaphragme et l’abdomen mais également les cuisses, les bras, le cou, les épaules. Pas mal non ?

    En outre, il tonifie nos organes et impacte positivement non seulement notre respiration (celle-ci s’accélérant grâce au rire, il y a alors un meilleur renouvellement d’air dans les poumons) mais également notre pression artérielle et sanguine (les vaisseaux sanguins se dilatent, la tension artérielle est diminuée et les tissus reçoivent alors davantage d’oxygène).

    Sur le plan du bien être, le rire est donc très salutaire car il augmente la sécrétion d’endorphines et, parallèlement, évacue les hormones du stress. Il a donc des effets puissants et devient quasiment un « médicament » naturel !

    Rappelez-vous dans quel état vous vous sentiez après votre dernier fou rire ou une soirée passée en bonne compagnie joyeuse : calme et détendu. Une minute de rire aurait les mêmes qualités que 30 à 45 minutes de relaxation ! L’effet euphorisant dure longtemps et rien n’est plus agréable que de se le remémorer. De même,  tout conférencier ou enseignant connait l’aspect bénéfique du trait d’humour lorsque la tension augmente ou que l’attention se relâche. C’est une véritable pause détente qui permet ensuite de reprendre le cours de l’exposé avec plus de facilité et une meilleure mémorisation de l’information.

    L’humour comme thérapie

    Sur le plan psychologique et relationnel, un rire sain et un bon sens de l’humour sont des atouts incomparables. Non seulement il diminue l’agressivité mais de plus, il simplifie et améliore la communication.

    En effet, en créant un climat de confiance, chacun est incité à s’extérioriser et à se libérer. Les personnes optimistes et ayant un vrai rire contagieux sont autrement plus attirantes et séduisantes et s’insèrent plus facilement dans une société. Charlie Chaplin avait une délicieuse expression : «Le rire est le chemin le plus court entre deux personnes».

    On n’accroitra certes pas son cercle de relations en devenant un « chevalier de la triste figure », ainsi que Cervantès surnommait don Quichotte de la Manche. Nous avons d‘ailleurs une tendance assez naturelle à éviter les visages renfrognés, les Cassandre et autres adeptes de la lamentation permanente ou rabat-joies.

    L’humour est une qualité appréciée ; on plaint ou critique ceux qui l’ignorent et on estime ceux qui en sont pourvus, surtout s’il est doté d’un esprit de repartie plein de finesse. Cela témoigne d’une agilité d’esprit et même d’intelligence.

    En revanche, il n’est guère estimé quand il ne fait qu’en prendre l’apparence et dissimule sous cette appellation la raillerie, l’ironie, la moquerie. L’humour véritable permet de rire ensemble et des mêmes choses. Il ne s’exerce donc pas aux dépends de quelqu’un, avec méchanceté ou volonté d’être blessant. Souligner une incongruité peut se faire avec subtilité et n’a pas besoin de ridiculiser.

    De même, il ne doit pas être confondu avec cette manie chère à certaines émissions dites de variétés consistant à « rigolasser » niaisement en permanence, à tout bout de champ et pour un oui ou un non. Cela devient vite stupide et exaspérant !

    Excellent pour préserver la jeunesse du corps et de l’esprit, le rire a depuis toujours été recommandé pour ses bénéfices sur le plan de la santé, tant sociale que physiologique et psychique. On préconise un minimum de dix à quinze minutes par jour. Or, notre époque semble devenue plus sérieuse ou plus sinistre : toutes les études s’accordent à considérer que le rire est aujourd’hui devenu trop rare avec une moyenne quotidienne qui serait tombée à environ 60 secondes. Si nous y réfléchissons, saurions-nous dire combien de fois, en moyenne, nous rions par jour ?

    Mettre du rire dans sa vie 

    La rigolothérapie s’est peu à peu développée et a même fait son entrée dans certains hôpitaux du fait des modifications physiologiques provoquées par le rire sur l’organisme. Ses mécanismes respiratoires du rire s’apparenteraient à ceux du yoga.

    Comment faire pour mettre le rire dans sa vie ? Par le chatouillement ! En fait, il y a deux manières de se chatouiller.

    Soit au niveau physique par excitation de zones que l’on appelle « gélogènes » : elles provoquent le rire quand on les stimule. Nous connaissons bien cela avec les enfants ! Le rire nait, surtout si un tiers exerce la stimulation, car alors un réflexe est déclenché par un tout un réseau neurologique. Mais si la stimulation intervient trop longtemps, le plaisir fait place à l’énervement, voire à la douleur.

    Soit au niveau psychique ou mental en « chatouillant nos neurones », ce qui déclenche alors la crise d’hilarité. Il existe de multiples manières de faire (histoires drôles, film, livre, théâtre, spectacles, etc,) qui, tout en favorisant les activités de détente, diminuent parallèlement tout ce qui peut déclencher une sinistrose. Dans le même temps, il est salutaire de supprimer ou de réduire drastiquement ce que l’on appelle des « informations », qui désespèrent plus qu’elles n’informent et sont de ce fait un véritable poison de l’esprit.

    Il est également possible d’apprendre à penser différemment, voire le verre plutôt à moitié plein qu’à moitié vide ; même si le niveau du verre n’a pas changé, la vision que l’on en a prédispose à une vision plus joyeuse. Enfin, on peut toujours rejoindre l’un de ces nombreux groupes de thérapie par le rire.

    L’américain Norman Cousins, ancien rédacteur en chef de Saturday Review, a écrit un ouvrage [1] où il raconte comme il s’est sorti d’une maladie grave (avec 1 chance sur 500 de guérir) en utilisant notamment les vertus thérapeutiques du rire qu’il décrit comme servant «  en quelque sorte de « veste pare-balles » qui nous protège des ravages causés par les émotions négatives».

    Rire, c’est bon pour la santé. Alors, commencez dès à présent. Apprenez également à rire de vous-même de temps à autre pour savoir prendre du recul et dédramatiser infiniment de situations. Car, en effet, heureux ceux qui rient d’eux mêmes ; ils n’ont pas fini de s’amuser !

    [1] Norman Cousins Comment je me suis soigné par le rire, Payot , 2003

  • Ne plus dépendre d’un manipulateur

    Ne plus dépendre d’un manipulateur

    Prendre et conserver le pouvoir sur l’autre est une constante des manipulateurs. Leur ADN en fait. Certains arrivent insidieusement à vous déstabiliser lentement, surement et profondément. Nous allons situer cette réflexion dans le cadre de la vie personnelle et évoquer cette technique de l’isolement progressif pour garder le contrôle et s’assurer un pouvoir sur l’autre.

    Le gentil manipulateur qui vous aide 

    Un manipulateur vous aborde de manière extrêmement sympathique. Forcément, il veut nouer une relation ! Evidence, certes, mais il importe de savoir qu’il n’y a nullement écrit sur son front : « Attention, je suis un pervers ! ». Au contraire, il est agréable et prévenant, veut votre bien-être, apprécie vos centres d’intérêt, etc. Bref, charmant ! Il vous redonne même confiance en vous : vous étiez seul(e), doutiez de connaitre une belle relation et en voici une qui prend forme.

    La « lune de miel » dure quelques semaines, quelques mois et lentement, si lentement que l’on ne s’en rend pas compte, les choses évoluent. Cette douce et merveilleuse personne prend doucement mais surement l’ascendant dans la relation. Elle vous dénigre parfois un petit peu devant des amis et si vous vous en offusquez, vous reproche de ne pas avoir le sens de l’humour. Elle dénigre certaines de vos activités, vous disant que vous « valez mieux ». Elle répond de plus en plus souvent à votre place, comme si vous n’étiez pas capable d’avoir vos propres idées. Elle ne manque pas de vous souligner lourdement le service qu’elle vous a rendu et attend un merci reconnaissant. Elle impose peu à peu ses choix de sorties, ses préférences de distraction, ses ami(e)s, sa manière de vivre et de voir les choses, etc.

    Votre autonomie s’amenuise mais c’est toujours pour votre bien, évidemment, et comme il arrive à cette personne d’être profondément sympathique et de vous faire un cadeau agréable, vous songez que vous avez tort d’avoir des doutes sur ses qualités. Vous vous en voulez d’ailleurs d’avoir pu croire que ce n’est pas une personne parfaite voulant vraiment votre bien !

    Ca y est, le piège commence à produire ses effets ! Dans un article précédent sur cette thématique, je précisais que l’arme secrète du manipulateur, c’est la culpabilisation. Attention, il ne s’agit nullement de se méfier de tout le monde ! Mais de s’interroger lorsque la culpabilisation pointe son nez pour se demander, le plus objectivement possible (ce qui n’est pas toujours évident !) si les aides offertes sont réellement des aides.

    Autrement dit, le manipulateur vous a-t-il aidé sans rien attendre en retour ? L’a-t-il fait alors que vous pouviez très bien vous débrouiller seul(e), histoire de vous maintenir en dépendance ? Ou de vous « obliger » à lui en être éternellement reconnaissant ? Lui arrive-t-il de vous rappeler qu’il vous a aidé, histoire également de vous rendre redevable et de demander ensuite quelque chose en retour, bien plus important ?

    Il est important de faire preuve de lucidité quand on commence à se sentir coupable et/ou redevable et qu’en ressentant cela, on ne sent pas complètement à l’aise.

    La stratégie de l’éloignement.

    Le manipulateur dans un couple ne reconnaitra jamais qu’il a besoin d’assurer son pouvoir. Ce serait avouer une faille (dont parfois il n’est même pas conscient). Malgré les apparences, il est très peu sûr de lui, d’où sa jalousie vis à vis de tous ceux qui auraient de l’estime pour sa « proie » ; cette estime des autres lui enlève de son propre pouvoir. Vous devez lui « appartenir ».

    C’est pourquoi il donne le change en passant pour quelqu’un de sociable et de convivial. Mais le besoin de contrôle est là, tenaillé par la peur que l’autre puisse être indépendant, avoir ses propres envies et idées, ne plus avoir nécessairement besoin de lui. C’est pour cela qu’il dénigre le travail que vous faites, votre manière de vivre, vos gouts, vos relations, des membres de votre famille parfois. Oh, ce dénigrement est souvent très subtil ! Il peut juste s’agir d’une dévalorisation « soft » dont le but est de faire naitre dans votre esprit un doute. Si vous êtes un peu désemparé, il revient vous consoler et vous aider en vous offrant une solution, c’est à dire Sa solution. Le piège se referme encore un peu.

    Comment fait-il pour mettre en place cette dévalorisation « soft » ? Il peut vous suggérer lui-même un doute : « J’ai l’impression que…..(suivi de quelque chose de négatif) ». Mais au lieu de débattre et d’écouter vos opinions pour éventuellement reconnaitre qu’il s’est trompé, il va argumenter de telle manière que ce qu’il appelait son « impression » apparaisse petit à petit comme une certitude. Et il vous pousse à adopter sa certitude.

    Il peut aussi intervenir de manière indirecte : « J’ai entendu dire que X…. » ou bien « X m’a dit que Y avait…. » ou encore « Il parait que Untel a…. » et chaque fois, la suite est négative. De la même manière, son discours est structuré pour que vous ayez un doute sur la personne nommée puis la certitude qu’il a raison. Et sans vérifier si ce qu’il affirme est vraiment vrai. C’est son point de vue que vous finissez par adopter.

    Ces débats existent évidemment dans tous les couples. Mais là où le manipulateur est pervers, c’est lorsque vous vous rendez compte que vous voyez beaucoup moins X, que vous vous méfiez maintenant de Y ou que vous ne fréquentez plus du tout Z après avoir rompu, quelque tristesse que cela vous cause. Et à chaque fois, à l’égard de X, Y et Z, la stratégie a été quasiment la même. Le résultat est là : votre propre cercle de relations s’est amoindri et vous ne fréquentez plus que votre manipulateur, éventuellement ses amis et sa famille.

    J’ai connu une manipulatrice qui était arrivé à faire naitre le doute chez un homme quant à ses propres enfants en bas âge. Cet homme s’était déjà bien éloigné de ses propres amis, il risquait à présent d’abandonner sa progéniture. Un parent peut ainsi déserter un foyer familial pour « l’amour de sa vie » et se retrouver à terme dans une véritable prison relationnelle.

    Les illusions qui nous enferment dangereusement

    Il est toujours difficile de reconnaitre et d’admettre que derrière la personne que l’on a aimé (et que l’on aime sans doute encore), se cache un manipulateur. C’est si difficile que les mêmes techniques qui ne servent à rien sont régulièrement utilisées. Sans entrer dans les détails, citons-en deux, aussi simples qu’inutiles :

     La première : Refuser de le considérer comme un manipulateur, laisser faire ou lui trouver des excuses : « Il(elle) n’y peut rien, c’est son caractère », « Ce n’est pas de sa faute, il(elle) a connu des choses difficiles », « Il(elle) ne se rend pas compte qu’il me fait du mal ». « C’est vrai qu’il est dur mais il a aussi des bons côtés ». « Tu ne peux pas comprendre, c’est un écorché vif, il est sensible, etc ». A chaque excuse que vous « inventez », vous renforcez son pouvoir sur vous. Chaque fois que vous acceptez et banalisez quelque chose qui n’est pas acceptable, vous niez vos vrais besoins. Vous vous niez vous-même. Vous avalez un peu plus du poison de votre relation toxique

    La deuxième : Croire qu’il (ou elle) « changera » ou que le temps (ou votre amour) arrangera les choses. C’est un grand classique qui augmente le pouvoir du manipulateur et votre perte progressive d’estime de vous. Quelquefois, le doute et la culpabilisation vont très loin : « Je ne suis pas capable de l’aimer comme il faut » qui se transforme en « Je ne vaux rien. Heureusement qu’il (ou elle) est là pour moi ». Peu importe la formulation, c’est comme un syndrome de Stockholm : la victime remercie son bourreau.

    Parfois, on s’illusionne soi-même : « Je vais le sauver ! Je vais lui en faire prendre conscience et notre couple sera merveilleux ». Illusion totale qui, sous couvert de belles intentions, est en fait une contre-attaque : je vais reprendre le pouvoir ! Mais dans cette guerre de tranchée que vous avez auréolée d’une belle image « d’amour sans condition », vous serez perdant(e). Il y a en face de vous une mauvaise foi à toute épreuve, se drapant dans sa dignité et vous retournant le tout pour que vous vous sentiez à nouveau coupable. Comment faire preuve d’empathie vis-à vis de quelqu’un qui, consciemment ou pas, ne fait que vous faire régresser, en particulier dans votre estime de vous ?

    A ce sujet, une histoire illustrant cette volonté de faire culpabiliser pour garder (ou reprendre) du pouvoir. Un homme, en proie à une manipulatrice intelligemment perverse, avait finit par sauver son existence en fuyant brutalement la relation. Plus de dix ans après, elle reprend contact. Ils se revoient dans un endroit neutre. Et très rapidement, elle lui dit combien sa fuite d’autrefois l’avait détruite, psychologiquement et physiquement, lui ayant fait naitre symptômes d’angoisse, dépression, perte de cheveux, insomnies, larmes et autres. Une fois de plus, le même mécanisme se mettait en place : il fallait que l’homme se sente coupable et présente des excuses. Il n’en a rien fait. Les « retrouvailles » se sont très rapidement achevées.

    Comment sortir de ce cercle vicieux ?

    Il n’y a pas 36 solutions : quitter la relation. C’est la seule chose à faire. Même si c’est douloureux, on souffrira beaucoup moins qu’en demeurant dans quelque chose qui dysfonctionne en permanence à notre propre détriment.

    Partir est souvent difficile : l’autre essaye encore de vous rendre coupable, vous assure qu’il vous a compris, vous rappelle tous les beaux instants que vous avez vécus, parfois en pleurnichant ou en se présentant comme victime de votre égoïsme et de votre ingratitude avec le fameux « Après tout ce que j’ai fait pour toi » ! Il peut aussi vous menacer des sanctions diverses ou affirmer vouloir se suicider (à cause de vous, évidemment !). Tout cela s’appelle du chantage et c’est odieux. J’ai entendu parler d’un homme qui doit en être à son 5ème suicide (après 5 maitresses ayant du le fuir pour continuer d’exister) !

    Certaines personnes quittent la relation toxique au bout de quelques mois, d’autres plus tard. J’en ai connu une qui n’est partie qu’au bout de …. sept ans, très esquintée psychologiquement mais étant depuis lors parvenue à se reconstruire.

    La première chose à faire est une prise de conscience : est-ce je me sens coupable de quelque chose ? Suis-je vraiment épanoui(e) ? La relation me parait-elle équilibrée ? Mes connaissances très proches l’apprécient-elles ? Parler à une personne sûre pour y voir clair est salvateur. Soit vous avez dans votre entourage proche quelqu’un capable de vous entendre, de vous comprendre et de vous conseiller sainement et utilement, soit vous vous adressez à un professionnel pour vous accompagner dans cette démarche.

    Parmi les très nombreux ouvrages sur cette question, je ne peux que recommander à nouveau « Échapper aux manipulateurs : Les solutions existent ! » de Christel Petitcollin (Ed. Guy Tredaniel, 2007) : facile à lire, concret et particulièrement utile, notamment quant aux différents moyens pour se sortir de cette emprise.

    Fuyez les relations toxiques qui ne peuvent que vous esquinter ou vous détruire. Il y en a de si harmonieuses et épanouissantes à vivre ! Dirigez-vous vers elles pour (re)découvrir le bonheur du respect et de la bienveillance.

    PS N’a été abordé ici que la relation de couple. Quitter une relation familiale (parent manipulateur par exemple) ou une relation professionnelle est particulier et sort de ce cadre.

  • De la musique avant toute chose

    De la musique avant toute chose

    Tous les jours, dans notre environnement, nous entendons beaucoup (trop ?) de musique ou assimilée… et souvent sans le vouloir.

    Est-ce que « la musique adoucit les mœurs » ? Elle le fait dans certains cas, les maltraite dans d’autres. Il lui arrive de sublimer les fonctions les plus primaires, les plus pulsionnelles et de rendre agressif ou bien, de parler à notre cœur, voire d’élever l’âme.

    Le terme « musique » est tellement vaste ! Danse populaire ou chant grégorien, symphonie avec orchestre philharmonique ou longues mélopées sur synthétiseur, tambourinage avec des percussions ou balade à la harpe celtique, hurlement de guitare électrique ou sensualité du saxophone….

    En fait, elle est le langage des affects et le reflet des cultures. Ensuite, tout dépend quels sont les affects que l’on veut privilégier.

    Trois composantes de base

    La musique agit d’abord par trois composantes : mélodie, harmonie et rythme. Il semblerait que les régions du cerveau nécessaires à l’appréciation du rythme soient situées notamment dans l’hémisphère droit tandis que celles faisant saisir la mélodie seraient davantage dans l’hémisphère gauche. L’harmonie, quant à elle, nécessiterait la sollicitation des deux hémisphères.

    La mélodie est un arrangement de sons ou de notes exécutés et entendus successivement pour former un air. Elle serait l’apanage de la fonction analytique du cerveau gauche qui peut en concevoir un plaisir esthétique (ou un déplaisir) et interfère donc sur l’humeur. « La source essentielle du plaisir musical serait la mélodie » expose la psychologue Edith Lecourt (La pratique de la musicothérapie, Editions ESF, 1977). Mais « essentiel » ne signifie pas « unique »

    L’harmonie est l’utilisation et l’agencement de fréquences simultanées en mettant en relation deux ou plusieurs sons (graves et/ou aigus) ou divers instruments ou mélodies et en les combinant aux fins de produire un effet qui, là aussi, est ressenti comme agréable ou pas selon sa propre sensibilité et l’éducation de l’oreille.

    Le rythme détermine la durée des notes ou des accords les uns par rapport aux autres par combinaison d’éléments courts et longs (notes blanches et noires). Par simplification, la musique dite « classique » marque le rythme par combinaison tonale et harmonique des sons d’un ou plusieurs instruments tandis que la musique dite « moderne » privilégie les percussions (ou instruments à son grave ou plages musicales répétitives).

    Pour définir le rythme, on peut y adjoindre le tempo, c’est à dire la vitesse d’exécution qui influence aussi notre humeur. Il s’apprécie en nombre de pulsations par minute, du plus lent, largo (40/60) ou même larghissimo (< 40) jusqu’au prestissimo (> 190)

    Une composition complexe

    Trois autres éléments, très dépendants, sont à prendre en compte. Tout d’abord, la masse orchestrale : la musique est-elle jouée par un seul instrument ou par un orchestre symphonique de plus de quatre-vingts musiciens ? Les combinaisons et modifications de mélodies, d’harmonie, de rythmes, de volume et de timbres peuvent devenir infinies.

    Ensuite, la puissance sonore venant de l’instrument lui-même ou du nombre d’instruments ou encore de l’amplification. Elle joue sur notre ressenti. Notre perception globale diffère évidemment si on écoute un doux fond sonore ou si l’on est dans une salle de concert rock. En dessous de 20 Hz, on n’entend plus les sons avec nos oreilles mais on les ressent s’ils ont une certaine intensité. Appelés infrasons, ils ont à forte puissance une résonance avec notre corps dont notre cage thoracique (effet recherché dans la musique techno). A très forte puissance, l’énergie acoustique peut avoir des effets destructeurs, mécaniques, physiologiques et psychologiques.

    Enfin, le timbre qui correspond à la « couleur » propre du son et dépend donc de l’instrument lui-même (on distingue facilement un clavecin d’une trompette!).

    Nos ressentis et comportements sous influence

    Chacune de ces composantes nous impacte. Les films en sont un exemple. Les publicitaires et nombre de commerçants l’ont aussi parfaitement saisi, agissant de manière « occulte » sur nos comportements d’achats qui seraient modifiés selon le style de musique, son tempo, son volume.

    Par exemple, il a été montré qu’une même musique, diffusé à un tempo plus lent va diminuer la vitesse de déambulation dans un supermarché et conduire à augmenter le temps que l’on y passe (et à acheter !) ou encore fait passer plus de temps à table à des clients d’un restaurant que ceux exposés à un tempo plus rapide ; la vitesse et la durée de consommation en sont donc impactés Toujours au restaurant, les clients restent plus longtemps et consomment plus s’ils entendent du jazz ou de la musique classique que s’il s’agit de rock qui les incite à se presser de terminer leur repas. Et dans un bar, les consommateurs boivent plus vite (et davantage ?) si la musique est rapide plutôt que si elle est lente !

    Sans les nommer, tout le monde connait certains magasins de diététique et de bien-être diffusant des musiques douces, lentes et à faible niveau sonore. Il est facile d’observer que les gens ont une déambulation plus lente, regardent davantage de produits et en achètent plus. Le temps de présence est augmenté car on se sent bien, surtout si par contraste, on vient de quitter une rue où les agressions sonores étaient légions.

    Nos comportements sont modifiés par l’environnement musical.

    La vie en musique

    Dans notre société, la musique est partout et devient un envahissement sensoriel permanent : magasins et hall d’hôtel, restaurants et bars, salle d’attente et transports en commun, la rue, les ascenseurs et les parkings souterrains ! Hélas, elle est régulièrement de piètre qualité et à un niveau sonore trop élevé. On finit par assimiler à de la musique une succession de bruits ininterrompus qui fusionnent entre eux. Pitié pour nos oreilles et pour nos neurones !

    Certes, il en faut pour tous les gouts. Le problème est que cela nous est constamment imposé, à tout instant, et que l’on ne peut y échapper, quoique l’on veuille, quoique que l’on aime. C’est tout simplement de l’agression.

    La musique contemporaine s’est axée grandement sur l’importance du rythme en privilégiant, parfois à outrance, le rôle des percussions et batteries. Cela (sur)développe les sentiments d’ivresse, d’euphorie, d’exaltation, voire exacerbe les comportements pulsionnels et entraîne une surenchère de l’émotionnel. Quand les rythmes et les fréquences sont trop rapides, trop agressifs, trop forts, notre organisme essaye de s’adapter… comme il le peut. En général, par un accroissement de tensions, même si on se sent « euphorique ». Par exemple, une musique rapide augmente les pulsations cardiaques

    Dans une conception classique, on distingue les sons dit purs qu’utilise la musique et produits par les instruments et les sons dits impurs désignant les bruits que l’on entend. Distinction subtile et délicate… En effet, à partir de quand ou de quoi un son est-il considéré comme musique ou comme bruit,  appréciable ou désagréable ? Passionnant débat qui n’a hélas pas sa place ici !

    Tout est question de dosage. Ecouter de temps en temps du rap ou du hard rock ne fait pas de mal et procure une « détente excitante » mais transformer sa voiture en discothèque ambulante[1] ou écouter toute la journée des musiques saccadées, syncopées ou au tempo rapide avec un volume élevé ne peut avoir à terme que des conséquences néfastes sur notre état général et malmène violemment notre système nerveux. Comment ainsi retrouver le calme dont nous avons cependant tant besoin ?

    La langage des affects

    Que faut-il écouter ? Tout est affaire de gouts particuliers et trancher ce point est impossible. Autant de personnes et autant de sensibilités différentes.

    Il est cependant intéressant de noter que la musique baroque est remise à l’honneur depuis quelques temps. Le baroque, c’est un siècle et demi d’une musique profondément humaine, dans plusieurs pays, et donc autant de sphères culturelles différentes, dans un grand nombre de genres musicaux, profanes et sacrés.

    En usant d’harmonies très riches et plaisantes, il a mis l’accent sur l’intensité émotive et s’est attaché à en dépeindre toute une palette, satisfaisant pleinement cerveau droit et cerveau gauche en même temps. Nous avons vus combien leur synchronisation apporte de bienfaits ! Par exemple, Erik Pigani , psychologue et psychothérapeute, rapporte : « Autre expérience étonnante réalisée dans le métro de Newcastle, en Angleterre : les responsables de la sécurité des stations ont remplacé la diffusion de musique rock par du baroque. Vandalisme et agressions ont diminué de moitié ! Depuis, tous les services ont reçu ordre de diffuser des mélodies douces avec des instruments traditionnels plutôt que les hurlements électriques des groupes en tête des charts… » ( http://www.psychologies.com)

    Lorsque vous voulez vous apaiser et recréer des ondes alpha, il est évident que les mouvements lents sont à privilégier, vous apportant aussitôt calme et sérénité et favorisant les travaux intellectuels en procurant une sensation de stabilité et de sécurité. Le mouvement « adagio », si souvent apprécié pour l’apaisement qu’il procure, se caractérise en effet par son tempo lent : 60 à 80 pulsations par minute.

    Toutes les musiques agissent sur notre état physique et mental grâce aux vibrations qu’elles émettent et en participant à la production d’endorphine. Régulièrement, privilégiez les musiques douces qui vont générer dans votre cerveau des ondes alpha. Le chant grégorien en est un bon exemple car, basé sur les rythmes de la respiration, il aide à se concentrer, à méditer et joue comme atténuateur de stress, comme facteur apaisant car il s’adresse « directement à l’âme »[2]. Mais il en d’autres aux mêmes pouvoirs procurant détente et bien-être.

    Paul Verlaine débutait ainsi son Art poétique : « De la musique avant toute chose » et poursuivait plus loin par ce beau quatrain :

    « Car nous voulons la Nuance encor,

    Pas la Couleur, rien que la nuance !

    Oh ! la nuance seule fiance

    Le rêve au rêve et la flûte au cor ! »

    Nuance, équilibre, harmonie… Une belle composition !

    
    
    [1] La Revue trimestrielle de l’Institut Belge pour la Sécurité Routière, dans son numéro du 4ème trimestre 2008, fait état d’une étude du Royal Automobile Club en Grande-Bretagne (se basant elle-même sur une étude canadienne !) qui, pour souligner le rôle crucial du niveau sonore, note que « écouter de la musique tonitruante en voiture peut engendrer une augmentation significative du temps de réaction, jusqu’à 20 % ! De même, les conducteurs qui écoutent ce genre de musique sont deux fois plus enclins à brûler un feu rouge et courent un risque d’accident deux fois plus important. »
    [2] L’expression est de Alfred A. Tomatis qui, dans un entretien avec l’Association Professionnelle Suisse d’AUDIO-PSYCHO-PHONOLOGIE (APP) déclare : « Le rythme cardiaque se cadence sur la rythmique de la phrase grégorienne et devient plus tranquille. Il nous permet de redécouvrir un moment privilégié de calme intérieur ».
  • Les chemins de l’intuition

    Les chemins de l’intuition

    Nous rencontrons une personne qui nous séduit. Ou bien, nous sommes confrontés à une situation toute nouvelle. Et nous nous interrogeons : vaut-il mieux suivre sa raison ou son intuition ? Devons nous écouter notre tête avec toute sa logique et sa rationalité ou est-il préférable que nous prêtions une oreille à ce que nous murmure notre cœur ?

    Prendre le bon chemin

    Il n’est pas toujours évident de faire le choix adéquat, surtout quand nous sommes confronté à deux musiques jouant des tonalités différentes. D’un côté, nous avons des tas de raisons « valables » d’aller dans tel sens. Nous pensons qu’il est bon d’avancer dans telle direction parce que c’est « rationnel », structuré, cohérent, logique, que ce soit pour nouer une relation avec une personne, pour trouver un nouvel emploi, pour acheter un appartement, etc. Et nous avons alors une extraordinaire capacité à nous fournir des arguments bien ordonnés, même si nous savons que nous faisons l’impasse sur certains aspects que nous qualifions volontiers de secondaires, histoire d’avoir raison….

    Pourtant, de l’autre côté et si nous sommes attentif, nous devons aussi reconnaitre que, quelque chose en nous donne de précieuses indications et indique que nous pouvons y aller sans problème ou bien que nous ferions mieux d’agir différemment. Comme une petite voix intérieure qui nous murmure qu’un autre chemin parfois est préférable (ou même qu’un demi-tour express est salutaire !) mais nous n’écoutons pas toujours …. Pour reconnaitre plus tard que cette petite voix était dans le vrai. Mais c’est plus tard.

    Le souci est double. Nos conditions de vie nous entrainent dans l’urgence, dans l’inattention à ce qui est essentiel et nous nous laissons embarquer dans le tourbillon d’une vie active, trop active et toujours pressée. Nous pensons même que c’est cela qui donne le sel de la vie alors qu’il nous arrive de confondre empressement utile et vaine agitation. Par ailleurs, ce que nous dit cette petite voix n’est pas toujours compréhensible. Car pour bien comprendre, il faudrait s’arrêter, faire silence en soi et prendre le temps pour bien entendre, pour bien comprendre. Mais il y a trop de bruit autour de nous et même en nous.

    Se mettre en écoute

    Nous pensons qu’il faut du temps pour bien déchiffrer cette petite voix et du temps, et bien, nous n’en avons pas. Ou plutôt, nous nous persuadons que nous ne pouvons pas en prendre pour se poser car nous n’aurions plus le temps de nous agiter. Ou encore, nous croyons qu’il nous faudrait des clés, un décodeur, une sorte de mode d’emploi pour bien décrypter un message qui ne nous parait pas clair. Pour certains d’entre nous, il faudrait tout simplement des oreilles pour mieux entendre ce qui se dit et des yeux pour voir ce qui ne nous est qu’un lointain brouillard.

    Nous hésitons, nous ne savons trop que faire et le temps presse ; nous ne pouvons pas peser le pour et le contre trop longtemps. Alors, nous décidons rapidement (trop rapidement ?) et ce n’est que plus tard, a posteriori, que nous saurons si notre choix était le bon.

    Or, très souvent – si ce n’est chaque fois – force est de reconnaitre que si nous avions su écouter cette petite voix, si nous lui avions prêté l’attention qu’elle mérite et si nous avions suivi les indications qu’elle nous proposait, notre choix aurait été ô combien meilleur ; nous n’aurions rien à regretter, tout au contraire, nous aurions à nous féliciter d’avoir été si avisé.

    Il existe un bon test pour cela. Par exemple, lors d’une rencontre, une personne nous a exposé un projet (personnel ou professionnel) à réaliser ensemble et dans lequel nous devrons nous impliquer fortement. Quand nous avons pris congé et nous retrouvons seul, alors immédiatement, il faut se mettre à l’écoute de ce que dit notre corps. Comment sentons-nous le projet ? Quel type d’énergie est en nous ? Quelle émotion ressentons-nous ? Y en a-t-il une qui serait négative ?

    Apparaissent aussitôt toutes les informations utiles et nécessaires et il importe de les écouter. Tout de suite. Car, dans l’instant d’après, c’est la tête qui va prendre le relai avec tout un ensemble d’arguments structurés, logiques, rationnels, cohérents. S’il y a accord entre le corps et la tête, c’est OK. Si on perçoit une discordance, alors mieux vaut être attentif et prudent. Et balayer cette satanée urgence qui nous empêche de prendre du recul ! Une heure ou quelques heures de réflexion apaisée ne modifieront pas la face du monde mais impacteront notre vie.

    Une étrange certitude

    Peut-être aussi nous faudrait-il mieux comprendre ce qu’est l’intelligence. Bien sur, nous avons un cerveau que nous alimentons et nous sommes, à juste titre, fiers de faire fonctionner nos neurones comme il le faut. Mais nous sommes encore plus intelligent quand nous réalisons que nous possédons aussi un cœur, des émotions, des sensations, un corps et que, tous ensemble, ils nous adressent des messages destinés à faire ce qui est le mieux pour nous.

    Le poète André Suarès avait une belle formule : « L’intuition est une vue du cœur dans les ténèbres. ».

    Effectivement, lorsque nous sommes un peu perdus ou simplement, quand nous ne voyons pas très clair, l’intuition est là pour nous offrir une autre clarté.

    C’est un peu comme s’il y avait au fond de chacun d’entre nous comme un « centre de bienveillance » qui, subtilement, nous indique à chaque fois la meilleure route à emprunter.

    Lorsque nous avons appris – car cela s’apprend – à écouter notre intuition, les choses changent. Nous quittons cette confrontation avec la « raison raisonnante ». Nous ressentons au plus profond de nous quelque chose qui dit : « c’est cela, c’est ainsi ».

    Nous ressentons une certitude à la fois étrange et étonnante.

    Etrange car nous ne saurions pas expliquer d’où elle vient. Nous la sentons avec une intensité qui ne laisse pas place au doute sans pour autant connaitre ou comprendre les chemins qu’elle a empruntés.

    Etonnante car nous savons que c’est juste. Ce n’est pas une vague impression, c’est une certitude ; nous savons absolument que si nous écoutons cette intuition, ce sera bien, ce sera parfait, ce sera exactement comme cela doit être, ce sera conforme à ce qui peut être le mieux pour nous.

    Henri Poincaré exposait avec justesse : « C’est avec la logique que nous prouvons et avec l’intuition que nous trouvons »

    Notre 6ème sens

    Pour Aristote, « il n’existe pas d’autres sens que les cinq déjà étudiés ». Or, – et la science autant que les neurophysiciens en font état – il devient aujourd’hui de plus en plus communément admis qu’il existe un sixième sens : l’intuition. Ce sixième sens nous est nécessaire pour accomplir la mission qui est la notre et pour vivre sereinement avec nous-mêmes.

    Notre vie est un balancement permanent entre ce que nous estimons être bien et ce que nous considérons comme étant mal.

    En fait, nous oscillons entre ce que, au travers de nos filtres personnels, nous aimons ou désirons et ce que n’aimons pas ou ne désirons pas, entre ce qui nous apparait positif ou bien négatif.

    Et pour cela, nous utilisons ce que la nature a mis à notre disposition ou plutôt, ce que, en tant qu’êtres humains, nous sommes habitués à utiliser depuis notre naissance : nos cinq sens. Ce sont eux qui guident une immense partie de notre vie en déterminant la quasi-totalité de nos réactions : nous voulons ou nous refusons quelque chose sur la base de ce que nous voyons, entendons, goûtons, touchons ou sentons.

    Mais, à y bien réfléchir, ce ne sont là que nos sens corporels. Il ne s’agit pas de les négliger mais plutôt de réaliser qu’ils nous limitent si nous considérons qu’ils sont les seuls moyens d’avoir accès à la connaissance et qu’ils nous définissent dans notre totalité.

    En effet, nous ne sommes pas qu’un corps. Nous sommes également un cœur et un esprit, non séparés mais « fonctionnant » ensemble dans une étroite et constante collaboration. Autrement dit, si notre corps nous donne des sens,  notre esprit et notre cœur également.

    Tous ceux qui ont réfléchi à ce qui compose l’essence d’un être humain ne peuvent pas nier qu’existent aussi en nous l’émotion, l’imagination, l’intuition, la conscience et l’inspiration. Ces sens-là ont également une réalité pour chacun d’entre nous.

    Si on les méconnait ou qu’on en refuse la réalité, alors notre perception du monde est restreinte et insatisfaisante puisqu’on ne voit le monde qu’au travers du filtre des 5 sens corporels et uniquement au travers de ce seul filtre. On se prive de fait de tout un mode extraordinaire !

    En revanche, lorsqu’on les connait, qu’on les développe et qu’on les utilise, alors la vie devient autrement plus riche, plus créatrice et plus sereine.

     

  • Un  « marchand de bonheur »

    Un « marchand de bonheur »

    Un précurseur en développement personnel

    Quand on veut, on peut. Vraiment ?

    Combien de fois n’a-t-on pas entendu cet adage. C’est que nous sommes les héritiers d’Emile Coué. Mais sans en avoir tout compris. Voyons ce qu’il nous a réellement dit.

    Emile Coué obtient son diplôme de pharmacien en 1882. Brillant élève, il a 26 ans et a pris conscience de la puissance de l’écoute et de la bienveillance ; la capacité à guérir se développe si l’on est écouté et accueilli en tant que personne. En ce sens, il préfigure le thérapeute américain Carl Rogers.

    La guérison est en outre facilitée si l’on y associe des paroles positives suggérant que l’on va effectivement guérir. Inversement, si on croit que « tout est foutu », le chemin de la guérison sera un peu (ou beaucoup) plus difficile.

    Emile Coué n’hésitait pas à partager gratuitement ses découvertes et pensées. Son apport à la psychologie fut important et il était surnommé aux Etats Unis « Le marchand de bonheur ». Il décède en 1926 mais son étude sérieuse en France demeure encore tâtonnante bien qu’il soit le père de nos méthodes de développement personnel. En effet, on le caricature souvent en le réduisant à une banale pensée positive qui, à force d’être répétée, devrait finir par produire un effet même quand il y a contradiction entre cette pensée et la réalité. C’est un peu plus subtil que ça.

    Emile Coué considère que savoir d’où vient le problème n’est pas une nécessité. Au contraire, si on le ressasse trop, on le fait perdurer. A l’instar de la plupart des thérapies brèves aujourd’hui, il préfère chercher « comment faire pour aller mieux » plutôt que se focaliser sur « pourquoi ça ne va pas », le second n’entrainant pas toujours le premier.

    Dès 1902, il a étudié des techniques d’auto-suggestion consciente et d’hypnose. Il met au point une méthode qui s’avère très efficace et assure son succès et sa renommée. En 1922, il consigne ses réflexions et observations dans un ouvrage : «La maîtrise de soi même par l’autosuggestion consciente », traduit dans de nombreux pays.

    Quand notre pensée crée notre réalité

    Son premier postulat est : « Une pensée, bonne ou mauvaise, que nous avons en tête est pour nous la réalité, et a tendance à se réaliser ».

    Nous réalisons ce que nous pensons. Notre pensée crée notre réalité. Quelques siècles auparavant, Marc Aurèle disait déjà : « Notre vie est ce que nos pensées en font ».

    Il y a pour chacun d’entre nous, et à chaque instant, interaction entre nos pensées, nos comportements et l’une de nos 4 émotions de base (Joie, Colère, Peur et Tristesse)

    Nos croyances génèrent nos comportements au travers de nos pensées et de nos émotions. Nos comportements, à leur tour, renforcent nos croyances.

    Nous fonctionnons dans un processus d’auto-validation de nos croyances et, comme attirés par un aimant, nous rencontrons ou provoquons les situations qui les renforcent. Une chose devient ce que qu’on pense qu’elle est. Le postulat d’Emile Coué est essentiel pour saisir combien la qualité de nos pensées est déterminante sur le déroulement de notre vie.

    Par exemple, la vie n’est ni difficile ni merveilleuse. Elle Est, tout simplement. C’est nous qui la colorons. Elle nous sera plus agréable si nous pensons qu’elle est merveilleuse plutôt que si nous nous répétons chaque matin qu’elle est difficile.

    L’incroyable pouvoir de l’imagination

    Emile Coué s’est intéressé à la puissance de l’imagination et considère que « quand il y a lutte entre l’imagination et la volonté, c’est toujours l’imagination qui l’emporte sans aucune exception ».

    L’imagination est une projection sur le futur. Si elle est actionnée par une émotion comme la peur, c’est très certainement à cette peur que l’on donnera raison. Par exemple : « Je voudrais bien faire ceci mais j’ai peur que…. ». C’est la fameuse « petite voix » qui nous susurre que l’on n’y arrivera pas …. .

    On voit bien que le « quand on veut, on peut » ne tient pas si l’on n’a pas pris en compte ce que l’imagination met en place et donc, si l’on ne tient pas compte de la nature de l’émotion. C’est la raison pour laquelle les entraineurs sportifs, par exemple, font visualiser une réussite. L’imagination se met en route. On associe cette vision à une émotion forte et positive. Dès lors, il y a accord et non lutte entre l’imagination et la volonté

    On voit également que le travail sur la croyance est déterminant pour modifier l’émotion et accorder ce que l’on imagine et ce que l’on veut. Car alors, nous assure Emile Coué, « lorsque la volonté et l’imagination sont en accord, elles font plus que s’ajouter, elles se multiplient ».

    Quand vouloir et pouvoir se défient

    Emile Coué a combattu ce vieil adage à la peau dure « quand on veut, on peut ». S’il était vrai, toutes nos difficultés ou presque disparaitraient !

    « vouloir » et « pouvoir » ne vont pas toujours de pair car l’imagination prédomine sur ce que la volonté désire. Emile Coué pose alors un autre postulat selon lequel « l’imagination peut être conduite ».

    Cette conduite se fait par le biais de l’autosuggestion, sorte d’auto-hypnose. En se répétant, à voix haute, une vingtaine de fois, notre objectif, nous parlons consciemment à notre inconscient. Nous modifions ainsi notre perception de ce qui peut arriver et nous remettons en accord imagination et volonté.

    Nous connaissons tous sa phrase : « Tous les jours et à tous points de vue, je vais de mieux en mieux » Terriblement moquée, elle contient cependant une sacrée vérité. On a voulu en faire une phrase magique sans aucun aménagement, comme un « truc » qui marche tout le temps sans aucun effort et sans prise en compte du contexte. Considérée sous cet angle, forcément, ça ne marche pas !

    Quand on affirme quelque chose, le point est de savoir si on ne continue pas de vivre – en conscience ou pas – une autre croyance située à son opposée. Par exemple, si j’affirme « Je veux que ma vie soit merveilleuse » mais que, dans le même temps, je conserve au fond de moi une croyance selon laquelle : « Je ne suis pas heureux », je me retrouve en désaccord entre imagination et volonté. Dans de cas, l’autosuggestion ne peut pas fonctionner.

    Si je continue de croire que je ne suis pas heureux, je ne pourrai pas considérer, même en me le répétant, que ma vie est merveilleuse. C’est pour n’avoir pas saisi cette distinction que beaucoup moquent, aujourd’hui encore, les principes d’Emile Coué en oubliant qu’il a affirmé que « l’imagination peut être conduite » et donner alors les résultats espérés.

    Comment faire pour que « ça marche » ?

    De nombreuses expériences ont été faites pour démontrer la force des prédictions positives, le fameux effet placebo : encore une fois, ce que je crois crée ma réalité. On envoie une information spécifique à l’inconscient et il le traite à sa manière.

    Il existe également son opposé, l’effet nocebo : la prédiction négative. On se persuade, en dehors de tout rapport avec le concret, qu’un évènement néfaste va intervenir. La puissance de cette crainte imaginaire est telle qu’il peut arriver que l’on aille directement vers cet évènement – et même qu’on le provoque – afin de mettre un terme à la peur que l’on éprouve. (et de donner raison à notre pensée)

    Dans le même genre, on pourrait aussi évoquer l’effet Pygmalion (parfois appelé effet Rosenthal ou prophétie auto-réalisante)

    Toutes ces expériences ont validé a posteriori ce qu’Emile Coué avait démontré : la force de l’imagination.

    C’est pourquoi il estimait important de pouvoir la conduire. Sa phrase célèbre n’est donc nullement dénuée de sens. D’autant plus qu’il a préconisé de bâtir nos propres autosuggestions en fonction de ce que nous voulons à condition d’utiliser un protocole simple et bien déterminé.

    D’abord, utiliser le « je ». C’est de moi dont il s’agit et en utilisant le « je », je me mets en action. Moi et non pas quelque chose d’indéfini et impersonnel.

    Ensuite, utiliser le présent ou le futur immédiat. Ainsi, je renforce ma mise en action au lieu de demeurer dans un hypothétique et lointain avenir qui deviendrait conditionnel. Par exemple : « Je vais réussir » au lieu de « J’aimerais réussir ».

    Par ailleurs, la formulation doit être positive. Cela signifie : dire ce que l’on veut et non ce que l’on ne veut pas. Par exemple : « Je veux réussir» et non « Je ne veux pas échouer ».

    Et puis, quant à être précis, il faut dater et affiner l’objectif à atteindre : répondre à où, quand et comment est indispensable.

    C’est ainsi que « je veux un jour faire ceci » va se traduire par « je vais faire ceci tel jour». La dynamique n’est plus la même !

    Il est évident que toutes ces demandes se doivent d’être concrètement réalisables et dépendre de moi. Si je veux réaliser une chose techniquement ou physiquement impossible ou bien qui dépend de quelque chose (ou de quelqu’un) qui m’est totalement extérieur et sur lequel je n’ai aucune prise, alors aucune technique ni aucune méthode ne pourra me permettre d’accéder à mon objectif. C’est pour avoir omis ce point que la fameuse phrase d’Emile Coué a souvent été ridiculisée.

    Mais pour les multiples objectifs qui émaillent nos vies, la méthode d’Emile Coué, simple et pertinente, est d’une très grande efficacité. Les Etats Unis l’ont vite compris. A nous aujourd’hui de nous réapproprier la méthode de ce pharmacien humaniste et d’en faire éclore les bienfaits.

     

  • Le mythe étrange de l’amour inconditionnel

    Le mythe étrange de l’amour inconditionnel

    Il est beau de prôner l’Amour sans condition aucune ! Avec un grand A. Désintéressé ; aucun reproche, aucune attente. Idéal magnifique pour s’épanouir.

    Mais une fois que c’est dit, qu’est-ce qu’on en fait ? Comment le vit-on ? Peut-on même le vivre ?

    Illusion ou réalité ?

    Mettons d’abord de côté l’Amour inconditionnel pour tous les êtres humains, souvent valable tant que l’Humanité demeure une notion abstraite Voyons plutôt du côté du couple.

    On en entend parler, beaucoup, souvent. Pour certains, il est le seul à vivre, le reste n’étant que poussières, illusions, erreurs et souffrances inutiles.

    C’est aussi une promesse : grâce à lui – et seulement grâce à lui –l’amour aurait pleinement du sens et serait l’indice tangible d’une spiritualité « authentique » : si on ne le pratique pas, c’est que l’on n’est pas accomplit. De là à ressentir une honte quelconque ou une vague culpabilité, il n’y a qu’un pas…

    Mais est-il un mirage ? Une quête jamais assouvie ? Car on n’entend guère de personne déclarer tout simplement : « Moi, ça fait cinq ans que je vis chaque jour l’Amour inconditionnel ».

    Alors ? Est-il une réalité ou l’illusion que lui-même dénonce ?

    L’amour sans condition, c’est quoi ?

    Si je dis : « Je t’aime si tu es ceci ou si tu fais cela », l’amour repose sur une condition. On a vite fait d’inverser la proposition : « Si tu n’es pas ceci ou si tu ne fais pas cela, alors je ne t’aime pas ». Présenté de cette manière, l’amour avec condition n’est pas de l’amour et se ramène juste à … une condition. Plus subtil : « Je t’aime mais je voudrais que tu fasses ceci ». Le « mais » est gênant, introduisant une sacrée ambigüité….

    En général, on aime une personne pour ce que l’on trouve de positif et que l’on apprécie chez elle : beauté, intelligence, sensibilité, sensualité, culture, force, finesse, etc. Dans certains cas, c’est presqu’agir comme un comptable : si ce que je considère positif l’emporte sur ce que je considère moins positif ou même négatif, je reste dans la relation.

    Horreur ! Agissant ainsi, on n’aimerait pas l’autre entièrement, totalement. On n’aimerait pas ses défauts et pire, on donnerait de l’amour en cherchant à en recevoir ! Trop de contrôle, trop peu d’absolu, ce ne serait plus de l’amour.

    Pour certains « fondamentalistes », on doit aimer chez l’autre même ses défauts. La plupart du temps, on les accepte ou on les supporte, car le positif global l’emporte. Mais on doit aussi aimer l’autre même s’il est insupportable ; au nom du principe de non contrôle et de non possession, on doit même accepter qu’il puisse tromper la relation, la fausser, l’esquinter. Un peu violent, non ? Même d’un tempérament non jaloux, on attend un minimum de fidélité et d’intégrité ! Ou alors, c’est une sorte de cohabitation, sans doute fort sympathique mais répond-elle encore au mot « amour » ? Cette façon de voir est très idéaliste, très irréelle et bien souvent, assez immature. Et on mélange plein de choses.

    Indifférence, soumission ou épanouissement ?

    Le principe de « l’acceptation inconditionnelle », inspiré des travaux de Carl Rogers, a pour cadre la relation thérapeutique et est non symétrique car il concerne le positionnement du thérapeute, non du patient.

    Certains s’en sont emparés pour l’appliquer à toutes relations (ou oubliant la non symétrie) dont bien sur, la relation amoureuse. Car ce serait là l’indice d’une relation idéale et la seule preuve d’un amour vrai, profond, sincère, spirituel et authentique. Pourquoi pas en théorie – quoique… – mais en pratique ?

    Quelle attitude si merveilleusement « compréhensive » : tout accepter de l’autre et s’y obliger, même s’il fait « n’importe quoi », ne rien en attendre, ne porter aucune appréciation et n’émettre aucune contestation… Que certains vivent ainsi de manière heureuse, parfait  et tant mieux. Mais imposer ce mode comme le seul vrai et le seul à vivre, voilà qui est malhonnête et non respectueux car c’est considérer sa vision du monde comme seule valable.

    Cet amour inconditionnel, à force d’être absolu et conceptualisé, est irréaliste : nous ne devrions avoir aucune attente et faire disparaitre nos désirs et besoins. Or, peut-on vivre sans les satisfaire, ni même les exprimer ? Cela peut signer le début de la nécrose de la relation…

    C’est une chose que de s’harmoniser à l’autre, de l’accepter dans ce qu’il est et ne pas vouloir être en contrôle permanent mais c’en est une tout autre que de ne plus avoir aucune attente et de devoir accepter (ou subir) n’importe quel comportement, surtout s’ils sont contraires à nos propres besoins. Amour ? Indifférence ? Ou soumission ?

    Laisser sa liberté d’être à l’autre ne peut se ramener à l’expression de comportements individualisés à l’excès. Si on appelle cela de l’amour, quel prix faut-il en payer et en quoi cela nous épanouit-il ?

    Présenté comme magique, l’amour inconditionnel finit par se déshumaniser et ne donne plus du tout envie d’être rencontré ni vécu. Quel paradoxe !

    Vivre un amour harmonieux

    L’autre que l’on aime est un être de chair et de sang et non une entité abstraite. L’amour, c’est une rencontre entre le cœur, le corps et l’âme ; ce n’est pas l’application d’un principe.

    C’est avoir ensemble les yeux tournés vers le même ciel tout en ayant les pieds ancrés dans la même terre. Il se nourrit de ce que l’on donne et de ce que l’on reçoit. A ne jamais rien recevoir, quelque chose finit par s’abimer.

    Bien sur, on ne donne pas toujours dans le seul but de recevoir ; le don se fait pour le plaisir d’offrir du plaisir à l’autre. Comme le dit Jacques Salomé : « Dans un couple, peut-être que l’important n’est pas de vouloir rendre l’autre heureux, c’est de se rendre heureux et d’offrir ce bonheur à l’autre. »

    Mais donne-t-on vraiment sans aucune attente ? N’espère-t-on pas un sourire, une joie, un regard, un geste, un mot ou une satisfaction personnelle ? Une caresse est-elle totalement désintéressée, juste pour faire plaisir à l’autre ou parce qu’on en retire aussi du plaisir, même sans en avoir conscience ? En quoi cela serait-il blâmable dès lors que chacun en retire satisfaction ? L’amour se vit dans la joie, nonobstant les romantiques qui nous ont fait croire qu’il se vit dans la douleur.

    L’amour donne parce qu’il a envie de donner et quand il donne, il reçoit. C’est cela qui le nourrit et le fait vivre et évoluer.

    Jacques de Bourbon Busset l’a fort bien exprimé : « Aimer, c’est trouver, grâce à un autre, sa vérité et aider cet autre à trouver la sienne. C’est créer une complicité passionnée ».

    On peut dès lors s’interroger :

    Pourquoi faudrait-il ne juger aucun comportement de l’autre et ne jamais lui faire le moindre reproche ?

    Pourquoi un jugement serait-il nécessairement injurieux, dégradant ou dévalorisant ?

    En quoi serait-ce ne pas aimer l’autre que de lui dire ce qui ne nous convient pas ?

    Qui a décidé que cela ne doit pas être et au nom de quoi ?

    D’ailleurs, comment connaitre ce qui déplaît à l’autre s’il ne nous en fait jamais part ? Croire que chaque membre d’un couple doit être devin aboutit à une impasse.

    Poussons le raisonnement plus loin. Imposer un amour inconditionnel, ne serait-ce pas l’attitude de celui qui sait ce qu’il faut faire ou l’orgueil de montrer un cœur ouvert et une âme si belle ? Ou presque une sorte de fascisme spirituel en interdisant à l’autre (ou en s’interdisant à soi-même) d’exprimer ses vrais besoins ? Ces questions méritent d’être posées.

    L’amour : une offrande qui se partage

    Aimer, ce n’est pas capituler et se transformer en serpillière ni accepter sans broncher toute situation abusive. Ça, ce n’est pas de l’amour, c’est du renoncement, de la soumission.

    Aimer ne s’oppose pas à l’expression de ses besoins ou à la dénonciation d’un comportement jugé inacceptable. Quand nous aimons nos enfants, même inconditionnellement, nous leur traçons cependant des limites qui leur permettent d’ailleurs de se structurer. Les laisser faire tout ce qu’ils veulent serait du non-amour.

    Quittons les majuscules et les idéaux inaccessibles et désincarnés, fuyons ceux qui imposent leur vérité pour décider de vivre la sienne propre dans le respect de l’autre. Tâchons de vivre réellement notre spiritualité en évitant les pièges de l’égo spirituel.

    Vivons l’amour qui apporte un surcroît de vie et de bonheur à chacun, dans un délicieux mélange de quiétude et de gratitude.

    Et vive l’épanouissement de chacun, non l’application d’une règle quelconque ! Avant de suivre aveuglément de tels préceptes (si tant est qu’on puisse les suivre), n’oublions pas la recommandation d’Alfred Adler : «Suis toujours ton cœur, mais prends ton cerveau avec toi».