Auteur/autrice : Xavier Cornette de Saint Cyr

  • Créer son authenticité

    Créer son authenticité

    Le sens de la vie… Combien de livres et d’articles sur ce sujet mais où bien souvent sont confondus (volontairement ?) donner du sens à La vie et en donner à Sa vie. Soit on s’oriente vers une approche philosophique ou métaphysique, soit on ramène la personne à des considérations psychologiques pour orienter son existence en fonction de valeurs à vivre.

    Le fameux triptyque « Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? » est souvent brocardé et cependant, il révèle une interrogation profonde, parfois douloureuse.

    Les questions existentielles

    En nous interrogeant sur ce que nous sommes, nous voici confrontés à la menace du non-être : être rejeté, ressentir l’isolement, affronter la maladie et, in fine, rencontrer la mort. Cette confrontation génère de l’anxiété car elle pointe le danger de notre existence même ou bien des valeurs sur lesquelles nous fondons celle-ci.

    Ce qui est insidieux, dans ce que l’on appelle couramment l’angoisse existentielle, c’est qu’il n’existe parfois aucun élément déclenchant. Ce sont les questions soulevées par l’esprit qui la crée lorsque leur surabondance débouche sur une absence de réponses définitives.

    Il existe  l’anxiété liée à la mort elle-même. Quitter quelque chose de manière absolue crée nécessairement une tentative d’y échapper, surtout si ce quelque chose est notre existence. Le vouloir-vivre, dont Schopenhauer a tant parlé, se cogne durement à la réalité de notre finitude. On songe à ces mots, sans doute apocryphes, de la comtesse du Barry en 1793 qui, à l’instant d’être guillotinée, eut cette dernière supplique : «Encore un moment, monsieur le bourreau» !

    Il existe aussi les interrogations sur le devenir : que se passe-t-il ensuite ? Toute une panoplie de réponses a été donné, depuis les conceptions matérialistes d’un « retour vers le néant » jusqu’aux religions décrivant les aspects d’un paradis (ou d’un enfer). Doutes, refus, espoirs, chacun se situe selon ses propres croyances.

    Qu’est-ce que l’Homme ? Et pourquoi ?

    La vraie question ne serait-elle pas : Quelle est la raison pour laquelle j’existe ? Qu’est-ce que cela signifie ? Car l’on présuppose qu’il y a une raison à cela. De cette présupposition découle le questionnement sur : Que puis-je faire (ou que dois-je faire) de ma vie ? Quelle mission est la mienne ? Sans raison aucune, alors la contingence reprend tous ses droits et avec elle, l’absurde envahit notre conscience.

    Quand il y a inadéquation entre la quantité de questions posées et le peu ou l’absence de réponses tangibles, nait alors une anxiété pouvant être intimement douloureuse. Fier d’être un « roseau pensant », l’Homo sapiens doit cependant reconnaitre ses limites étroites.

    Le biologiste Jean Rostand a médité avec pertinence sur la mort promise de l’Homme : « L’espèce humaine passera, comme ont passé les dinosaures et les stégocéphales. Peu à peu, la petite étoile qui nous sert de soleil abandonnera sa force éclairante et chauffante. Toute vie cessera sur la Terre qui, astre périmé, continuera de tourner sans fin dans les espaces sans bornes. Alors, de toute la civilisation humaine ou surhumaine( …), rien ne subsistera(…) En ce minuscule coin d’univers sera annulée pour jamais l’aventure falote du protoplasma. Aventure qui déjà, peut-être, s’est achevée sur d’autres mondes. Aventure qui, en d’autres mondes peut-être, se renouvellera. »

    Voilà posée la question essentielle de la philosophie : Qu’est-ce que l’Homme ? Pourquoi l’Homme, pourquoi existe-t-il ?

    Kant, parmi beaucoup d’autres philosophes, a apporté sa pierre à l’édifice en distinguant trois grandes sous-parties à sa réflexion : Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que met-il permis d’espérer ? Ces trois questions répondent à la « grande » question par le biais de la connaissance, de la morale et enfin, de la religion. Kant a rédigé une somme intellectuellement parfaite. Mais émotionnellement ? Au fond de soi, la partie inquiète est-elle satisfaite ?

    Prendre conscience

    Pour une prise de conscience, il suffit de regarder un ciel étoilé. On suppose qu’il y aurait environ 250 milliards de galaxies dans l’Univers, chacune d’elles contenant quelques centaines de milliards d’étoiles. D’où l’affirmation logique qu’il y a autant d’étoiles dans l’Univers que de grains de sable sur Terre !

    Prendre conscience que notre planète n’est qu’une infime poussière parmi tant d’autres dans cette immensité infinie, que l’Homme n’est pas le centre de l’Univers, qu’il n’est pas un aboutissement mais un simple chainon de tout un processus d’évolution et que la finalité même de ce processus d’évolution demeure un mystère, voilà de quoi donner le vertige…. « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » disait Pascal.

    Quelle solitude face au cosmos ! Quelle insignifiance aussi ? Et que d’incertitudes quant à notre existence, notre place dans le monde, notre devenir, le sens de notre vie et le pourquoi de la vie. Pourquoi la Vie existe-t-elle ? L’angoisse existentielle, c’est cette difficulté de vivre avec tant d’incertitudes.

    Il arrive que l’humour soit un moyen d’alléger (temporairement) le poids de ces questions. «  S’il existe une vie ultérieure, et s’il y en a une, peut-on m’y faire la monnaie de vingt dollars ? » se demandait ainsi Woody Allen,

    Les questions du sens donné à sa vie, à ses choix

    La vie de nos parents ou grands-parents pouvait s’appuyer sur un principe de linéarité : il n’y avait qu’un nombre limité de choix à faire et, une fois qu’un choix était fait, dans sa vie privée ou professionnelle, il fallait s’engager à fond dans l’aboutissement logique de ce qui était programmé, projeté par ce choix.

    Or, aujourd’hui, plus rien n’est linéaire et l’instabilité oblige à d’incessants choix et réajustements réguliers avec remise en cause ou éloignement des grandes références religieuses, morales, politiques ou autres. Et nous remettons régulièrement les choses en questions : Quelle nouvelle direction prendre ? Ai-je raison ou vais-je le regretter ? Quels sont les choix que je devrais faire et puis-je les faire ? Quel est le sens que je veux donner maintenant à ma vie ?

    La grande tentation est de fuir dans la distraction qui est proposée à chaque instant. Très bien quand cela est apaisant et mesuré, plus fâcheux quand c’est une fuite permanente : on se remplit d’activités souvent insignifiantes, on encombre sa vie pour échapper à soi et surtout, on se détourne de toute réflexion jusqu’au jour où l’on s’y retrouve confronté de manière brutale et soudaine. Cette abondance de distractions crée de la superficialité qui finit par nous emplir …. de vide !

    De nouveaux choix à faire

    Le bilan de vie peut intervenir lors d’un évènement changeant radicalement la donne : « Ais- je fais ce que je voulais faire ? Cela a-t-il vraiment du sens, pour moi ? ». On décide de faire le point pour mieux voir où on en est et où on va. On interroge le temps  passé, celui qui passe et celui qui reste ; ce que l’on décide soi-même aujourd’hui va déterminer demain. Devenir responsable de soi est un premier pas. Il est essentiel.

    Ces questions et réflexions concernent bien évidemment d’autres domaines de vie : vie sociale, vie sentimentale, vie de couple, rôle de parent, etc. Elles se résument à : « En tenant compte de ma situation actuelle, que puis-je faire et quel avenir puis-je construire pour être mieux ? ».

    Ces changements ou étapes décisives dans la vie peuvent être envisagées comme une bonne occasion de se réorienter, à condition de travailler sur soi pour se défaire de son anxiété. [1]

    Certains trouvent leurs réponses dans diverses sagesses (spiritualités, religions, philosophies, …), pour d’autres cela ne suffit pas ; la grande difficulté est d’apprendre à accepter que notre vie terrestre puisse se dérouler sans recevoir nombre de réponses. La toute puissance et l’omniscience ne nous appartiennent pas.

    L’accepter, c’est lâcher-prise sur un faux contrôle.

    C’est source d’une grande libération pour se réorienter vers un meilleur-être, une quiétude salvatrice et une ouverture à ce qui nous environne.

    C’est se mettre en action pour construire ce que nous croyons être le plus juste, le plus adéquat.

    C’est retrouver et bâtir sa confiance à être.

    Comme un chemin vers son authenticité.

    [1] Pour en savoir plus et trouver des réponses individuelles, voir « Sortir de l’anxiété – Mode d’emploi » par Xavier Cornette de Saint Cyr et Mona Poisson – Editions Jouvence, septembre 2014.

  • De la musique avant toute chose

    De la musique avant toute chose

    Tous les jours, dans notre environnement, nous entendons beaucoup (trop ?) de musique ou assimilée… et souvent sans le vouloir.

    Est-ce que « la musique adoucit les mœurs » ? Elle le fait dans certains cas, les maltraite dans d’autres. Il lui arrive de sublimer les fonctions les plus primaires, les plus pulsionnelles et de rendre agressif ou bien, de parler à notre cœur, voire d’élever l’âme.

    Le terme « musique » est tellement vaste ! Danse populaire ou chant grégorien, symphonie avec orchestre philharmonique ou longues mélopées sur synthétiseur, tambourinage avec des percussions ou balade à la harpe celtique, hurlement de guitare électrique ou sensualité du saxophone….

    En fait, elle est le langage des affects et le reflet des cultures. Ensuite, tout dépend quels sont les affects que l’on veut privilégier.

    Trois composantes de base

    La musique agit d’abord par trois composantes : mélodie, harmonie et rythme. Il semblerait que les régions du cerveau nécessaires à l’appréciation du rythme soient situées notamment dans l’hémisphère droit tandis que celles faisant saisir la mélodie seraient davantage dans l’hémisphère gauche. L’harmonie, quant à elle, nécessiterait la sollicitation des deux hémisphères.

    La mélodie est un arrangement de sons ou de notes exécutés et entendus successivement pour former un air. Elle serait l’apanage de la fonction analytique du cerveau gauche qui peut en concevoir un plaisir esthétique (ou un déplaisir) et interfère donc sur l’humeur. « La source essentielle du plaisir musical serait la mélodie » expose la psychologue Edith Lecourt (La pratique de la musicothérapie, Editions ESF, 1977). Mais « essentiel » ne signifie pas « unique »

    L’harmonie est l’utilisation et l’agencement de fréquences simultanées en mettant en relation deux ou plusieurs sons (graves et/ou aigus) ou divers instruments ou mélodies et en les combinant aux fins de produire un effet qui, là aussi, est ressenti comme agréable ou pas selon sa propre sensibilité et l’éducation de l’oreille.

    Le rythme détermine la durée des notes ou des accords les uns par rapport aux autres par combinaison d’éléments courts et longs (notes blanches et noires). Par simplification, la musique dite « classique » marque le rythme par combinaison tonale et harmonique des sons d’un ou plusieurs instruments tandis que la musique dite « moderne » privilégie les percussions (ou instruments à son grave ou plages musicales répétitives).

    Pour définir le rythme, on peut y adjoindre le tempo, c’est à dire la vitesse d’exécution qui influence aussi notre humeur. Il s’apprécie en nombre de pulsations par minute, du plus lent, largo (40/60) ou même larghissimo (< 40) jusqu’au prestissimo (> 190)

    Une composition complexe

    Trois autres éléments, très dépendants, sont à prendre en compte. Tout d’abord, la masse orchestrale : la musique est-elle jouée par un seul instrument ou par un orchestre symphonique de plus de quatre-vingts musiciens ? Les combinaisons et modifications de mélodies, d’harmonie, de rythmes, de volume et de timbres peuvent devenir infinies.

    Ensuite, la puissance sonore venant de l’instrument lui-même ou du nombre d’instruments ou encore de l’amplification. Elle joue sur notre ressenti. Notre perception globale diffère évidemment si on écoute un doux fond sonore ou si l’on est dans une salle de concert rock. En dessous de 20 Hz, on n’entend plus les sons avec nos oreilles mais on les ressent s’ils ont une certaine intensité. Appelés infrasons, ils ont à forte puissance une résonance avec notre corps dont notre cage thoracique (effet recherché dans la musique techno). A très forte puissance, l’énergie acoustique peut avoir des effets destructeurs, mécaniques, physiologiques et psychologiques.

    Enfin, le timbre qui correspond à la « couleur » propre du son et dépend donc de l’instrument lui-même (on distingue facilement un clavecin d’une trompette!).

    Nos ressentis et comportements sous influence

    Chacune de ces composantes nous impacte. Les films en sont un exemple. Les publicitaires et nombre de commerçants l’ont aussi parfaitement saisi, agissant de manière « occulte » sur nos comportements d’achats qui seraient modifiés selon le style de musique, son tempo, son volume.

    Par exemple, il a été montré qu’une même musique, diffusé à un tempo plus lent va diminuer la vitesse de déambulation dans un supermarché et conduire à augmenter le temps que l’on y passe (et à acheter !) ou encore fait passer plus de temps à table à des clients d’un restaurant que ceux exposés à un tempo plus rapide ; la vitesse et la durée de consommation en sont donc impactés Toujours au restaurant, les clients restent plus longtemps et consomment plus s’ils entendent du jazz ou de la musique classique que s’il s’agit de rock qui les incite à se presser de terminer leur repas. Et dans un bar, les consommateurs boivent plus vite (et davantage ?) si la musique est rapide plutôt que si elle est lente !

    Sans les nommer, tout le monde connait certains magasins de diététique et de bien-être diffusant des musiques douces, lentes et à faible niveau sonore. Il est facile d’observer que les gens ont une déambulation plus lente, regardent davantage de produits et en achètent plus. Le temps de présence est augmenté car on se sent bien, surtout si par contraste, on vient de quitter une rue où les agressions sonores étaient légions.

    Nos comportements sont modifiés par l’environnement musical.

    La vie en musique

    Dans notre société, la musique est partout et devient un envahissement sensoriel permanent : magasins et hall d’hôtel, restaurants et bars, salle d’attente et transports en commun, la rue, les ascenseurs et les parkings souterrains ! Hélas, elle est régulièrement de piètre qualité et à un niveau sonore trop élevé. On finit par assimiler à de la musique une succession de bruits ininterrompus qui fusionnent entre eux. Pitié pour nos oreilles et pour nos neurones !

    Certes, il en faut pour tous les gouts. Le problème est que cela nous est constamment imposé, à tout instant, et que l’on ne peut y échapper, quoique l’on veuille, quoique que l’on aime. C’est tout simplement de l’agression.

    La musique contemporaine s’est axée grandement sur l’importance du rythme en privilégiant, parfois à outrance, le rôle des percussions et batteries. Cela (sur)développe les sentiments d’ivresse, d’euphorie, d’exaltation, voire exacerbe les comportements pulsionnels et entraîne une surenchère de l’émotionnel. Quand les rythmes et les fréquences sont trop rapides, trop agressifs, trop forts, notre organisme essaye de s’adapter… comme il le peut. En général, par un accroissement de tensions, même si on se sent « euphorique ». Par exemple, une musique rapide augmente les pulsations cardiaques

    Dans une conception classique, on distingue les sons dit purs qu’utilise la musique et produits par les instruments et les sons dits impurs désignant les bruits que l’on entend. Distinction subtile et délicate… En effet, à partir de quand ou de quoi un son est-il considéré comme musique ou comme bruit,  appréciable ou désagréable ? Passionnant débat qui n’a hélas pas sa place ici !

    Tout est question de dosage. Ecouter de temps en temps du rap ou du hard rock ne fait pas de mal et procure une « détente excitante » mais transformer sa voiture en discothèque ambulante[1] ou écouter toute la journée des musiques saccadées, syncopées ou au tempo rapide avec un volume élevé ne peut avoir à terme que des conséquences néfastes sur notre état général et malmène violemment notre système nerveux. Comment ainsi retrouver le calme dont nous avons cependant tant besoin ?

    La langage des affects

    Que faut-il écouter ? Tout est affaire de gouts particuliers et trancher ce point est impossible. Autant de personnes et autant de sensibilités différentes.

    Il est cependant intéressant de noter que la musique baroque est remise à l’honneur depuis quelques temps. Le baroque, c’est un siècle et demi d’une musique profondément humaine, dans plusieurs pays, et donc autant de sphères culturelles différentes, dans un grand nombre de genres musicaux, profanes et sacrés.

    En usant d’harmonies très riches et plaisantes, il a mis l’accent sur l’intensité émotive et s’est attaché à en dépeindre toute une palette, satisfaisant pleinement cerveau droit et cerveau gauche en même temps. Nous avons vus combien leur synchronisation apporte de bienfaits ! Par exemple, Erik Pigani , psychologue et psychothérapeute, rapporte : « Autre expérience étonnante réalisée dans le métro de Newcastle, en Angleterre : les responsables de la sécurité des stations ont remplacé la diffusion de musique rock par du baroque. Vandalisme et agressions ont diminué de moitié ! Depuis, tous les services ont reçu ordre de diffuser des mélodies douces avec des instruments traditionnels plutôt que les hurlements électriques des groupes en tête des charts… » ( http://www.psychologies.com)

    Lorsque vous voulez vous apaiser et recréer des ondes alpha, il est évident que les mouvements lents sont à privilégier, vous apportant aussitôt calme et sérénité et favorisant les travaux intellectuels en procurant une sensation de stabilité et de sécurité. Le mouvement « adagio », si souvent apprécié pour l’apaisement qu’il procure, se caractérise en effet par son tempo lent : 60 à 80 pulsations par minute.

    Toutes les musiques agissent sur notre état physique et mental grâce aux vibrations qu’elles émettent et en participant à la production d’endorphine. Régulièrement, privilégiez les musiques douces qui vont générer dans votre cerveau des ondes alpha. Le chant grégorien en est un bon exemple car, basé sur les rythmes de la respiration, il aide à se concentrer, à méditer et joue comme atténuateur de stress, comme facteur apaisant car il s’adresse « directement à l’âme »[2]. Mais il en d’autres aux mêmes pouvoirs procurant détente et bien-être.

    Paul Verlaine débutait ainsi son Art poétique : « De la musique avant toute chose » et poursuivait plus loin par ce beau quatrain :

    « Car nous voulons la Nuance encor,

    Pas la Couleur, rien que la nuance !

    Oh ! la nuance seule fiance

    Le rêve au rêve et la flûte au cor ! »

    Nuance, équilibre, harmonie… Une belle composition !

    
    
    [1] La Revue trimestrielle de l’Institut Belge pour la Sécurité Routière, dans son numéro du 4ème trimestre 2008, fait état d’une étude du Royal Automobile Club en Grande-Bretagne (se basant elle-même sur une étude canadienne !) qui, pour souligner le rôle crucial du niveau sonore, note que « écouter de la musique tonitruante en voiture peut engendrer une augmentation significative du temps de réaction, jusqu’à 20 % ! De même, les conducteurs qui écoutent ce genre de musique sont deux fois plus enclins à brûler un feu rouge et courent un risque d’accident deux fois plus important. »
    [2] L’expression est de Alfred A. Tomatis qui, dans un entretien avec l’Association Professionnelle Suisse d’AUDIO-PSYCHO-PHONOLOGIE (APP) déclare : « Le rythme cardiaque se cadence sur la rythmique de la phrase grégorienne et devient plus tranquille. Il nous permet de redécouvrir un moment privilégié de calme intérieur ».
  • Les chemins de l’intuition

    Les chemins de l’intuition

    Nous rencontrons une personne qui nous séduit. Ou bien, nous sommes confrontés à une situation toute nouvelle. Et nous nous interrogeons : vaut-il mieux suivre sa raison ou son intuition ? Devons nous écouter notre tête avec toute sa logique et sa rationalité ou est-il préférable que nous prêtions une oreille à ce que nous murmure notre cœur ?

    Prendre le bon chemin

    Il n’est pas toujours évident de faire le choix adéquat, surtout quand nous sommes confronté à deux musiques jouant des tonalités différentes. D’un côté, nous avons des tas de raisons « valables » d’aller dans tel sens. Nous pensons qu’il est bon d’avancer dans telle direction parce que c’est « rationnel », structuré, cohérent, logique, que ce soit pour nouer une relation avec une personne, pour trouver un nouvel emploi, pour acheter un appartement, etc. Et nous avons alors une extraordinaire capacité à nous fournir des arguments bien ordonnés, même si nous savons que nous faisons l’impasse sur certains aspects que nous qualifions volontiers de secondaires, histoire d’avoir raison….

    Pourtant, de l’autre côté et si nous sommes attentif, nous devons aussi reconnaitre que, quelque chose en nous donne de précieuses indications et indique que nous pouvons y aller sans problème ou bien que nous ferions mieux d’agir différemment. Comme une petite voix intérieure qui nous murmure qu’un autre chemin parfois est préférable (ou même qu’un demi-tour express est salutaire !) mais nous n’écoutons pas toujours …. Pour reconnaitre plus tard que cette petite voix était dans le vrai. Mais c’est plus tard.

    Le souci est double. Nos conditions de vie nous entrainent dans l’urgence, dans l’inattention à ce qui est essentiel et nous nous laissons embarquer dans le tourbillon d’une vie active, trop active et toujours pressée. Nous pensons même que c’est cela qui donne le sel de la vie alors qu’il nous arrive de confondre empressement utile et vaine agitation. Par ailleurs, ce que nous dit cette petite voix n’est pas toujours compréhensible. Car pour bien comprendre, il faudrait s’arrêter, faire silence en soi et prendre le temps pour bien entendre, pour bien comprendre. Mais il y a trop de bruit autour de nous et même en nous.

    Se mettre en écoute

    Nous pensons qu’il faut du temps pour bien déchiffrer cette petite voix et du temps, et bien, nous n’en avons pas. Ou plutôt, nous nous persuadons que nous ne pouvons pas en prendre pour se poser car nous n’aurions plus le temps de nous agiter. Ou encore, nous croyons qu’il nous faudrait des clés, un décodeur, une sorte de mode d’emploi pour bien décrypter un message qui ne nous parait pas clair. Pour certains d’entre nous, il faudrait tout simplement des oreilles pour mieux entendre ce qui se dit et des yeux pour voir ce qui ne nous est qu’un lointain brouillard.

    Nous hésitons, nous ne savons trop que faire et le temps presse ; nous ne pouvons pas peser le pour et le contre trop longtemps. Alors, nous décidons rapidement (trop rapidement ?) et ce n’est que plus tard, a posteriori, que nous saurons si notre choix était le bon.

    Or, très souvent – si ce n’est chaque fois – force est de reconnaitre que si nous avions su écouter cette petite voix, si nous lui avions prêté l’attention qu’elle mérite et si nous avions suivi les indications qu’elle nous proposait, notre choix aurait été ô combien meilleur ; nous n’aurions rien à regretter, tout au contraire, nous aurions à nous féliciter d’avoir été si avisé.

    Il existe un bon test pour cela. Par exemple, lors d’une rencontre, une personne nous a exposé un projet (personnel ou professionnel) à réaliser ensemble et dans lequel nous devrons nous impliquer fortement. Quand nous avons pris congé et nous retrouvons seul, alors immédiatement, il faut se mettre à l’écoute de ce que dit notre corps. Comment sentons-nous le projet ? Quel type d’énergie est en nous ? Quelle émotion ressentons-nous ? Y en a-t-il une qui serait négative ?

    Apparaissent aussitôt toutes les informations utiles et nécessaires et il importe de les écouter. Tout de suite. Car, dans l’instant d’après, c’est la tête qui va prendre le relai avec tout un ensemble d’arguments structurés, logiques, rationnels, cohérents. S’il y a accord entre le corps et la tête, c’est OK. Si on perçoit une discordance, alors mieux vaut être attentif et prudent. Et balayer cette satanée urgence qui nous empêche de prendre du recul ! Une heure ou quelques heures de réflexion apaisée ne modifieront pas la face du monde mais impacteront notre vie.

    Une étrange certitude

    Peut-être aussi nous faudrait-il mieux comprendre ce qu’est l’intelligence. Bien sur, nous avons un cerveau que nous alimentons et nous sommes, à juste titre, fiers de faire fonctionner nos neurones comme il le faut. Mais nous sommes encore plus intelligent quand nous réalisons que nous possédons aussi un cœur, des émotions, des sensations, un corps et que, tous ensemble, ils nous adressent des messages destinés à faire ce qui est le mieux pour nous.

    Le poète André Suarès avait une belle formule : « L’intuition est une vue du cœur dans les ténèbres. ».

    Effectivement, lorsque nous sommes un peu perdus ou simplement, quand nous ne voyons pas très clair, l’intuition est là pour nous offrir une autre clarté.

    C’est un peu comme s’il y avait au fond de chacun d’entre nous comme un « centre de bienveillance » qui, subtilement, nous indique à chaque fois la meilleure route à emprunter.

    Lorsque nous avons appris – car cela s’apprend – à écouter notre intuition, les choses changent. Nous quittons cette confrontation avec la « raison raisonnante ». Nous ressentons au plus profond de nous quelque chose qui dit : « c’est cela, c’est ainsi ».

    Nous ressentons une certitude à la fois étrange et étonnante.

    Etrange car nous ne saurions pas expliquer d’où elle vient. Nous la sentons avec une intensité qui ne laisse pas place au doute sans pour autant connaitre ou comprendre les chemins qu’elle a empruntés.

    Etonnante car nous savons que c’est juste. Ce n’est pas une vague impression, c’est une certitude ; nous savons absolument que si nous écoutons cette intuition, ce sera bien, ce sera parfait, ce sera exactement comme cela doit être, ce sera conforme à ce qui peut être le mieux pour nous.

    Henri Poincaré exposait avec justesse : « C’est avec la logique que nous prouvons et avec l’intuition que nous trouvons »

    Notre 6ème sens

    Pour Aristote, « il n’existe pas d’autres sens que les cinq déjà étudiés ». Or, – et la science autant que les neurophysiciens en font état – il devient aujourd’hui de plus en plus communément admis qu’il existe un sixième sens : l’intuition. Ce sixième sens nous est nécessaire pour accomplir la mission qui est la notre et pour vivre sereinement avec nous-mêmes.

    Notre vie est un balancement permanent entre ce que nous estimons être bien et ce que nous considérons comme étant mal.

    En fait, nous oscillons entre ce que, au travers de nos filtres personnels, nous aimons ou désirons et ce que n’aimons pas ou ne désirons pas, entre ce qui nous apparait positif ou bien négatif.

    Et pour cela, nous utilisons ce que la nature a mis à notre disposition ou plutôt, ce que, en tant qu’êtres humains, nous sommes habitués à utiliser depuis notre naissance : nos cinq sens. Ce sont eux qui guident une immense partie de notre vie en déterminant la quasi-totalité de nos réactions : nous voulons ou nous refusons quelque chose sur la base de ce que nous voyons, entendons, goûtons, touchons ou sentons.

    Mais, à y bien réfléchir, ce ne sont là que nos sens corporels. Il ne s’agit pas de les négliger mais plutôt de réaliser qu’ils nous limitent si nous considérons qu’ils sont les seuls moyens d’avoir accès à la connaissance et qu’ils nous définissent dans notre totalité.

    En effet, nous ne sommes pas qu’un corps. Nous sommes également un cœur et un esprit, non séparés mais « fonctionnant » ensemble dans une étroite et constante collaboration. Autrement dit, si notre corps nous donne des sens,  notre esprit et notre cœur également.

    Tous ceux qui ont réfléchi à ce qui compose l’essence d’un être humain ne peuvent pas nier qu’existent aussi en nous l’émotion, l’imagination, l’intuition, la conscience et l’inspiration. Ces sens-là ont également une réalité pour chacun d’entre nous.

    Si on les méconnait ou qu’on en refuse la réalité, alors notre perception du monde est restreinte et insatisfaisante puisqu’on ne voit le monde qu’au travers du filtre des 5 sens corporels et uniquement au travers de ce seul filtre. On se prive de fait de tout un mode extraordinaire !

    En revanche, lorsqu’on les connait, qu’on les développe et qu’on les utilise, alors la vie devient autrement plus riche, plus créatrice et plus sereine.

     

  • Une belle amie qui nous veut du bien

    Une belle amie qui nous veut du bien

    En ce moment, elle est magnifique, presque opulente mais pas trop. Elle grandit généreusement tout en s’abreuvant de soleil. Quand on la goute, sa saveur est forte et presque envoutante.

    Amie sûre et bienveillante, un peu rustique, presque sauvageonne, elle est facile à vivre. Peu sensible à son environnement dès lors qu’il est abrité et léger et même pauvre. On ne se lasse pas de la contempler car elle est vraiment séduisante. Elle a pour nom Salvia Officinalis. Pour ceux qui ne goutent pas trop le latin, elle se présente en toute simplicité comme sauge officinale.

    Découvrons ensemble cette plante de santé considérée comme herbe sacrée et qui a toutes mes faveurs.

    La bien portance à travers les âges

    Il existe quelques centaines d’espèces botaniques de sauges. Certaines sont purement ornementales sans effet thérapeutique, d‘autres ont un parfum d’orange ou de lavande, voire d’ananas, de pomme ou même de menthe et il en est, comme la « sauge divinatoire », qui possèdent des effets hallucinogènes.

    Restons-en à la sauge officinale, grande dispensatrice de bienfaits. Son nom vient du mot latin salvus : « être bien portant, en bonne santé ». Un dicton provençal déclare d’ailleurs : « Qui a de la sauge dans son jardin n’a pas besoin d’un médecin ». Elle est en effet incomparable pour apporter des sensations de force, de santé, d’harmonie et de bien-être.

    L’Antiquité (égyptienne, grecque et romaine) connaissait les qualités de la sauge comme aliment et médicament et elle faisait aussi partie de la médecine ayurvédique en Inde. C’est l’une des herbes les plus anciennes cultivée, également utilisée par les médecines traditionnelles Chinoise, Perse et Celte. Elle fut « Herbe sacrée » pour les Latins et « couronnée » herbe royale par Charlemagne qui d’ailleurs édicta un acte dans lequel il préconisait la culture de certains arbres fruitiers et plantes dont la sauge. Ces cultures devaient se faire dans les jardins de l’empire lequel, sous Charlemagne, s’étendait à une bonne partie de l’Europe ! Quant à la sauge, fin connaisseur, il demanda qu’elle fasse partie des herbes royales cultivées dans son jardin.

    Présente dans la plupart des jardins des monastères au IXème siècle, elle s’invita ensuite dans les jardins des paysans et le Moyen-âge en a été un grand prescripteur pour améliorer tous les états difficiles, même lors d’épidémies de lèpre. Au XIème siècle, un autre dicton plein de sagesse disait même : « Pourquoi l’homme mourrait-il tant que la sauge pousse dans son jardin … si ce n’est qu’il n’existe aucun remède contre le pouvoir de la mort  ». Plus tard, Louis XIV l’aurait consommée en tisane chaque matin. Cela expliquerait-il que son règne de 72 ans fut le plus long de l’histoire de France et même d’Europe ?

    Magie végétale

    Jolie plante aux feuilles gris-vert , la sauge officinale a de superbes fleurs bleu violacé qui attirent les abeilles. (bravo pour l’écologie !). Sa beauté la rend très agréable dans un jardin mais elle se cultive aussi en pot. Son feuillage persistant la rend « disponible » toute l’année, même si sa consommation printanière ou estivale est meilleure. Toutes ses propriétés l’a font considérer comme une plante miracle et permet d’éviter frais de médecin et de pharmacie !

    Grande source de vitamine K, nécessaire pour la coagulation du sang, elle intervient pour traiter les troubles digestifs (spasmes gastriques et intestinaux, ballonnements, flatulences, éructations, digestion difficile), les maux de gorge et l’inflammation des muqueuses de la bouche (aphtes, gingivites), du nez et de la gorge (amygdalites) ainsi que toutes les affections touchant l’arbre respiratoire (angine, bronchite, emphysème, grippe, refroidissements, toux, ….).

    Anti-sudorale, elle est également utilisée en cas de transpiration excessive et est indiquée chez la femme lors des troubles menstruels et de la ménopause avec bouffées de chaleur. Attention toutefois, au cours de la grossesse : elle est antigalactogogue (freine ou arrête la lactation) et est déconseillée aux femmes qui allaitent. Hors ce cas, nombre de femmes la préconisent, considérant qu’elle facilite l’arrivée des règles et en apaise douleurs et fatigue

    Elle est utilisée dans deux cas principaux :

    • Comme antispamodique : elle agit de façon relaxante sur les muscles de l’estomac et des intestins (Parfait pour les digestions lentes ou difficiles). De plus, elle est cholérétique : elle facilite et augmente la sécrétion de bile, laquelle participe à la digestion des graisses.
    • Et pour ses vertus antiasthéniques : excellent fortifiant dans les états de fatigue (physique, intellectuelle et nerveuse) dus à des périodes de surmenage, des infections virales ou des chocs émotionnels ainsi que comme reconstituant dans les convalescences. Elle aide même à combattre l’asthénie sexuelle et comme elle stimulante, elle agit dans le traitement des états dépressifs légers et d’anxiété.

    Véritable élixir de bien-être et alliée anti fatigue, potion antistress, elle est tonique et tonifiante mais n’est pas un excitant. Elle n’est donc pas à utiliser comme dopant mais comme régulateur qui aide efficacement à déjouer les états de fatigue. Toutefois, du fait de ses propriétés hormonales, il ne faut pas abuser ni en faire des cures trop prolongées.

    A toutes les sauces ?

    Comment l’utiliser ? Tout simplement en infusion : 15 à 20 grammes ou une petite poignée de feuilles (séchées ou pas) dans une tasse pendant 10 minutes. Filtrez et consommez 2 à 3 tasses par jour, matin midi et soir après les repas. En cas d’insomnie et d’angoisse nocturnes, prenez 1 tasse au coucher. Son gout pouvant être amer, marriez-là à une autre plante à odeur forte (menthe, thym ou sachet de thé). Le soir, bien sur, ni thym ni thé qui sont trop excitants.

    Grâce à la combinaison de ses propriétés antiseptiques et calmantes, vous pouvez en faire une décoction à utiliser en bain de bouche (soin des gencives, aphtes et maux de dents) ou en gargarisme (mal de gorge, angines notamment) à raison de 3 à 4 fois par jour. Les feuilles de sauge, riches en antioxydants, ont des vertus anti-inflammatoires et arrêtent la prolifération des germes dans la bouche.

    Utilisez la aussi en condiment ou dans des salades ou en la mettant dans l’eau de cuisson des légumes. Il existe nombre de recettes parlant de la sauge avec… gourmandise !

    Une plante de santé

    Depuis toujours, on attribue à la sauge officinale des vertus prodigieuses avec la capacité de guérir tous les maux. Et effectivement, c’est l’une des meilleures plantes médicinales tant ses vertus sont nombreuses. Elle symbolise la santé.

    En outre, elle éloigne les énergies négatives. A ce titre, elle est utilisée dans des cérémonies (en particulier dans le chamanisme) afin d’acquérir le plus de pureté possible, physiquement  certes mais aussi spirituellement.

    Dans notre quotidien, des feuilles mises à bouillir dans une casserole désinfectent et parfument agréablement une pièce. Cela permet aussi de purifier et désinfecter les lieux (lors d’une maladie par exemple). On peut également brûler les feuilles sur des charbons.

    Autrefois associée avec l’immortalité et la longévité, la sauge permet de retrouver peu à peu son harmonie. Ce dont le monde souffre – et qui est régulièrement dénoncé – c’est une séparation entre soi et soi, entre soi et son environnement. D’où un manque d’harmonie et d’équilibre. La sauge ne fait pas tout, bien sur, mais elle fait beaucoup et la prendre comme alliée participe à cette quête d’équilibre, à un meilleur alignement de toutes les composantes de notre être.

    Avec toutes ces qualités (et il en existe d’autres encore), elle mérite son nom d’herbe sacrée !

  • Un  « marchand de bonheur »

    Un « marchand de bonheur »

    Un précurseur en développement personnel

    Quand on veut, on peut. Vraiment ?

    Combien de fois n’a-t-on pas entendu cet adage. C’est que nous sommes les héritiers d’Emile Coué. Mais sans en avoir tout compris. Voyons ce qu’il nous a réellement dit.

    Emile Coué obtient son diplôme de pharmacien en 1882. Brillant élève, il a 26 ans et a pris conscience de la puissance de l’écoute et de la bienveillance ; la capacité à guérir se développe si l’on est écouté et accueilli en tant que personne. En ce sens, il préfigure le thérapeute américain Carl Rogers.

    La guérison est en outre facilitée si l’on y associe des paroles positives suggérant que l’on va effectivement guérir. Inversement, si on croit que « tout est foutu », le chemin de la guérison sera un peu (ou beaucoup) plus difficile.

    Emile Coué n’hésitait pas à partager gratuitement ses découvertes et pensées. Son apport à la psychologie fut important et il était surnommé aux Etats Unis « Le marchand de bonheur ». Il décède en 1926 mais son étude sérieuse en France demeure encore tâtonnante bien qu’il soit le père de nos méthodes de développement personnel. En effet, on le caricature souvent en le réduisant à une banale pensée positive qui, à force d’être répétée, devrait finir par produire un effet même quand il y a contradiction entre cette pensée et la réalité. C’est un peu plus subtil que ça.

    Emile Coué considère que savoir d’où vient le problème n’est pas une nécessité. Au contraire, si on le ressasse trop, on le fait perdurer. A l’instar de la plupart des thérapies brèves aujourd’hui, il préfère chercher « comment faire pour aller mieux » plutôt que se focaliser sur « pourquoi ça ne va pas », le second n’entrainant pas toujours le premier.

    Dès 1902, il a étudié des techniques d’auto-suggestion consciente et d’hypnose. Il met au point une méthode qui s’avère très efficace et assure son succès et sa renommée. En 1922, il consigne ses réflexions et observations dans un ouvrage : «La maîtrise de soi même par l’autosuggestion consciente », traduit dans de nombreux pays.

    Quand notre pensée crée notre réalité

    Son premier postulat est : « Une pensée, bonne ou mauvaise, que nous avons en tête est pour nous la réalité, et a tendance à se réaliser ».

    Nous réalisons ce que nous pensons. Notre pensée crée notre réalité. Quelques siècles auparavant, Marc Aurèle disait déjà : « Notre vie est ce que nos pensées en font ».

    Il y a pour chacun d’entre nous, et à chaque instant, interaction entre nos pensées, nos comportements et l’une de nos 4 émotions de base (Joie, Colère, Peur et Tristesse)

    Nos croyances génèrent nos comportements au travers de nos pensées et de nos émotions. Nos comportements, à leur tour, renforcent nos croyances.

    Nous fonctionnons dans un processus d’auto-validation de nos croyances et, comme attirés par un aimant, nous rencontrons ou provoquons les situations qui les renforcent. Une chose devient ce que qu’on pense qu’elle est. Le postulat d’Emile Coué est essentiel pour saisir combien la qualité de nos pensées est déterminante sur le déroulement de notre vie.

    Par exemple, la vie n’est ni difficile ni merveilleuse. Elle Est, tout simplement. C’est nous qui la colorons. Elle nous sera plus agréable si nous pensons qu’elle est merveilleuse plutôt que si nous nous répétons chaque matin qu’elle est difficile.

    L’incroyable pouvoir de l’imagination

    Emile Coué s’est intéressé à la puissance de l’imagination et considère que « quand il y a lutte entre l’imagination et la volonté, c’est toujours l’imagination qui l’emporte sans aucune exception ».

    L’imagination est une projection sur le futur. Si elle est actionnée par une émotion comme la peur, c’est très certainement à cette peur que l’on donnera raison. Par exemple : « Je voudrais bien faire ceci mais j’ai peur que…. ». C’est la fameuse « petite voix » qui nous susurre que l’on n’y arrivera pas …. .

    On voit bien que le « quand on veut, on peut » ne tient pas si l’on n’a pas pris en compte ce que l’imagination met en place et donc, si l’on ne tient pas compte de la nature de l’émotion. C’est la raison pour laquelle les entraineurs sportifs, par exemple, font visualiser une réussite. L’imagination se met en route. On associe cette vision à une émotion forte et positive. Dès lors, il y a accord et non lutte entre l’imagination et la volonté

    On voit également que le travail sur la croyance est déterminant pour modifier l’émotion et accorder ce que l’on imagine et ce que l’on veut. Car alors, nous assure Emile Coué, « lorsque la volonté et l’imagination sont en accord, elles font plus que s’ajouter, elles se multiplient ».

    Quand vouloir et pouvoir se défient

    Emile Coué a combattu ce vieil adage à la peau dure « quand on veut, on peut ». S’il était vrai, toutes nos difficultés ou presque disparaitraient !

    « vouloir » et « pouvoir » ne vont pas toujours de pair car l’imagination prédomine sur ce que la volonté désire. Emile Coué pose alors un autre postulat selon lequel « l’imagination peut être conduite ».

    Cette conduite se fait par le biais de l’autosuggestion, sorte d’auto-hypnose. En se répétant, à voix haute, une vingtaine de fois, notre objectif, nous parlons consciemment à notre inconscient. Nous modifions ainsi notre perception de ce qui peut arriver et nous remettons en accord imagination et volonté.

    Nous connaissons tous sa phrase : « Tous les jours et à tous points de vue, je vais de mieux en mieux » Terriblement moquée, elle contient cependant une sacrée vérité. On a voulu en faire une phrase magique sans aucun aménagement, comme un « truc » qui marche tout le temps sans aucun effort et sans prise en compte du contexte. Considérée sous cet angle, forcément, ça ne marche pas !

    Quand on affirme quelque chose, le point est de savoir si on ne continue pas de vivre – en conscience ou pas – une autre croyance située à son opposée. Par exemple, si j’affirme « Je veux que ma vie soit merveilleuse » mais que, dans le même temps, je conserve au fond de moi une croyance selon laquelle : « Je ne suis pas heureux », je me retrouve en désaccord entre imagination et volonté. Dans de cas, l’autosuggestion ne peut pas fonctionner.

    Si je continue de croire que je ne suis pas heureux, je ne pourrai pas considérer, même en me le répétant, que ma vie est merveilleuse. C’est pour n’avoir pas saisi cette distinction que beaucoup moquent, aujourd’hui encore, les principes d’Emile Coué en oubliant qu’il a affirmé que « l’imagination peut être conduite » et donner alors les résultats espérés.

    Comment faire pour que « ça marche » ?

    De nombreuses expériences ont été faites pour démontrer la force des prédictions positives, le fameux effet placebo : encore une fois, ce que je crois crée ma réalité. On envoie une information spécifique à l’inconscient et il le traite à sa manière.

    Il existe également son opposé, l’effet nocebo : la prédiction négative. On se persuade, en dehors de tout rapport avec le concret, qu’un évènement néfaste va intervenir. La puissance de cette crainte imaginaire est telle qu’il peut arriver que l’on aille directement vers cet évènement – et même qu’on le provoque – afin de mettre un terme à la peur que l’on éprouve. (et de donner raison à notre pensée)

    Dans le même genre, on pourrait aussi évoquer l’effet Pygmalion (parfois appelé effet Rosenthal ou prophétie auto-réalisante)

    Toutes ces expériences ont validé a posteriori ce qu’Emile Coué avait démontré : la force de l’imagination.

    C’est pourquoi il estimait important de pouvoir la conduire. Sa phrase célèbre n’est donc nullement dénuée de sens. D’autant plus qu’il a préconisé de bâtir nos propres autosuggestions en fonction de ce que nous voulons à condition d’utiliser un protocole simple et bien déterminé.

    D’abord, utiliser le « je ». C’est de moi dont il s’agit et en utilisant le « je », je me mets en action. Moi et non pas quelque chose d’indéfini et impersonnel.

    Ensuite, utiliser le présent ou le futur immédiat. Ainsi, je renforce ma mise en action au lieu de demeurer dans un hypothétique et lointain avenir qui deviendrait conditionnel. Par exemple : « Je vais réussir » au lieu de « J’aimerais réussir ».

    Par ailleurs, la formulation doit être positive. Cela signifie : dire ce que l’on veut et non ce que l’on ne veut pas. Par exemple : « Je veux réussir» et non « Je ne veux pas échouer ».

    Et puis, quant à être précis, il faut dater et affiner l’objectif à atteindre : répondre à où, quand et comment est indispensable.

    C’est ainsi que « je veux un jour faire ceci » va se traduire par « je vais faire ceci tel jour». La dynamique n’est plus la même !

    Il est évident que toutes ces demandes se doivent d’être concrètement réalisables et dépendre de moi. Si je veux réaliser une chose techniquement ou physiquement impossible ou bien qui dépend de quelque chose (ou de quelqu’un) qui m’est totalement extérieur et sur lequel je n’ai aucune prise, alors aucune technique ni aucune méthode ne pourra me permettre d’accéder à mon objectif. C’est pour avoir omis ce point que la fameuse phrase d’Emile Coué a souvent été ridiculisée.

    Mais pour les multiples objectifs qui émaillent nos vies, la méthode d’Emile Coué, simple et pertinente, est d’une très grande efficacité. Les Etats Unis l’ont vite compris. A nous aujourd’hui de nous réapproprier la méthode de ce pharmacien humaniste et d’en faire éclore les bienfaits.

     

  • Aristote, toujours parmi nous ?

    Aristote, toujours parmi nous ?

    Au pays de Descartes, nous nous revendiquons rationnel. De surcroit – et bien souvent sans le savoir – nous sommes aussi aristotélicien. Et oui ! Quand nous affirmons quelque chose d’absolu et que nous estimons qu’elle est ainsi et ne peut pas être différente, nous appliquons le principe du tiers exclu d’Aristote. Ce faisant, nous ne simplifions pas toujours nos discussions et par voie de conséquence, nos relations.

    Voyons-en les effets dans notre communication pour comprendre comment il impacte notre système de pensée et nos rapports aux autres.

    La logique d’Aristote

    Aristote est un philosophe grec du IVème siècle avant notre ère. Sa logique repose sur trois principes qui continuent de régenter notre manière de penser et de voir le monde. Ce sont :

    1/ le principe d’identité : tout ce qui est, est.

    2/ le principe de contradiction : rien ne peut à la fois être et n’être pas.

    3/ le principe du tiers exclu : tout doit ou bien être, ou bien ne pas être. »

    Voyons ce qu’ils signifient :

    1/ Le principe d’identité : A est A , d’où le postulat suivant : « tout ce qui est, est ». Réciproquement, non A est non A et « ce qui n’est pas, n’est pas ». C’est simple à saisir : ce qui est vrai est vrai ou ce qui est faux est faux, etc. Cela permet de la cohérence en donnant de la permanence aux choses que l’on désigne. Le mot « livre » doit toujours désigner un livre. A défaut, nous ne pourrions plus communiquer.

    Le souci, c’est d’appliquer ce principe partout, surtout dans un monde de complexité. Par exemple, si je dis « Une proposition vraie est vraie » (sous-entendue « reste vraie »), il y a risque de figer une pensée, sauf à démontrer que la proposition elle-même n’est plus vraie du fait d’un changement de contexte ou d’autres paramètres. Du coup, l’application de ce principe donnerait « une proposition fausse est fausse ». C’est donc l’approche contextuelle qui permet de valider (ou d’infirmer) la validité de la proposition émise selon ce principe.

    2/ Le principe de contradiction : A n’est pas non-A. En effet, « rien ne peut à la fois être et ne pas être, une proposition ne peut être vraie et fausse en même temps ». Là aussi, facile à comprendre : ce qui est vrai n’est pas faux ou ce qui est faux n’est pas vrai ou encore, ce qui est juste n’est pas injuste, etc.

    « Il est impossible, déclare Aristote, qu’un même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps et sous le même rapport à une même chose ». Le point important est la prise en compte de l’instant où la proposition est exprimée.

    On ne peut affirmer et nier la même proposition au même moment. Si ce que je dis maintenant est vrai mais s’avère faux demain, cela ne remet pas en cause le principe car nous ne sommes pas au même instant. Ce qui est visible maintenant ne le sera plus tout à l’heure ou ce qui est vivant présentement sera mort à un moment donné. Mais il est impossible selon Aristote que ces déterminations s’appliquent simultanément et que ce qui est vivant soit en même temps mort et que donc, qu’à la fois une chose soit et ne soit pas. A est bien différent de non A.

    3/ Le principe du tiers exclu : A est vrai et Non-A est faux (et réciproquement). Mais de plus, il n’y a pas de milieu entre A et non-A. Soit une chose est, soit elle n’est pas. Une proposition est donc soit vraie, soit fausse ou, dit autrement, de deux propositions contradictoires, l’une est vraie et l’autre fausse.

     On ne peut attribuer que deux « états » à une affirmation : soit son état, soit son contraire. Il n’existe pas de troisième état « intermédiaire ». Appliqué à un objet physique, ce principe se tient : soit il pleut, soit il ne pleut pas. Il ne peut pas pleuvoir « un peu ». S’il n’y a juste que quelques gouttes, eh bien il pleut ! Appliqué à ce que nous ressentons, c’est déjà plus compliqué. Idem si nous appliquons ce principe à un concept moral. Puis-je dire : une chose est soit bonne soit mauvaise ? Oui dans certains cas et non dans d’autres….

    Cette logique est vraie ou fausse ?

    Nous utilisons en permanence ces trois principes sans nous en rendre compte et sans même en connaitre les noms. Ils ont créé une logique qui a fondé une conception dualiste, laquelle a tout structuré, en Occident en tout cas : notre langage, nos modes de pensée, nos croyances et nos comportements. Et ce, depuis l’antiquité jusqu’à maintenant.

    Poser la question de savoir si la logique d’Aristote est vraie ou fausse montre bien l’ambigüité du principe du tiers exclu dans un monde régie par la complexité.

    Le problème, c’est que ce sont en fait des principes mathématiques et la mathématique est souvent décrite comme étant la seule vraie science, celle qui établit des vérités intemporelles, voire éternelles. Or, Aristote les a présentés comme régissant « les lois de la pensée » et de fait, nos mécanismes de pensée fonctionnent selon ces principes. Parfois, c’est très bien et parfois, ça nous pose de sacrées difficultés. On comprend mieux les Normands avec leur habitude de dire « ça dépend » !

    Par exemple, le principe de non contradiction n’est pas toujours évident ! Aristote l’a posé comme une nécessité absolue et en plus comme un axiome, c’est à dire une vérité première qui démontre d’autres vérités et qui ne peut pas être démontrée (à cause de son caractère premier). Partant de là, les sciences se sont développées en faisant l’hypothèse que le principe du tiers exclu est exact mais ce principe n’est en fait qu’une hypothèse non démontrée.

    Près d’un siècle avant lui, Héraclite ne l’aurait pas accepté, lui qui s’attachait à l’unité et à l’indissociabilité des contraires : « Toutes choses naissent selon l’opposition… » ou « Le changement est une route montante-descendante et l’ordonnance du monde se produit selon cette route… ». Lao-Tseu, de même, s’attachait aux complémentarités des contraires au lieu de les considérer comme des oppositions.

    Aristote et nos vies quotidiennes

    Lorsque nous parlons aujourd’hui de coopération dans les entreprises, ce ne sont pas les principes d’Aristote que nous devons utiliser mais ceux de Lao-Tseu (ou d’Héraclite, surnommé d’ailleurs « le Lao-Tseu grec »). En effet, la coopération, c’est de trouver à partir de deux visions différentes ou opposées une troisième voie qui permette d’atteindre l’objectif fixé. En revanche, les négociations qui échouent sont celles qui appliquent à la lettre le principe de non contradiction.

    Quant à la physique, qui s’éloigne parfois de la mathématique, elle n’est pas à l’aise du tout avec les principes d’Aristote. En thermodynamique par exemple, ou en mécanique quantique, comment comprendre la nature de la matière. Onde ou particule ? Masse ou énergie ? C’est bien le souci majeur du fameux chat de Schrödinger dont on continue d’ignorer selon la logique d’Aristote s’il est vivant ou pas alors qu’il se pourrait fort bien, selon la logique quantique, qu’il soit les deux en même temps.

    Revenons à nos relations entre humains. Imaginons un manager utilisant avec son collaborateur (ou un parent avec son enfant), le principe du tiers exclu : « Soit tu es capable de faire telle chose, soit tu n’en es pas capable ». S’il l’applique très strictement, il ne comprendra pas qu’on puisse lui répondre « Je sais le faire à moitié » ou bien « je peux en faire une partie ». Nous avons vu que s’il pleut un peu, ça veut dire qu’il pleut. Aussi, si quelqu’un peut faire un morceau du travail, c’est que donc il est capable de faire la totalité. Tout aussi bien une vision plus négative considèrerait que s’il ne peut pas faire la totalité, il ne peut pas faire du tout. Caricature ? Jeu de l’esprit ? Observons juste certaines réactions de certaines personnes !

    Les sites de développement personnel sont friands d’injonctions aristotéliciennes. La dernière que j’ai vue est ainsi libellée : « Dans la vie, tu as deux choix le matin. Soit tu te recouches pour continuer à rêver. Soit tu te lèves pour réaliser tes rêves ». Autre exemple, une citation de Eckhart Tolle : « Lorsque vous vous plaignez, vous faites de vous une victime. Quittez le situation ou acceptez la ». On pourrait en citer mille autres. C’est gentillet, un peu simpliste, un tantinet moralisateur et c’est toujours le « soit/soit », démontrant combien Aristote envahit toutes nos pensées !

    Alors, que se passe-t-il avec ces principes ?

    Ces principes ont induits un certain nombre de mécanismes de pensée qui ont des conséquences sur nos rapports humains.

    Le principe d’identité déjà pose problème en calquant une vision statique alors tout est mouvement. Dire « tout ce qui est, est », appliqué à la lettre, vrai peut être dans l’instant, va à l’encontre de la vie si on l’étend car il empêche le devenir. Nous risquons de plaquer sur les gens des jugements, des images que nous considèrerons à la fois comme justes, vraies et …définitives. Nietzsche avait cette parole fameuse : « Deviens ce que tu es » qui implique un dynamisme. Le monde, les êtres, les objets, nous-mêmes, rien n’est figé, tout évolue. Les bouddhistes disent à raison que la seule chose permanente, c’est l’impermanence !

    Tous ces principes, fortement ancrés dans notre culture, nous ont « habitués » à raisonner en termes de valeur et donc à évaluer avec certains critères. C’est porter des jugements sur lesquels nous plaquons des concepts de qualité par couples opposés : « vrai » et « faux », « bien » et « mal », « juste et « injuste ». Or, ce sont là des notions abstraites, non définies, à géométrie variable et subjective et s’appuyant sur une référence non précisée. « « Vrai » par rapport à quoi ? Rien de tel pour engendrer des conflits puisque chacun en a une perception ou une définition différente.

    Nous constatons d’ailleurs que l’Histoire, même actuelle, est traversée de conflits dans lesquels les partisans du Bien vont guerroyer contre les partisans du Mal. Le principe du tiers exclu nous fait croire que lorsque nous devons faire un choix, nous n’avons à notre disposition que deux possibilités opposées, une « bonne » et une « mauvaise », que ce soit dans nos vies professionnelles ou personnelles. On attend un « oui » ou un « non ». Que faisons-nous alors de la négociation ? Cela crée une sorte de barrière mentale et nous rend plus difficile l’accès à de multiples choix. Cela crée aussi des polémiques puisqu’avec un raisonnement « soit / soit », chacun va vouloir persuader l’autre qu’il a tort puisque lui, il a raison !

    Rapportons enfin cette logique à la question du sens, immense source de mal-être et de questionnements sans réponses satisfaisantes. L’existence a-t-elle un sens ou n’en a-t-elle pas ? La vie est-elle intelligente ou absurde ? Dieu existe-t-il ou non ? Nous pourrions décliner cela à l’infini. Le problème, c’est qu’à chaque fois, nous n’avons le choix qu’entre une chose et son contraire (ou son opposé).

    Faut-il inclure ou exclure ce tiers ?

    La logique classique est ancrée sur ce principe du tiers exclu et nous avons été instruits sur ces bases là. Ne le rejetons pas absolument car il démontre très souvent sa grande utilité.

    Cependant, sa limite apparait dès lors que la complexité croit. Gardons-le pour le « courant », les situations simples et abandonnons-le dès qu’un problème devient, non pas compliqué, mais complexe.

    Le monde fonctionne rarement sur un système binaire et nos relations de même. Les principes d’Aristote, justes dans une logique mathématique, s’accordent mal avec un environnement où tout est nuances. J’avais écrit il y a peu un article « Relativisme et tolérance » dans lequel je présentais la doctrine du syadvada, tout à l’opposé de ce dualisme. Les séances de « brain-storming », les travaux « cerveau droit / cerveau gauche » sont des exemples de cette sortie d’un schéma de pensée binaire qui n’est plus opérant quand surgit la complexité.

    Et lorsque nous sommes face à autrui, gardons-nous de ce réflexe : il a tort ou il a raison. Exercice délicat et si souvent salutaire pour l’harmonie de nos relations !

  • Le mythe étrange de l’amour inconditionnel

    Le mythe étrange de l’amour inconditionnel

    Il est beau de prôner l’Amour sans condition aucune ! Avec un grand A. Désintéressé ; aucun reproche, aucune attente. Idéal magnifique pour s’épanouir.

    Mais une fois que c’est dit, qu’est-ce qu’on en fait ? Comment le vit-on ? Peut-on même le vivre ?

    Illusion ou réalité ?

    Mettons d’abord de côté l’Amour inconditionnel pour tous les êtres humains, souvent valable tant que l’Humanité demeure une notion abstraite Voyons plutôt du côté du couple.

    On en entend parler, beaucoup, souvent. Pour certains, il est le seul à vivre, le reste n’étant que poussières, illusions, erreurs et souffrances inutiles.

    C’est aussi une promesse : grâce à lui – et seulement grâce à lui –l’amour aurait pleinement du sens et serait l’indice tangible d’une spiritualité « authentique » : si on ne le pratique pas, c’est que l’on n’est pas accomplit. De là à ressentir une honte quelconque ou une vague culpabilité, il n’y a qu’un pas…

    Mais est-il un mirage ? Une quête jamais assouvie ? Car on n’entend guère de personne déclarer tout simplement : « Moi, ça fait cinq ans que je vis chaque jour l’Amour inconditionnel ».

    Alors ? Est-il une réalité ou l’illusion que lui-même dénonce ?

    L’amour sans condition, c’est quoi ?

    Si je dis : « Je t’aime si tu es ceci ou si tu fais cela », l’amour repose sur une condition. On a vite fait d’inverser la proposition : « Si tu n’es pas ceci ou si tu ne fais pas cela, alors je ne t’aime pas ». Présenté de cette manière, l’amour avec condition n’est pas de l’amour et se ramène juste à … une condition. Plus subtil : « Je t’aime mais je voudrais que tu fasses ceci ». Le « mais » est gênant, introduisant une sacrée ambigüité….

    En général, on aime une personne pour ce que l’on trouve de positif et que l’on apprécie chez elle : beauté, intelligence, sensibilité, sensualité, culture, force, finesse, etc. Dans certains cas, c’est presqu’agir comme un comptable : si ce que je considère positif l’emporte sur ce que je considère moins positif ou même négatif, je reste dans la relation.

    Horreur ! Agissant ainsi, on n’aimerait pas l’autre entièrement, totalement. On n’aimerait pas ses défauts et pire, on donnerait de l’amour en cherchant à en recevoir ! Trop de contrôle, trop peu d’absolu, ce ne serait plus de l’amour.

    Pour certains « fondamentalistes », on doit aimer chez l’autre même ses défauts. La plupart du temps, on les accepte ou on les supporte, car le positif global l’emporte. Mais on doit aussi aimer l’autre même s’il est insupportable ; au nom du principe de non contrôle et de non possession, on doit même accepter qu’il puisse tromper la relation, la fausser, l’esquinter. Un peu violent, non ? Même d’un tempérament non jaloux, on attend un minimum de fidélité et d’intégrité ! Ou alors, c’est une sorte de cohabitation, sans doute fort sympathique mais répond-elle encore au mot « amour » ? Cette façon de voir est très idéaliste, très irréelle et bien souvent, assez immature. Et on mélange plein de choses.

    Indifférence, soumission ou épanouissement ?

    Le principe de « l’acceptation inconditionnelle », inspiré des travaux de Carl Rogers, a pour cadre la relation thérapeutique et est non symétrique car il concerne le positionnement du thérapeute, non du patient.

    Certains s’en sont emparés pour l’appliquer à toutes relations (ou oubliant la non symétrie) dont bien sur, la relation amoureuse. Car ce serait là l’indice d’une relation idéale et la seule preuve d’un amour vrai, profond, sincère, spirituel et authentique. Pourquoi pas en théorie – quoique… – mais en pratique ?

    Quelle attitude si merveilleusement « compréhensive » : tout accepter de l’autre et s’y obliger, même s’il fait « n’importe quoi », ne rien en attendre, ne porter aucune appréciation et n’émettre aucune contestation… Que certains vivent ainsi de manière heureuse, parfait  et tant mieux. Mais imposer ce mode comme le seul vrai et le seul à vivre, voilà qui est malhonnête et non respectueux car c’est considérer sa vision du monde comme seule valable.

    Cet amour inconditionnel, à force d’être absolu et conceptualisé, est irréaliste : nous ne devrions avoir aucune attente et faire disparaitre nos désirs et besoins. Or, peut-on vivre sans les satisfaire, ni même les exprimer ? Cela peut signer le début de la nécrose de la relation…

    C’est une chose que de s’harmoniser à l’autre, de l’accepter dans ce qu’il est et ne pas vouloir être en contrôle permanent mais c’en est une tout autre que de ne plus avoir aucune attente et de devoir accepter (ou subir) n’importe quel comportement, surtout s’ils sont contraires à nos propres besoins. Amour ? Indifférence ? Ou soumission ?

    Laisser sa liberté d’être à l’autre ne peut se ramener à l’expression de comportements individualisés à l’excès. Si on appelle cela de l’amour, quel prix faut-il en payer et en quoi cela nous épanouit-il ?

    Présenté comme magique, l’amour inconditionnel finit par se déshumaniser et ne donne plus du tout envie d’être rencontré ni vécu. Quel paradoxe !

    Vivre un amour harmonieux

    L’autre que l’on aime est un être de chair et de sang et non une entité abstraite. L’amour, c’est une rencontre entre le cœur, le corps et l’âme ; ce n’est pas l’application d’un principe.

    C’est avoir ensemble les yeux tournés vers le même ciel tout en ayant les pieds ancrés dans la même terre. Il se nourrit de ce que l’on donne et de ce que l’on reçoit. A ne jamais rien recevoir, quelque chose finit par s’abimer.

    Bien sur, on ne donne pas toujours dans le seul but de recevoir ; le don se fait pour le plaisir d’offrir du plaisir à l’autre. Comme le dit Jacques Salomé : « Dans un couple, peut-être que l’important n’est pas de vouloir rendre l’autre heureux, c’est de se rendre heureux et d’offrir ce bonheur à l’autre. »

    Mais donne-t-on vraiment sans aucune attente ? N’espère-t-on pas un sourire, une joie, un regard, un geste, un mot ou une satisfaction personnelle ? Une caresse est-elle totalement désintéressée, juste pour faire plaisir à l’autre ou parce qu’on en retire aussi du plaisir, même sans en avoir conscience ? En quoi cela serait-il blâmable dès lors que chacun en retire satisfaction ? L’amour se vit dans la joie, nonobstant les romantiques qui nous ont fait croire qu’il se vit dans la douleur.

    L’amour donne parce qu’il a envie de donner et quand il donne, il reçoit. C’est cela qui le nourrit et le fait vivre et évoluer.

    Jacques de Bourbon Busset l’a fort bien exprimé : « Aimer, c’est trouver, grâce à un autre, sa vérité et aider cet autre à trouver la sienne. C’est créer une complicité passionnée ».

    On peut dès lors s’interroger :

    Pourquoi faudrait-il ne juger aucun comportement de l’autre et ne jamais lui faire le moindre reproche ?

    Pourquoi un jugement serait-il nécessairement injurieux, dégradant ou dévalorisant ?

    En quoi serait-ce ne pas aimer l’autre que de lui dire ce qui ne nous convient pas ?

    Qui a décidé que cela ne doit pas être et au nom de quoi ?

    D’ailleurs, comment connaitre ce qui déplaît à l’autre s’il ne nous en fait jamais part ? Croire que chaque membre d’un couple doit être devin aboutit à une impasse.

    Poussons le raisonnement plus loin. Imposer un amour inconditionnel, ne serait-ce pas l’attitude de celui qui sait ce qu’il faut faire ou l’orgueil de montrer un cœur ouvert et une âme si belle ? Ou presque une sorte de fascisme spirituel en interdisant à l’autre (ou en s’interdisant à soi-même) d’exprimer ses vrais besoins ? Ces questions méritent d’être posées.

    L’amour : une offrande qui se partage

    Aimer, ce n’est pas capituler et se transformer en serpillière ni accepter sans broncher toute situation abusive. Ça, ce n’est pas de l’amour, c’est du renoncement, de la soumission.

    Aimer ne s’oppose pas à l’expression de ses besoins ou à la dénonciation d’un comportement jugé inacceptable. Quand nous aimons nos enfants, même inconditionnellement, nous leur traçons cependant des limites qui leur permettent d’ailleurs de se structurer. Les laisser faire tout ce qu’ils veulent serait du non-amour.

    Quittons les majuscules et les idéaux inaccessibles et désincarnés, fuyons ceux qui imposent leur vérité pour décider de vivre la sienne propre dans le respect de l’autre. Tâchons de vivre réellement notre spiritualité en évitant les pièges de l’égo spirituel.

    Vivons l’amour qui apporte un surcroît de vie et de bonheur à chacun, dans un délicieux mélange de quiétude et de gratitude.

    Et vive l’épanouissement de chacun, non l’application d’une règle quelconque ! Avant de suivre aveuglément de tels préceptes (si tant est qu’on puisse les suivre), n’oublions pas la recommandation d’Alfred Adler : «Suis toujours ton cœur, mais prends ton cerveau avec toi».

  • Relativisme et tolérance

    Relativisme et tolérance

    Le jaïnisme, l’une des plus vieilles religions du monde, a un credo essentiel : la non violence.

    Ses origines se perdent dans la nuit des temps. Antérieur au bouddhisme et à l’hindouisme, certains érudits le font remonter aux temps pré-historiques. Gandhi en fut un adepte.

    L’anekāntavāda est, dans le jaïnisme, une pensée fondamentale pour appréhender les choses et pourrait se traduire par « relativité (ou non-absolutisme ) de la réalité ». « Anekānta » signifie « multiplicité » et « Vada » désigne «une école de pensée, une doctrine». On peut encore dénommer l’anekantavada : «doctrine de la non-exclusivité»

    Il fait référence à deux doctrines : nayavada concernant la réalité de points de vue multiples et syadvada concernant les points de vue à plusieurs facettes et donc la relativité des objets et des êtres dans l’espace et dans le temps.

    Théorie de la tolérance, il encourage l’acceptation du relativisme et le pluralisme.

    Doctrine du nayavada

    Suivant la philosophie jaïne, ce qui peut être objet de connaissance est d’une complexité infinie : c’est une pluralité pouvant faire l’objet de points de vue multiples et qui ne peut donc être vue de manière monolithique, en une seule fois et d’une seule manière.

    La « réalité » d’une personne dépend du point de vue d’où elle se place. Par exemple, si je me place du point de vue de la France, ma conception de l’âme n’est pas la même que si je me place du point de vue de l’Inde. Et pourtant, c’est le même mot « âme » que j’emploie. Ou encore, je vais comprendre différemment un même évènement à un moment donné selon que je suis historien, sociologue, politologue, ethnologue, etc.

    Nous ne pouvons pas saisir la totalité des points de vue. Nous percevons d’abord avec nos sens et sommes, dans nos modes de connaissance, limités et conditionnés par eux ; ce qu’ils perçoivent ne peut être que partiel.

    C’est ce qu’illustre la parabole des « aveugles et de l’éléphant » rendue célèbre par le poète américain John Godfrey Saxe au XIX ème siècle : sept aveugles dont chacun, ne touchant qu’une partie de l’éléphant, l’appréhende selon ce qu’il ressent et le décrit donc selon ce seul critère. Ainsi, pour l’un, c’est un mur. Pour l’autre, touchant une défense, c’est une lance. Celui touchant la trompe dit que c’est un serpent ; pour qui touche l’oreille, un éventail, etc. Chacun ne décrit donc qu’une partie et en fait un tout.

    Un jaïn, le Professeur Sagarmal Jaïn use d’une autre image : « Nous pouvons, par exemple, faire des centaines de photos d’un même arbre, sous différents angles. Bien que toutes donnent une image exacte de cet arbre, elles sont pourtant toutes différentes. Chacune ne peut donner une image complète de l’arbre. Toutes, non plus. Individuellement ou ensemble, elles ne donnent de cet arbre qu’une vue partielle.

    Tel est aussi le cas de la compréhension et de la connaissance humaines. Nous ne pouvons avoir qu’une image partielle ou relative de la réalité ; nous ne pouvons la décrire et la connaitre que sous un certain angle, d’un certain point de vue. (…) Certes, nous ne pouvons mettre en doute la validité ou la valeur de l’image, mais nous devons être, en même temps, conscients que ce n’est qu’une vérité partielle, qu’un point de vue subjectif. »

    Avec cette multiplicité de points de vue, chacun ne peut décrire que sa perception d’une certaine réalité à un moment donné. Le problème, c’est quand on croit détenir toute la vérité et n’en détenons qu’une partie.

    Toutes ces manières particulières d’exprimer une chose s’appellent des nayas. Décrire la réalité, à partir de ces points de vue, prend le nom de nayavada ou doctrine des nayas. La totalité d’une réalité n’est pas exprimable car toujours complexe et multiforme et requérant infiniment de réponses.

    Nayavada n’est pas une simple argutie intellectuelle. C’est une position contre un dogmatisme absolu ; il ne peut à proprement parler y avoir de batailles d’idées. Cela ne peut qu’ouvrir à la tolérance et une meilleure compréhension de ce qui nous est étranger

    Tous ces points de vue pourraient, ensemble, définir une réalité. Mais ils sont si nombreux ! D’où l’essai d’en faire une synthèse et la doctrine du syadvada.

    La doctrine du syadvada

    Comprendre qu’il existe des points de vue différents ne suffit pas. Cela doit aussi pouvoir être exprimé de façon exacte et correcte.

    Aucune affirmation simple ne pouvant exprimer la totalité d’une complexité, le jaïnisme a eut recours au mot syad, qui signifie « peut-être ». En l’ajoutant systématiquement aux diverses affirmations concernant la réalité, il a pris le sens de « à certains égards », « d’un certain point de vue », « dans un sens », « d’une certaine manière ».

    Les philosophes du jaïnisme ont ainsi formulé sept propositions pour décrire une réalité. Aucune n’est absolue, toutes sont relatives mais toutes partiellement vraies selon le point de vue, même si elles peuvent sembler contradictoires.

    1. « syad-asti » : d’une certaine manière, c’est,
    2. « syad-nasti » : d’une certaine manière, ce n’est pas,
    3. « syad-asti-nasti » : d’une certaine manière, c’est et ce n’est pas,
    4. « syad-avaktavya » : d’une certaine manière, c’est indescriptible,
    5. « syad-asti, avaktavya » :d’une certaine manière, c’est et c’est indescriptible,
    6. « syad-nasti, avaktavya » : d’une certaine manière, ce n’est pas et c’est indescriptible,
    7. « syad-asti-nasti, avaktavya » : d’une certaine manière, c’est et ce n’est pas et c’est indescriptible.

    Formulé ainsi, ce n’est pas compréhensible. C’est souvent expliqué avec l’exemple suivant : un homme est le père ; il n’est pas le père, et il est les deux. Pour éclaircir, imaginons Jean avec son ami Paul et Monsieur X

    • Par rapport à Jean, Monsieur X en est le père (« syad-asti »).
    • Mais, par rapport à Paul, Monsieur X n’est pas le père (« syad-nasti » ).
    • Par rapport à Jean et à Paul, pris ensemble, Monsieur X, à la fois et au même moment, est le père et il n’est pas le père. Comme les deux idées ne peuvent pas s’exprimer par des mots en même temps, il peut être appelé indescriptible, puisqu’il est le père et il n’est pas le père, ainsi de suite…

    Ces affirmations ne sont pas contradictoires si l’on a pris la précaution de bien comprendre le point de vue à partir duquel elles sont exprimées.

    Cette doctrine représente donc une vue très sensée des choses en exprimant les différents points de vue particuliers. En transformant notre façon de penser, nous pouvons également modifier notre ressenti par rapport aux événements. Nous voyons alors les choses sous un nouvel angle et de plus, nous pouvons agir différemment de ce que nous aurions fait avec nos anciens schémas de pensées.

    L’intérêt pratique de ces doctrines

    La doctrine du « syadvada » a un intérêt pratique. En montrant que personne ne détient le monopole de la vérité, elle aide à combattre le sectarisme. Elle vise donc à ne pas propager de violence, en pensée, en paroles ou en actes. La non-violence est bien la mission première du jaïnisme.

    Cette doctrine peut s’appliquer à tout, à propos d’un objet, d’une relation, de l’identité d’une personne ou de son caractère, de la vie, de la terre, etc. On peut même l’appliquer à propos de Dieu (cela éviterait tous les conflits ayant une religion comme épicentre).

    Elle n’est pas une simple spéculation intellectuelle Par exemple, au niveau personnel, elle implique une remise en question de ses propres convictions. Ce que je dis est-il vrai ? Peut-il être abordé différemment ? Quelqu’un peut-il penser l’opposé avec la même conviction et des arguments tout aussi valable ?

    Cela n’a rien d’évident ! Mais c’est peut-être ainsi que nos mentalités peuvent évoluer en enrichissant sa propre perception des choses au lieu de faire se batailler chaque égo croyant avoir raison. C’est le sens des deux citations les plus connues de Gandhi : « Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde » et « Commencez par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous ».

    Evidemment, des critiques sont apparues, estimant que Syādvāda entrainait de l’hésitation et de l’incertitude et même, en certains cas, empêchait de prendre position et d’agir.

    Pour les jaïns, l’intérêt est de concilier des points de vue opposés au lieu de les refuser.

    Cela permet d’éviter des erreurs d’interprétations et des jugements en forme de condamnation.

    Cela permet de ne pas être dogmatique, de développer la tolérance intellectuelle et d’éviter les conflits qui naissent de la différence ou de l’opposition entre des idées et des croyances.

    Gandhi avait pris soin de préciser: « Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort ».

  • Quand on découpe les mots

    Quand on découpe les mots

    Apo… quoi ? L’apocope, figure de style qui s’est tranquillement imposée dans notre langage et tend à l’envahir.

    Quand à cause de la météo, on prend le métro, et qu’entre les pubs du journal, on découvre certaines infos, on se demande si elles ne sont pas de l’intox. Que s’est-il passé ? En même pas deux lignes, on a créé 5 apocopes !

    C’est supprimer des lettres ou des syllabes à la fin d’un mot, comme si, dans notre époque marquée par le culte de la vitesse, il fallait abréger même les mots pour gagner du temps !

    Comment tuer la fin d’un mot ?

    Certaines sont parfois devenues des mots à part entière tandis que d’autres stagnent encore dans un langage considéré comme familier ou sont utilisées parce qu’elles sont à la mode et font « jeunes » ou « branchées » (sans être pour autant toujours élégantes).

    Ainsi, on utilise couramment « maths » ou « dermato » pour mathématiques ou dermatologue, « foot » et « alu » pour football et aluminium, « photo » ou « pneu » pour photographie ou pneumatique, etc. Et plus personne aujourd’hui ne parle de motocyclette, de vélocipède ou de métropolitain !

    En revanche, «prof » ou « sympa », courants dans le langage familier, ne font pas bon genre dans un texte qui se veut littéraire. Quant à « coloc », on ne peut pas dire qu’il brille par son raffinement.

    Il est curieux de constater que certaines terminaisons ne sont guères appréciées, celles en « ation » par exemple. Songeons à exportation, transformation, climatisation, information, négociation, application…

    A l’origine, l’apocope était surtout utilisée avec la suppression du « e » final de certains mots, en particulier le « encor » de la poésie permettant d’atteindre l’exactitude du nombre de vers ou bien afin d’imprimer un rythme spécifique. Les surréalistes l’ont ainsi beaucoup utilisé dans un esprit de déconstruction de la langue.

    Très fréquente à l’oral, elle peut devenir un mécanisme de création de mots nouveaux et de néologismes comme les quelques exemples données ci-dessus le montrent. A l’écrit, elle sert surtout à mimer la langue orale, en particulier dans les dialogues, afin de donner un ton résolument réaliste.

    Diverses apocopes

    Il en existe plusieurs sortes.

    L’apocope dite intégrée car elle est entrée pleinement dans le langage courant. Par exemple, « ciné » ou « cinéma » pour cinématographe, « vélo » pour vélocipède, « salon de l’auto » et non de l’automobile, etc. On se voit mal utiliser le terme qui leur a donné naissance. Certaines apocopes peuvent d’ailleurs renvoyer à plusieurs significations que l’on saisira selon le contexte. Ainsi de « radio » qui peut désigner la radiodiffusion, la radiophonie ou une radiographie.

    Pour les mots dont l’origine est grecque, voire latine, et se terminant par « o », dès lors qu’ils sont facilement compréhensibles et ne se confondent pas avec un autre mot, peuvent facilement être apocopés : gynéco, philo, géo, bio ou gastro en sont des illustrations.

    L’apocope dite populaire est moins raffinée et s’acoquine parfois avec de l’argot. Par exemple, le déj’, le beauf’, la cata, le restau, le bénèf, la mob, l’aprèm’ ou le champ’. etc

    Les noms propres ont aussi leur apocope comme le Luco (le Luxembourg) ou le Troca (le Trocadéro), voire une double apocope : le Vel’d’hiv (Vélodrome d’hiver) ou le Boul’Mich’ (Boulevard Saint-Michel). Les prénoms ne sont pas en reste comme Fred (Frédéric ou Frédérique ), Seb (Sébastien), Théo (Théophile) ou Alex (Alexandre). Clo est plus ambigüe : s’agit-il de Chloé ou de Clotilde ?

    D’autres raccourcissements

    Cependant, dans le phénomène de raccourcissement des mots, il existe encore deux autres figures. Si l’apocope est dominante, s’appliquant à la fin du mot, son opposé est l’aphérèse qui, elle, fait disparaitre le début d’un mot. Et enfin, il y a la syncope qui atténue ou supprime un ou plusieurs phonèmes à l’intérieur même du mot.

    L’aphérèse est peu courante. Nous la retrouvons dans l’argot ou le langage populaire. Par exemple : « ricain » au lieu d’américain ou « blème » pour problème. Elle s’illustre surtout avec le mot « bus » qui est une aphérèse d’autobus ou d’omnibus ou « car » (autocar). Elle peut parfois intervenir dans les prénoms : Bastien pour Sébastien (de nouveau !) ou Toine pour Antoine. On peut également la retrouver dans des noms propres. Ainsi, parler du Burkina au lieu de Burkina Faso est une aphérèse.

    La syncope répond à un registre encore plus restreint et on mentionne souvent comme exemple « M’sieur » pour Monsieur ou « P’tit » pour petit. Là aussi, en l’utilisant à l’écrit, on cherche à rendre le rythme et la forme de la langue parlée.

    En résumé, si nous prenons une phrase aussi simple que « Seb et Toine ont pris l’auto de M’man plutôt que le bus», nous retrouvons successivement une apocope, une aphérèse, une apocope, une syncope, et une aphérèse.

    Et lorsque par paresse langagière, un journaliste vous annonce « Après une page de pub, les infos suivies de la météo », sachez qu’il vous offre, (sans peut être le savoir !) trois apocopes d’un coup.

    En revanche, on n’a pas encore créé d’apo, qui serait une apocope d’apocope !

  • Faut il ne plus aider les autres ?

    Faut il ne plus aider les autres ?

    Ne plus aider les autres ? La question est brutale et la réponse demande un peu de subtilité.

    D’un côté, les médias diffusent une sur-information larmoyante qui nous invite constamment à nous indigner et à nous apitoyer sur les victimes. Cela crée une société en frénésie compassionnelle tout à fait factice.

    De l’autre côté, bombardés d’émotions négatives fortes, nous désespérons de l’avenir (et même du présent) de l’humanité puis n’y prêtons plus attention. Quelle abstraction tous ces morts et attentats quotidiens « balancés » en deux minutes avant le bulletin météo !

    Mais si mon prochain vient me demander mon aide, je fais quoi ?

    La sensibilité à la souffrance d’autrui

    Cette frénésie compassionnelle crée une obligation : on doit être sensible à la souffrance d’autrui, même sans en connaitre ou en comprendre les raisons profondes. Très souvent, nous n’avons aucune possibilité d’interférer sur ces situations.

    Cette focalisation sur la dimension émotionnelle et affective est perverse car, pour se protéger, nous nous insensibilisons et nous mettons en retrait émotionnel. Cela risque de devenir une habitude. Or, il y a parfois de véritables drames humains mais tellement dénués de réalité que nous les regardons distraitement. Parfois, on veut bien manifester pour la conscience agréable du « devoir accompli ». Et ensuite ? On se lasse vite et chaque nouveau « drame » chasse aussitôt le précédent.

    Il existe heureusement une démarche humaine, ne serait-ce qu’en se détachant de ces « informations » pour éviter cette surexcitation souffreteuse. En préservant nos qualités émotionnelles et cognitives, nous pouvons aller vers les autres, concrètement, et être empathique, sincèrement et humainement.

    Nous réalisons que notre prochain n’est pas une entité indéfinie située à des milliers de kilomètres. Qui est-il ? C’est l’autre, tout autre, qui se trouve chez moi (ma famille, mes proches) ou hors de chez moi (les voisins, l’inconnu dans la rue, le collègue de bureau, etc).

    Que pouvons-nous faire pour les autres ?

    Quand ce prochain est en souffrance, il ne s’agit pas de pleurer avec lui : en étant une éponge à émotions, on n’arrange rien et on se charge d’un poids qui n’est pas le notre.

    Il ne s’agit pas non plus de faire à sa place pour que tout aille mieux car on l’infantilise ou même, on établit une relation de domination : « Moi, je sais ce qui est bon pour toi, je sais ce qu’il faut faire ». C’est une prise de pouvoir.

    Ce n‘est pas enfin le laisser se débrouiller en attendant que les dieux lui soient cléments : « Je ne peux rien faire, c’est ton karma ; sois-en responsable et assume ».

    Le mieux que l’on puisse faire pour cet autre, c’est d’abord d’accueillir ce qu’il ressent et de lui offrir une présence.

    Nos relations existent dans des échanges, pour apprendre des autres et pour leur apprendre, pour recevoir d’eux et pour leur donner, pour comprendre que nous faisons partie d’un tout et que nous pouvons avancer ensemble. C’est valable autant avec notre enfant qu’avec notre collègue de bureau.

    Il nous faut alors être en disponibilité de temps, de cœur, d’esprit et d’émotions. Si nous ne nous aimons pas, si nos besoins essentiels ne sont pas satisfaits, si nous n’avons pas d’estime pour nous-mêmes, que pouvons nous offrir ? Si nous ne nous sommes rien donné, il est difficile d’offrir quoi que ce soit ou même de comprendre que l’autre ait besoin de quelque chose.

    Pour avoir l’impression que l’on s’enrichit quand on donne, il faut avoir l’habitude de donner et cela commence par soi-même. Si on ne s’aime pas, comment alors donner de l’amour aux autres ?

    Ce que nous avons à donner aux autres, ce n’est pas les prendre en charge ou faire des choses pour eux mais être d’abord dans l’accueil. Et face à quelqu’un en souffrance, c’est d’abord accueillir cette souffrance et essayer de la comprendre.

    Le problème du Sauveur

    Un psychologue américain, le Dr. Stephen Karpman a mis en exergue en 1968 un mode de fonctionnement relationnel appelé triangle dramatique et qui illustre des jeux de pouvoir. L’intérêt en est, quand une relation est régulièrement conflictuelle, de se demander si on n’y est pas entré.

    Sans l’expliciter ici en détail, rappelons juste qu’il implique trois rôles différents intimement liés ; le changement de comportement d’un d’entre eux a un impact sur les autres et que chaque rôle apporte l’illusion de certains avantages :

    • Le Persécuteur (ou Bourreau) : c’est l’agresseur (personne, événement ou situation donnée). Généralement perçu comme négatif, il peut parfois être un innovateur, un initiateur. Ce rôle donne du pouvoir.
    • La Victime : elle subit l’agression du persécuteur. Ce rôle permet d’attirer l’attention des autres.
    • Le Sauveur : rôle de protecteur qui donne une image positive de soi mais il peut contribuer à renforcer la dynamique du triangle dramatique. « Les gens ont toujours tendance à vouloir aider les autres, uniquement pour se sentir meilleurs qu’ils ne sont en réalité. » selon Paulo Coelho. (On peut enlever le « toujours » de cette citation et remplaçons le par un « parfois »pour lui ôter son aspect méprisant).

    Chaque rôle peut servir à manipuler, consciemment ou pas.

    Intéressons nous au Sauveur qui, s’il a son utilité, peut infantiliser et mettre l’autre en dépendance en volant à son secours sans même lui demander. Parfois, il donne en espérant recevoir en retour (sorte de persécuteur déguisé). « Les gens vous font toujours payer les services qu’on leur rend » disait l’écrivain Céline.

    Comment se pose sa problématique ? Il est convaincu qu’il est indispensable d’agir pour que les autres aillent mieux et que donc il agit pour leur bien mais du coup, il risque d’en mépriser les vrais besoins.

    En conséquence, il fait à la place, il donne des « bons » conseils, il projette sur les autres ce qu’il estime être bien pour lui. Mais, est-ce que c’est bien pour l’autre aussi ? Les besoins de chacun sont-ils les mêmes ?

    Le risque apparait : l’autre n’ayant rien demandé et le conseil (ou l’action) ne correspondant pas à ce qu’il souhaite, il peut refuser ce qu’on lui offre ou ne pas en tenir compte. Alors, le Sauveur en « remet une couche » pour contraindre la Victime et le voilà qui se transforme en Persécuteur ! Ou bien la Victime se rebiffe, reprochant qu’on se mêle ainsi de ses affaires et devenant du coup le Persécuteur du Sauveur, qui en devient alors sa Victime. Pas génial comme « sauvetage »….

    Que doit faire un Sauveur ?

    La question initiale revient : faut-il ne plus aider les autres ? Non, bien sur. Mais que faut-il pour éviter la problématique ci-dessus ? Il suffit de vérifier que les 4 conditions suivantes sont remplies :

    1. m’a-t-on explicitement demandé mon aide ?
    2. ai-je l’envie, les compétences et les moyens pour intervenir ?
    3. le demandeur est-il prêt à se prendre en charge lui-même ou va-t-il me refiler son fardeau ?
    4. quels sont les critères qui me permettront de juger quand ma mission d’aide est accomplie

    Le point n° 1, que l’on peut oublier, est aussi  le plus essentiel….

    Bien évidemment, en cas d’urgence – mais d’urgence seulement – on agit sans se questionner. Si quelqu’un dort dans une maison en feu, on agit immédiatement sans attendre qu’il ait explicitement demandé de le sauver !

    On voit donc que faire vivre une société dans laquelle le rapport à l’humain a du sens est tout à fait possible dès lors que l’on évite les écueils suivants :

    • S’enliser dans la frénésie compassionnelle qui nous est quotidiennement servie et ne sert à rien, sauf à user notre émotivité, notre affectivité et notre réactivité
    • Se désintéresser de tout ce qui arrive aux autres en se disant qu’on n’y peut rien ou en ne ressentant plus rien
    • Prendre en charge toute personne en difficulté et faire à sa place. C’est là qu’il convient de se rappeler ce proverbe chinois, parfois attribué à Confucius et si souvent mentionné : « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »