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  • Faut il ne plus aider les autres ?

    Faut il ne plus aider les autres ?

    Ne plus aider les autres ? La question est brutale et la réponse demande un peu de subtilité.

    D’un côté, les médias diffusent une sur-information larmoyante qui nous invite constamment à nous indigner et à nous apitoyer sur les victimes. Cela crée une société en frénésie compassionnelle tout à fait factice.

    De l’autre côté, bombardés d’émotions négatives fortes, nous désespérons de l’avenir (et même du présent) de l’humanité puis n’y prêtons plus attention. Quelle abstraction tous ces morts et attentats quotidiens « balancés » en deux minutes avant le bulletin météo !

    Mais si mon prochain vient me demander mon aide, je fais quoi ?

    La sensibilité à la souffrance d’autrui

    Cette frénésie compassionnelle crée une obligation : on doit être sensible à la souffrance d’autrui, même sans en connaitre ou en comprendre les raisons profondes. Très souvent, nous n’avons aucune possibilité d’interférer sur ces situations.

    Cette focalisation sur la dimension émotionnelle et affective est perverse car, pour se protéger, nous nous insensibilisons et nous mettons en retrait émotionnel. Cela risque de devenir une habitude. Or, il y a parfois de véritables drames humains mais tellement dénués de réalité que nous les regardons distraitement. Parfois, on veut bien manifester pour la conscience agréable du « devoir accompli ». Et ensuite ? On se lasse vite et chaque nouveau « drame » chasse aussitôt le précédent.

    Il existe heureusement une démarche humaine, ne serait-ce qu’en se détachant de ces « informations » pour éviter cette surexcitation souffreteuse. En préservant nos qualités émotionnelles et cognitives, nous pouvons aller vers les autres, concrètement, et être empathique, sincèrement et humainement.

    Nous réalisons que notre prochain n’est pas une entité indéfinie située à des milliers de kilomètres. Qui est-il ? C’est l’autre, tout autre, qui se trouve chez moi (ma famille, mes proches) ou hors de chez moi (les voisins, l’inconnu dans la rue, le collègue de bureau, etc).

    Que pouvons-nous faire pour les autres ?

    Quand ce prochain est en souffrance, il ne s’agit pas de pleurer avec lui : en étant une éponge à émotions, on n’arrange rien et on se charge d’un poids qui n’est pas le notre.

    Il ne s’agit pas non plus de faire à sa place pour que tout aille mieux car on l’infantilise ou même, on établit une relation de domination : « Moi, je sais ce qui est bon pour toi, je sais ce qu’il faut faire ». C’est une prise de pouvoir.

    Ce n‘est pas enfin le laisser se débrouiller en attendant que les dieux lui soient cléments : « Je ne peux rien faire, c’est ton karma ; sois-en responsable et assume ».

    Le mieux que l’on puisse faire pour cet autre, c’est d’abord d’accueillir ce qu’il ressent et de lui offrir une présence.

    Nos relations existent dans des échanges, pour apprendre des autres et pour leur apprendre, pour recevoir d’eux et pour leur donner, pour comprendre que nous faisons partie d’un tout et que nous pouvons avancer ensemble. C’est valable autant avec notre enfant qu’avec notre collègue de bureau.

    Il nous faut alors être en disponibilité de temps, de cœur, d’esprit et d’émotions. Si nous ne nous aimons pas, si nos besoins essentiels ne sont pas satisfaits, si nous n’avons pas d’estime pour nous-mêmes, que pouvons nous offrir ? Si nous ne nous sommes rien donné, il est difficile d’offrir quoi que ce soit ou même de comprendre que l’autre ait besoin de quelque chose.

    Pour avoir l’impression que l’on s’enrichit quand on donne, il faut avoir l’habitude de donner et cela commence par soi-même. Si on ne s’aime pas, comment alors donner de l’amour aux autres ?

    Ce que nous avons à donner aux autres, ce n’est pas les prendre en charge ou faire des choses pour eux mais être d’abord dans l’accueil. Et face à quelqu’un en souffrance, c’est d’abord accueillir cette souffrance et essayer de la comprendre.

    Le problème du Sauveur

    Un psychologue américain, le Dr. Stephen Karpman a mis en exergue en 1968 un mode de fonctionnement relationnel appelé triangle dramatique et qui illustre des jeux de pouvoir. L’intérêt en est, quand une relation est régulièrement conflictuelle, de se demander si on n’y est pas entré.

    Sans l’expliciter ici en détail, rappelons juste qu’il implique trois rôles différents intimement liés ; le changement de comportement d’un d’entre eux a un impact sur les autres et que chaque rôle apporte l’illusion de certains avantages :

    • Le Persécuteur (ou Bourreau) : c’est l’agresseur (personne, événement ou situation donnée). Généralement perçu comme négatif, il peut parfois être un innovateur, un initiateur. Ce rôle donne du pouvoir.
    • La Victime : elle subit l’agression du persécuteur. Ce rôle permet d’attirer l’attention des autres.
    • Le Sauveur : rôle de protecteur qui donne une image positive de soi mais il peut contribuer à renforcer la dynamique du triangle dramatique. « Les gens ont toujours tendance à vouloir aider les autres, uniquement pour se sentir meilleurs qu’ils ne sont en réalité. » selon Paulo Coelho. (On peut enlever le « toujours » de cette citation et remplaçons le par un « parfois »pour lui ôter son aspect méprisant).

    Chaque rôle peut servir à manipuler, consciemment ou pas.

    Intéressons nous au Sauveur qui, s’il a son utilité, peut infantiliser et mettre l’autre en dépendance en volant à son secours sans même lui demander. Parfois, il donne en espérant recevoir en retour (sorte de persécuteur déguisé). « Les gens vous font toujours payer les services qu’on leur rend » disait l’écrivain Céline.

    Comment se pose sa problématique ? Il est convaincu qu’il est indispensable d’agir pour que les autres aillent mieux et que donc il agit pour leur bien mais du coup, il risque d’en mépriser les vrais besoins.

    En conséquence, il fait à la place, il donne des « bons » conseils, il projette sur les autres ce qu’il estime être bien pour lui. Mais, est-ce que c’est bien pour l’autre aussi ? Les besoins de chacun sont-ils les mêmes ?

    Le risque apparait : l’autre n’ayant rien demandé et le conseil (ou l’action) ne correspondant pas à ce qu’il souhaite, il peut refuser ce qu’on lui offre ou ne pas en tenir compte. Alors, le Sauveur en « remet une couche » pour contraindre la Victime et le voilà qui se transforme en Persécuteur ! Ou bien la Victime se rebiffe, reprochant qu’on se mêle ainsi de ses affaires et devenant du coup le Persécuteur du Sauveur, qui en devient alors sa Victime. Pas génial comme « sauvetage »….

    Que doit faire un Sauveur ?

    La question initiale revient : faut-il ne plus aider les autres ? Non, bien sur. Mais que faut-il pour éviter la problématique ci-dessus ? Il suffit de vérifier que les 4 conditions suivantes sont remplies :

    1. m’a-t-on explicitement demandé mon aide ?
    2. ai-je l’envie, les compétences et les moyens pour intervenir ?
    3. le demandeur est-il prêt à se prendre en charge lui-même ou va-t-il me refiler son fardeau ?
    4. quels sont les critères qui me permettront de juger quand ma mission d’aide est accomplie

    Le point n° 1, que l’on peut oublier, est aussi  le plus essentiel….

    Bien évidemment, en cas d’urgence – mais d’urgence seulement – on agit sans se questionner. Si quelqu’un dort dans une maison en feu, on agit immédiatement sans attendre qu’il ait explicitement demandé de le sauver !

    On voit donc que faire vivre une société dans laquelle le rapport à l’humain a du sens est tout à fait possible dès lors que l’on évite les écueils suivants :

    • S’enliser dans la frénésie compassionnelle qui nous est quotidiennement servie et ne sert à rien, sauf à user notre émotivité, notre affectivité et notre réactivité
    • Se désintéresser de tout ce qui arrive aux autres en se disant qu’on n’y peut rien ou en ne ressentant plus rien
    • Prendre en charge toute personne en difficulté et faire à sa place. C’est là qu’il convient de se rappeler ce proverbe chinois, parfois attribué à Confucius et si souvent mentionné : « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »
  • Les pièges de la perfection

    Les pièges de la perfection

    On ne naît pas perfectionniste, on le devient et cela modèle notre personnalité. Etre perfectionniste, c’est adopter la devise « Sois parfait ! » pour soi-même et/ou pour les autres.

    Entre le « sain » et le « toxique », c’est une question de dosage. Le premier dit « Je veux mieux que bien » et le second déclare : « Je veux mieux que mieux ».

    Le « sain » et le « toxique »

    De quoi s’agit-il ?

    Ce qui doit être « parfait » est situé sur un sommet imaginaire qui, déjà, manque de référent : parfait, oui, mais par rapport à quoi ?

    Il est ensuite indéfini : à quoi ressemble précisément ce qui est parfait ? Quels en sont ses attributs, ses composants ?

    L’une des meilleures définitions vient de l’écrivain Paul Carvel : « Qui veut atteindre la perfection, veut marcher sur l’horizon ». Même en courant très vite, l’horizon recule toujours au fur et à mesure qu’on avance : illustration de la perfection comme idéal abstrait impossible à atteindre car… il est abstrait !

    Notre société utilise régulièrement les termes « excellence » et « performance » qui ne sont nullement discutables pour progresser et faire face aux défis rencontrés, quels qu’ils soient : développer une structure, réaliser un dépassement de soi, un épanouissement personnel ou collectif. Ils visent une amélioration et cela commence par une vision… du possible.

    Là où le bât blesse, c’est lorsqu’apparaît un effet pervers et que de moyen, la performance devient une fin en soi.

    Performance et satisfaction

    La performance vise la poursuite du succès : atteindre un objectif, probablement difficile mais réalisable et tangible. Cela procure alors une intense satisfaction, le souhait étant d’accomplir consciencieusement ce qui est à faire et d’éviter des erreurs.

    S’il n’est pas atteint, une personnalité saine se réjouit du chemin parcouru. Entre ce qui a été obtenu et ce qui était voulu, il y a un écart mais elle se félicite de la diminution de cet écart. Viser l’excellence permet ainsi de réaliser mieux que bien mais en connaissance de ses propres limites et en sachant mettre un terme lorsque cela est adéquat.

    Pas pour un perfectionniste : cet écart devient synonyme d’échec car il se situe au-delà de la saine volonté de réussir. Le perfectionniste suppose un niveau intangible : la perfection ; il fignole à l’excès pour faire mieux que mieux et, partant de là, décrète inacceptable toute erreur.

    De surcroît, même si le niveau est atteint, il estime avec une logique très spécifique et un mode de raisonnement particulier qu’il est possible – nécessaire ? obligatoire ? – d’atteindre un degré de plus. Il n’éprouvera alors qu’insatisfaction, quelle que soit la performance accomplie.

    Cela ferait même songer à cette chanson de 1964 des Rolling Stones : “I can’t get no satisfaction / Cause I try and I try and I try and I try”. Et au bout du compte, pas de satisfaction….

    Quel est l’objectif, précisément ?

    Le problème apparait quand on définit mal l’objectif à atteindre. Prenons deux cas de figure courants :

    1/ L’objectif est irréaliste, indéfini. A fixer la barre trop haute, on arrive à la confusion du possible et de l’impossible. Le manque de référents est flagrant : on vise un idéal mais c’est quoi ? C’est quoi un couple parfait, un amour parfait, un travail parfait, une conférence parfaite, une vie parfaite, etc ? A quoi ça se reconnaît, se définit, se construit, etc. S’il n’y a pas un objectif précis, on n’arrive à rien. C’est bête à dire et cependant…

    2/ L’objectif est atteignable mais est un devoir absolu : « Je ne fais pas par plaisir ; je le veux parce ce que je le dois ». Il est des cas où les sollicitations extérieures sont un déclencheur lorsque l’on prête une trop grande attention aux messages sociaux demandant d’être parfaits.

    Aujourd’hui, la performance s’est imposée et est encouragée comme une valeur positive. Tous les records demeurent constamment à battre. Voilà par exemple ce que l’on appelle la Beauté du sport et la grandeur du dépassement de soi. Et c’est vrai : c’est souvent enthousiasmant de s’être dépassé.

    Le danger, c’est lorsque la réussite devient obsessionnelle et la performance un culte. Le danger, c’est quand on met en gage la permanence de son être au profit d’une gloire éphémère. Le danger, c’est de se trouver nul et incapable si on n’y arrive pas tout en détruisant son propre outil.

    Par exemple, pou se détendre, certaines personnes font du sport mais avec une telle rage pour faire chaque fois mieux qu’elles n’ont plus de plaisir et ne ressentent que la contrainte. On passe ainsi d’un perfectionnisme sain ou positif à un perfectionnisme négatif ou toxique, voire pathologique.

    Discerner le « point de bascule »

    Lorsque le toujours mieux finit par amener le pire…. Comment discerner ce point de bascule ? Il s’agit avant tout de dosage dans la vision du but, dans la manière d’accomplir et dans la peur que l’on éprouve à ne pas réussir.

    En effet, il existe d’un côté ce que l’on veut devenir et accomplir, le but que l’on s’assigne, et de l’autre, ce que l’on est et ce que l’on réalise.

    Si l’écart est trop faible, il y a déficit de motivation par manque de défi. Un challenge, dès lors qu’on s’en sent capable, est excitant et motivant. Mais si l’écart est très (trop) grand, on peut refuser le défi car on est découragé à l’avance. Ou bien ramener le but à atteindre à des proportions plus raisonnables.

    Tout est subjectif, évidemment, mais pour chaque défi que l’on rencontre ou que l’on se donne, il faut déterminer la hauteur de la marche à franchir. Rappelons-nous, même si on échoue parfois, la phrase d’Einstein : « Je n’ai pas échoué, j’ai trouvé dix mille moyens qui ne fonctionnent pas ». Cela permet d’avancer et de progresser car ce qui est investi est proportionnel à l’importance que l’on attache au but visé.

    En revanche, on entre dans le « toxique » si l’on s’entête bien que le but ne soit pas atteignable et se transforme en une affaire « d’honneur », « de vie ou de mort », autrement dit que l’on soit dans une souffrance permanente pour y parvenir et une souffrance déchirante si l’on n’y parvient pas.

    La tolérance de l’imperfection plus que la recherche de la perfection est le gage de son bonheur.

    La vraie force n’est pas de vouloir la perfection mais de savoir accepter et gérer les imperfections.

    Trouver le juste dosage

    Mais cela, un perfectionniste « pur et dur » ne peut l’entendre ni même le comprendre. Dans l’accomplissement d’une tâche, effectuer des contrôles et des vérifications est normal et souhaitable mais devenir trop pointilleux est un handicap : la dépense de temps et d’énergie sera disproportionnée. D’où insatisfaction et sentiment d’échec.

    Pour reprendre des termes de gestallt, le perfectionniste sain est dans un ajustement créateur : « j’œuvre pour que ce soit mieux » tandis que le perfectionniste toxique est dans un ajustement rigide : « j’arrive au point de bascule et je rends les choses impossibles »  et dans ce basculement du bien au mieux puis au pire, on entre de plein pied dans le paradoxe en obtenant l’inverse ce que l’on veut. En fait, comme l’exprime le psychologue François-Paul Cavallier, ce type de perfectionniste « n’est pas rigoureux mais rigoriste ».

    Il est donc bien question de dosage mais aussi – et corrélativement – de clairvoyance et de lucidité par rapport à ce qui est actuellement et par rapport ce qui est voulu.

    Avoir un idéal ou des normes élevées ne suffit pas en soi à qualifier quelqu’un de perfectionniste. En revanche, il est important de s’interroger sur ce qu’il en est de la tolérance que l’on a pour soi et pour les autres.

    Que désire-t-on précisément et vers quoi a-t-on envie de tendre ?

    Quel résultat précis souhaite-t-on obtenir ?

    Qu’en est-il de la réelle utilité de ce que l’on fait ?

    Viser haut est un excellent moteur d’accomplissement, viser trop haut devient diabolique.

    Un chercheur d’or espère trouver quelques pépites mais s’il veut mettre la main sur le gisement du siècle, il sera profondément déçu. Le toxique demande que l’on soit réaliste alors qu’il ne l’est pas : il ne voit que le verre à moitié vide mais en réalité, le verre est aussi à moitié plein. Et en plus, il le voudrait complètement plein !

    Adopter le principe de réalité

    S’affranchir des effets les plus indésirables du perfectionnisme nécessite une approche personnalisée et un travail sur ses propres comportements, croyances et valeurs.[1]

    Néanmoins, on peut déjà faire un grand pas tout d’abord en apprenant à inclure du respect et de la bienveillance, tant pour soi-même que pour les autres.

    Ensuite, en adoptant le principe de réalité et s’interroger quand on fait ou demande quelque chose : est-ce réalisable ? N’y a-t-il qu’une seule manière de faire ?

    Et surtout :

    En faire plus est-il utile, nécessaire ?

    Quel est précisément le but poursuivi ?

    Qu’est ce qui doit réellement être atteint ou obtenu?

    Viser haut, certes mais en conservant les pieds bien ancrés dans la réalité.

    On peut avoir les yeux tournés vers les cimes mais à condition de conserver de la lucidité dans son regard.

    Vauvenargues avait une excellente manière de synthétiser ce point : « La perfection d’une pendule n’est pas d’aller vite, mais d’être réglée. »

     

    [1] Pour retrouver le point d’équilibre et viser un idéal réalisable, voir « Je suis perfectionniste mais je me soigne », Xavier Cornette de Saint Cyr – Ed. Jouvence, 2008

  • La force de la gentillesse

    La force de la gentillesse

    La gentillesse serait-elle tombée en désuétude ? En général, dire de quelqu’un qu’il est « gentil » n’est guère flatteur. Nous avons cependant besoin de douceur, de bienveillance, d’amabilité, d’attention, de solidarité. Un besoin si fort que près d’une vingtaine de pays en sont venus à créer la Journée de la Gentillesse.

    Malgré sa tendance récurrente à l‘agressivité, l’homme est aussi une espèce empathique et un certain nombre de découvertes scientifiques accréditent ce point. Alors, sommes nous emplis d’une gentillesse que nous n’oserions pas toujours exprimer ?

    Le pauvre gentil….

    S’inspirant du mot français « gentilhomme » mais lui conférant un sens différent, les anglais ont défini le « gentleman » qui, à l’époque victorienne notamment, se distinguait par les traits suivants : n’être jamais ennuyeux ni mesquin, supportant stoïquement la souffrance, ne prêtant pas d’attention aux commérages et surtout, ne faisant jamais de tort à autrui.

    Et pourtant, aujourd’hui, être gentil est souvent pris dans un sens péjoratif alors que cela décrit avant tout quelqu’un d’aimable et d’agréable. Les mots suivent leur histoire et à présent ce sont « bonté » et « bienveillance » qui ont gagné leurs lettres de noblesse. Avoir « bon cœur » est plutôt bien vu, à condition de … ne pas « se faire avoir » !

    Dans une époque où il faut être compétitif, où il faut « performer » et devenir le meilleur pour réussir, il semble qu’être gentil ne soit pas un atout puisqu’il s’agit de se battre, d’être fort et de vaincre en oubliant toutefois que jamais les rapports domination/soumission ne produisent de résultats satisfaisants à terme. Ce sont la coopération et la collaboration qui permettent réellement de progresser dans un « faire ensemble » fondé sur la confiance et le respect mutuel.

    C’est bien le fait d’avoir de la considération pour son prochain qui permet de réussir même si des esprits chagrins ou en souffrance estiment que c’est davantage un frein. Ce sont ces derniers qui ont transformé peu à peu le gentil en un être simplet qui se fait avoir. Et « se faire avoir » désigne celui qui a été abusé dans ses bons sentiments, celui qui a du se soumettre face à celui qui l’a dominé.

    Qu’englobe la gentillesse ?

    Ceci étant, si « gentil » a été esquinté, la « gentillesse » a plutôt pas mal résisté pour caractériser une manière d’être et de se comporter où l’attention aux autres, le souci d’autrui et de son bien-être sont en première ligne.

    En tant que valeur ou vertu, elle participe à une harmonie dans les rapports sociaux, que ce soit en famille, au travail ou dans notre vie quotidienne. Elle s’oppose au dénigrement, à la moquerie, à l’agressivité, à la méchanceté. Elle demande une certaine hauteur de vue, elle requiert une qualité d’âme et de cœur qui appartient en fait à celui qui est psychiquement équilibré, à celui qui possède suffisamment de force pour savoir se faire respecter sans pour autant tout détruire sur son passage.

    En effet, n’est pas toujours le plus fort celui qui le croit. « La faiblesse de la force est de ne croire qu’à la force. » disait Paul Valéry comme un écho ce qu’avait annoncé le prêtre philosophe Alphonse Gratry « La douceur, c’est la plénitude de la force. »

    Alors, celui qui use de gentillesse est-il cet « imbécile heureux » dont beaucoup se moquent ou n’est-il pas plutôt celui qui sait manier force et courage avec finesse et intelligence ?

    La gentillesse demande en effet des qualités, en particulier le sens de l’empathie et un souci d’éthique. Empathie car c’est s’ouvrir aux autres, à leurs émotions et à ce qu’ils ressentent pour mieux les comprendre et pour vivre des relations plus authentiques, plus justes et plus sereines. C’est écouter les besoins des autres tout en demeurant capable d’affirmer les siens propres. Cela demande de la volonté et de la perspicacité.

    Souci d’éthique car c’est refuser de s’épuiser et gâcher sa vie dans un affrontement permanent, une crainte maladive d’une éventuelle cupidité ou sournoiserie de l’autre pour au contraire donner corps à ses propres valeurs philosophiques et/ou morales d’une Humanité au sein de laquelle on peut vivre en bonne intelligence. Cette éthique se nourrit d’authenticité, d’intégrité, d’honnêteté. L’intégrité, c’est la volonté d’être conforme à ce que l’on est réellement. Elle vient du mot latin « integritas » désignant la totalité, ce qui est intact, entier, ce à quoi rien ne manque. Cela demande du courage et un bon équilibre psychologique.

    De ce point de vue, la gentillesse peut aussi être abordée comme un combat mais non dirigé contre les autres. Au contraire, il se mène avec les autres pour obtenir quelque chose de meilleur pour chacun. De ce point de vue également, la gentillesse ne se définit plus par rapport à son opposé qu’est la méchanceté mais décrit plutôt la capacité à dire qui on est et réside donc dans l’affirmation de soi. C’est ce qui permet de ne pas se couper de soi et de ne pas négliger nos ressentis et nos besoins.

    La gentillesse comme voie vers son bonheur

    Si la gentillesse, c’est être bon ou être un homme de bien au sens qui vient d’être définit, nous voyons bien qu’elle est finalement l’apanage des forts. Nous comprenons aussi que les faibles sont tout au contraire ceux qui usent toute leur énergie à rabaisser les autres pour essayer de s’élever ou croire s’élever alors que bien souvent, ils ne font que se débattre pour simplement garder la tête à peu près hors de l’eau. C’est le symptôme de celui qui, ne sachant pas nager, s’agrippe démesurément à son plus proche compagnon, quitte à ce qu’ils finissent par couler tous les deux. Seules les personnes à l’esprit pauvre et limité et au cœur tristement desséché supposent qu’il importe d’être cynique et égoïste pour réussir.

    Celui qui sait user de la gentillesse n’est nullement le simplet ou l’être falot et peureux qui dirait oui à tout et à tous de peur de déplaire ou de recevoir une sanction. Celui qui agit ainsi craint de paraitre méchant, de ne pas être dans une norme, d’être rejeté d’un groupe ou redoute par-dessus tout d’avoir à affronter un quelconque conflit. Celui qui agit ainsi ne le fait pas par gentillesse mais à cause d’un manque important de confiance en lui, tellement important qu’il en vient à s’oublier.

    Etre gentil désigne à l’inverse celui qui sait affirmer tranquillement qui il est ; il ne se laisse pas marcher sur les pieds car le respect de sa personne est une condition indispensable à son épanouissement, le sien propre et celui de l’autre. C’est ce que l’on appelle la bienveillance. Psychologiquement, c’est un état d’esprit positif et bénéfique pour soi et pour l’autre. D‘ailleurs, l’agressivité est la marque des personnes en souffrance et quand on regarde autour de soi, on s’aperçoit que les personnes heureuses et en harmonie avec elles-mêmes n’ont aucune trace d’agressivité. Soi-même, les jours où on est heureux, on est souriant, en accueil de ce qui est et des autres, de manière sereine et constructive. Chacun peut très facilement en faire la constatation.

    Vivre en société des relations apaisées, respectueuses et créatrices implique de les vivre dans la bienveillance, la générosité et la confiance. Hors les rares cas où nous devons faire face à un pervers pathologique, c’est cela qui permet de développer l’altruisme, c’est cela qui empêche de se laisser parasiter toute son énergie dans des conflits alimentés par la peur, c’est cela qui aide à grandir, à s’épanouir et à cultiver le plaisir d’être soi – avec les autres. Nous trouvons là une des définitions du bonheur. Mark Twain avait cette jolie formule : « La gentillesse est le langage qu’un sourd peut entendre et qu’un aveugle peut voir ».

    En définitive, et contrairement à ce que certains osent encore croire, il apparait qu’être gentil n’est pas une faiblesse ni une tendance malsaine à se soumettre à l’autre. C’est bien davantage une force, celle qui permet de s’ouvrir à autrui et d’établir avec nos semblables une saine reliance. Cela présente en outre un bienfait non négligeable : la gentillesse est contagieuse !

     

     

  • Bonne étoile

    Il n’y a personne qui soit né sous une mauvaise étoile, il n’y a que des gens qui ne savent pas lire le ciel.

  • Quand la contrainte se multiplie

    Quand la contrainte se multiplie

    Une communication réussie permet à chacun de s’enrichir. Elle est alors constructive. Mais il peut lui arriver d’être paradoxale et envoyer en même temps deux demandes à la fois différentes et opposées. Le problème est redoutable : à quelle demande répondre ? Quelle réponse appropriée donner ? Que comprendre et que décider ? C’est ce que l’on appelle la double contrainte.

    Les injonctions paradoxales

    L’Ecole de Palo-Alto a mis l’accent sur ces injonctions dites paradoxales qui, dès lors qu’elles deviennent récurrentes, finissent par relever de la double-contrainte.

    On y trouver deux niveaux contradictoires qui s’annulent mutuellement. L’antiquité grecque nous en donne illustration la plus connue avec un crétois déclarant : « tous les crétois sont des menteurs ». Voilà le paradoxe : s’il a raison, alors les crétois sont des menteurs et il ment. Mais s’il ment, c’est que les crétois ne sont pas menteurs. Et dans ce cas, sa formule est vraie… On ne s’en sors pas !

    Autre exemple fréquemment cité : « Sois spontané ! ». Si j’obtempère, je ne suis pas spontané et si je veux l’être, je ne peux pas obéir à l’ordre ainsi intimé puisque le fait d’exiger rend la spontanéité impossible. Dans les deux cas, la demande me mets en porte-à-faux. Je deviens donc incapable de savoir à quel message je dois répondre.

    On peut le décliner avec « Sois adulte ! » ou « Aies confiance en toi ! » qui reprend la même problématique. Ou bien s’exprimer négativement : « Ne sois pas docile! » ce qui est identique au « Sois indépendant ! » ou encore jouer sur l’affectif : « Tu dois m’aimer », etc.

    Ce type d’injonction peut aboutir à une double contrainte qui schématiquement, se présente comme suit : une première injonction, positive ou négative, est exprimée sur le mode verbal mais est accompagnée d’une injonction secondaire (souvent exprimée sur le mode non verbal) venant la disqualifier ou la contredire. Le tout évolue dans ce que l’on pourrait appeler une injonction négative tertiaire : il n’est pas possible de rompre la relation ou de la remettre en cause ; celui qui subit ne peut échapper à la situation ainsi créée. Si cela est récurrent, une pathologie peut trouver de quoi prendre naissance.

    Caractéristiques de la double contrainte

    En reprenant les éléments énoncés notamment par le psychiatre David Cooper puis par Gregory Bateson, l’un des représentants de l’école de Palo-Alto, on peut définir la double contrainte (quel que soit son cadre) par les éléments suivants :

    1 – Elle suppose la présence de deux ou plusieurs personnes en situation de relation intense : affective, émotionnelle, hiérarchique, etc

    2 – Une injonction est adressée sur le mode verbal à la victime (car on devient victime d’une communication réellement incompréhensible et impossible) et ce, dans une relation suffisamment forte et étroite pour que celle-ci considère comme essentiel de bien comprendre le message qui lui est adressé afin de pouvoir y répondre de manière adéquate.

    3 – Une deuxième injonction lui est adressée, contredisant la première, souvent exprimée sur un mode abstrait et dans le même temps mais tout aussi injonctive. Elle peut aussi intervenir plus tard (mais dans un laps de temps très proche) et être formulée concrètement.

    Dans le mode de réaction le plus simple, la victime ne sait plus lequel des deux messages elle doit privilégier et dans le plus complexe, elle devient incapable de les comprendre.

    Ce pourrait être là les éléments suffisants pour caractériser la double contrainte. Il convient néanmoins d’ajouter qu’elle développe un pouvoir pathogène dès que s’ajoutent les deux éléments suivants :

    4 – Ce type de messages contradictoires est adressé avec une fréquence ou une répétitivité telle que l’ensemble de la communication va subir une altération de plus en plus forte. L’élément de crainte, sous-jacent à la sanction découlant de l’exercice du pouvoir, va s’amplifier sous l’effet de la répétitivité. La victime va devoir chercher par tous les moyens une protection, quitte à « saboter » les possibilités même de communication.

    5 – La victime est piégée ; elle ne peut s’échapper. Elle est dans un cadre dont elle ne peut s’échapper (du fait de l’intensité de la relation) et est alors contrainte à subir ces injonctions. On pourrait presque parler de « triple contrainte ».

    Les contraintes du message

    Le message émis dans ce contexte est donc structuré d’une manière telle que, en même temps qu’il affirme quelque chose, il affirme en plus quelque chose sur sa propre affirmation et ces deux affirmations s’excluent. Il en ressort que si le message est une injonction, il faut lui désobéir pour lui obéir. La première contrainte apparaît dans l’indécidabilité du sens du message.

    Par ailleurs, le récepteur du message est placé dans une situation telle qu’il y a impossibilité pour lui de donner une réponse et pire, de sortir du cadre fixé par ce message. Même si le message apparaît dénué de sens, il possède une réalité pragmatique : il n’est pas possible de ne pas réagir puisqu’il est injonctif mais pareillement, il n’est pas possible d’y réagir adéquatement puisqu’il est paradoxal. De ce fait, toute réaction à ce message ne peut être que paradoxale elle aussi. La deuxième contrainte apparaît dans la paradoxalité du message.

    Il est évident qu’une injonction paradoxale qui m’est adressée par un inconnu dans la rue me causera un étonnement, voire un trouble mais il n’y a pas de risque pour qu’un symptôme apparaisse. Car il n’y a pas de répétitivité ni liens de pouvoir ou de dépendance.

    Une réponse impossible

    Ces modes de communication dysfonctionnels apparaissent dans les situations les plus courantes de la vie quotidienne

    Les messages se distinguent par leur simplicité, voire leur banalité. Ils s’inscrivent dans la quotidienneté et, isolés, ils n’affectent pas la relation ou de manière négligeable. Mais leur effet insidieux se révèle dès qu’ils deviennent un mode habituel de communication. Les symptômes peuvent se manifester de multiples manières : phobies, angoisses, hésitation permanente ou impossibilité à faire des choix, répétition de situations d’échec, perte de l’estime de soi, manque de confiance en soi, etc.

    Ce qui est à mettre en évidence, c’est la non congruence entre ce qui est communiqué et les messages qualifiant cette communication. Et leur répétitivité. La communication entre alors dans une situation de complexité. La non-congruence est problématique car c’est elle qui pose le paradoxe ; elle ne confirme pas un message, elle peut le nier. S’il est nié, je dois faire face à un paradoxe : qu’est ce qui est vrai dans l’énoncé ? Ce que j’ai entendu ou ce que j’ai perçu (si la contradiction s’exprime sur le mode non verbal) ? Qui croire ? Et que répondre ? Et surtout, suis-je en mesure de répondre ?

    Le psychologue P. Watzlawick illustre ainsi ce thème : « Il existe une manière utile et efficace de compliquer sa relation avec autrui. Elle consiste à offrir à son vis-à-vis le choix entre deux possibilités. Dès qu’il en choisit une, on peut lui reprocher de n’avoir pas choisit l’autre. Les experts de la communication appellent ce petit truc l’alternative illusoire. La structure en est d’une grande simplicité. Si le partenaire fait A, il aurait dû faire B ; mais, pour peu qu’il choisisse B, il aurait dû faire A. »

    Pour rendre conflictuelle une relation, que ce soit en famille ou au travail, il n’y a pas mieux ! Surtout quand les messages sont exprimés sur le mode verbal. Et surtout quand il est finalement reproché d’avoir « obéi » à la première injonction car, quoique l’on fasse, ce n’est jamais ce qu’il fallait faire. (ce peut être une technique de manipulation)

    Par exemple, imaginons une femme reprochant durement à son mari de ne jamais prendre de décision. Celui-ci, croyant bien faire, décide que les vacances se passeront au bord de la mer et réserve une location. Sa femme lui déclare alors : « Tu aurais au moins pu me consulter ! Tu sais bien que je préfère la montagne. ». On pourrait aussi supposer qu’elle lui dise : « Si tu m’aimais, tu inviterais ma mère avec nous pour les vacances ». Que doit faire alors le mari s’il n’aime vraiment pas sa belle-mère ? L’invitation de cette dernière conditionne-t-il son amour pour sa femme ? Et s’il l’invite, sa femme pourrait alors lui reprocher un manque d’intimité pendant la période des vacances ou n’importe quoi d’autre !

    Ou bien, supposons un homme demandant (ordonnant ?) à sa femme de travailler pour améliorer les finances du ménage puis lui reprochant, quelques temps après, d’être trop longuement absente et de ne pas s’occuper assez de sa famille. Ou enfin madame reprochant à son mari de ne pas lui témoigner assez de tendresse et, au moment où celui-ci vient l’embrasser « Mais fais donc attention ! Tu vois bien que je suis occupée! » .

    Les exemples sont multiples et on finit par devenir fou : on ne sait jamais ce qu’on doit faire ou ne pas faire, on ne sait plus ce qui est bien ou mal. A lire de tels exemples, on se dit : « Mais c’est pourtant simple : il n’y a qu’à recadrer l’autre et lui demander ce qu’il veut ! Ou le laisser se débrouiller seul puisque ça ne va jamais». Si c’était aussi simple….

    N’oublions pas certaines composantes de la double-contrainte : une relation intense, une répétitivité, un cadre dont on ne peut sortir. Rapidement, on ne sait plus quoi faire car tout est constamment brouillé de milles manières différentes. C’est un peu comme si, sous le poids de tous ces paradoxes, la pensée se paralysait. C’est simple quand on est extérieur à ce type relationnel. Quand on y est englué, on risque de l’être entièrement.

    Dans le domaine professionnel aussi…

    Gregory Bateson situait la double contrainte essentiellement dans le cadre familial et émis l’hypothèse que celui qui en est prisonnier peut développer des symptômes de schizophrénie. Cela a été remis en cause. Ce qui est sur, c’est qu’un tel mode de communication peut affecter gravement le psychisme de celui qui en est victime. L’indécidabilité qu’elle entraine rend dingue ! Elle affecte – parfois gravement – l’équilibre de celui qui la subit. En milieu professionnel, elle peut déboucher sur le burn out. Quelques exemples

    Imaginons un chef de service dans un hôpital reprochant à une infirmière de ne pas donner assez de présence aux malades pour lui reprocher quelques temps après de passer trop de temps auprès de quelques malades alors qu’il y en plein d’autres dont il faut aussi s’occuper. Que doit-elle faire ?

    Ou bien une personne ayant une telle charge de travail qu’elle ne peut plus y faire face. Les cadres et managers y sont souvent confrontés. Par exemple, un patron dit à un manager « Faites-moi des recherches approfondies sur tel sujet. J’en ai besoin de manière urgente ». Peu après, il ajoute : « Je vous rappelle que les dossiers X et Y doivent être terminés ce soir ». Là encore, que faire ? Les notions d’urgent et d’importants se bousculent. Le burn out trouve souvent son origine dans ce genre de situation, surtout quand elle se répète.

    Supposons aussi que vous travaillez dans une entreprise avec deux directeurs généraux. L’un d’eux vous dit que sur le dossier X, il veut tel résultat puis l’autre DG vient vous dire que sur le même dossier, il veut tel autre résultat. Que faites –vous ? En obéissant à l’un, vous vous exposez aux sanctions de l’autre. Vous pouvez toujours allez les voir en leur demandant d’accorder leurs violons mais ce n’est pas si évident à faire !

    Quelques pistes pour s’en sortir

    Comment sortir de cette spirale infernale ? On peut toujours décider de privilégier l’un des deux messages seulement mais on le fait avec le risque évident de se le voir reprocher puisque n’ayant, par définition, pas répondu à l’autre message qui possède la même force injonctive…

    Ce qui terrible, c’est que quand on est( « habitué » à ce genre de communication avec une personne, on n’arrive plus à en sortir, on n’y voit plus clair, on a l’impression d’être balloté au gré de ses humeurs. L’émotion ressentie, c’est la peur. Un peur constante qui brouille complètement l’analyse et la compréhension de la situation. Pour cette raison, la première chose à faire – et la plus difficile – est une prise de conscience : comprendre de qui se trame, comprendre le mode de communication (son processus et sa perversité) et comprendre ce que l’on risque si on ne change rien. Ce n’est qu’ensuite que l’on peut chercher des solutions.

    Voici quelques pistes à tester et qui ne sont que des pistes. Selon la force de la relation, selon sa propre personnalité, selon la durée pendant laquelle ces messages se sont télescopés, on peut y parvenir seul ou bien demander à se faire accompagner si cela devient vital.

    Sortir du cadre

    Le moyen le plus radical et le plus efficace mais souvent ….le plus impossible : mettre fin à la relation. Mais il faut pour cela ne pas être dans une situation de dépendance (affective ou professionnelle) et que donc, la cessation de cette relation n’engendre pas de nouveaux problèmes. Or, bien souvent, on est en dépendance….

    Sortir du cadre est salutaire si on y parvient. Mais comment fuir quand on est piégé dans un cadre ?.

    Dans une relation personnelle, on peut ainsi prendre conscience que le cadre dans lequel on est enfermé repose en réalité sur des croyances qui rendent prisonniers et qu’il est en fait possible de simplement partir. La croyance peut être par exemple de croire que l’on est redevable de quelque chose ou responsable d’une personne. On se met en relation de dépendance et on prend pour obligation de demeurer dans le cadre. On peut aussi croire qu’en quittant cette relation, on quitte un amour que l’on ne retrouvera jamais plus et que l’on sera malheureux pour l’éternité. Mais est-on réellement heureux dans un tel type de relation ? C’est alors qu’il importe de s’interroger sur le bien fondé de ces croyances.

    En milieu professionnel, c’est plus délicat. Demander une autre affectation ou quitter son entreprise ne se fait pas si aisément. Mais quand il y va de sa santé (psychique et/ou physique), la question mérite d’être abordée très sérieusement.

    Réduire l’intensité de la relation 

    C’est là une solution excellente mais….ô combien difficile ! En outre, plus la relation est intense, plus on est dans la dépendance et plus la crainte d’une sanction augmente. Dans bien des cas, lorsque rien ne va plus, la consultation d’un tiers peut devenir nécessaire pour prendre du recul et voir comment aborder différemment la relation, en diminuer l’intensité ou … s’en échapper.

    Demander des précisions

    Une prise de conscience salutaire est de comprendre le fonctionnement de la communication et ses incongruences et apprendre à distinguer les messages contradictoires. Toutefois, quand on est « habitué » à la double contrainte, on est dans une confusion rendant très difficile ou impossible de détecter les doubles messages. D’autant plus que l’un des messages, comme le disait Bateson, est à un niveau « plus abstrait » que l’autre. Il peut ainsi se situer dans le non-verbal et faire l’objet de plusieurs interprétations possibles. Un « bon manipulateur » fait cela à merveille ! Là encore, la vision éclairante d’un tiers peut être souhaitable, ne serait-ce que pour saisir les différents niveaux de communication..

    Si on parvient à détecter ces contradictions, la demande de précision consiste alors à demander lequel des deux messages doit être privilégié en mettant en exergue l’incongruence que l’on observe. On communique ainsi sur la communication ou sur la double contrainte que l’on expérimente. Il se peut que l’on mette alors un manipulateur en face de son jeu.

    Il se peut aussi que l’on fasse prendre conscience à une personne de sa manière de communiquer ; elle peut en effet n’être pas consciente qu’elle adresse régulièrement des injonctions contradictoires. En montrant à l’autre qu’il use d’un tel système de communication, on peut l’amener à cesser et donc à stopper l’un des éléments de la double contrainte : la récurrence.

    Tout l’enjeu est de ne pas laisser perdurer une relation conflictuelle. L’épanouissement de chacun ne peut se satisfaire de ces communications impossibles qui ne sont en rien constructives et, tout au contraire, peuvent gravement affecter notre équilibre.

  • Attention aux manipulateurs !

    Attention aux manipulateurs !

    La manipulation, tout le monde en parle. Notre époque, si encline à évoquer le bien-être, la paix sociale, l’amitié entre les peuples ou le développement de la conscience serait-elle aussi marquée par un plus grand nombre de personnes toxiques ? Ou y serions-nous devenus plus sensibles ?

    Chaque époque, chaque civilisation et chaque groupe humain a eut son lot de manipulateurs. En revanche, nous voici aujourd’hui plus à même de les reconnaitre et de déjouer leurs tactiques

    La demande indirecte 

    Vous connaissez le grand classique illustré par la demande indirecte : « Tu fais quelque chose demain soir ? » – « Euh…non, rien de spécial » – « Très bien, je viens te prendre à 20h pour…. » ou « Parfait! Tu viens diner chez nous».

    Nous sommes nombreux à nous faire piéger ainsi ! Car en disant « oui » à l’autre, combien de fois nous disons « non » à notre besoin. Et aller à l’encontre de son propre besoin entraine une sacrée insatisfaction !

    Il existe bien sur quelques parades :

    – technique de la question en réponse à une question. « Pourquoi me demandes-tu si je fais quelque chose demain soir ? ».

    – technique de la temporisation : « Je ne sais pas. Je dois regarder mon agenda. Je te rappelle plus tard »

    – technique du pourquoi : « Oui, je vois que j’ai déjà  un engagement demain. Pourquoi? ».

    Dans la première technique, on ne répond qu’en sachant de quoi il s’agit. Peut-être est-on un peu méfiant ? Dans les deux autres, soit ce que l’on dit est vrai et on prend le temps de la réflexion : que vais-je répondre ? Soit on sait très bien que l’on n’a rien de prévu mais la crainte de froisser (ou la sagesse) nous incite à préparer une argumentation.

    Mais, pense-t-on toujours à répondre autre chose que le piégeant – « Euh…non, rien de spécial » ?

    Nous-mêmes, si nous ne voulons pas manipuler autrui « à l’insu de son plein gré », nous pouvons tout simplement présenter la demande avant de la formuler. Par exemple : « J’organise un diner chez moi demain avec Untel et Unetelle. Es-tu libre pour te joindre à nous ? «

    De quoi s’agit-il ?

    Il n’est pas question ici de développer les divers aspects de la manipulation. Juste donner quelques pistes pour savoir prendre du recul afin conserver sa lucidité.

    L’objectif est d’éviter deux excès consistant soit à voir partout des manipulateurs et on tombe alors dans une méfiance dramatique pour les relations humaines, proche d’une certaine paranoïa. Le deuxième excès consiste à n’en voir jamais et on devient alors une « bonne poire » prête à se faire croquer à son détriment.

    Mais avant d’aller plus loin, définissons. L’influence et la manipulation sont souvent confondues. Qu’est-ce qui les différencie ? Le discours d’influence est celui du leader : il enthousiasme, il fait rêver, il donne envie de faire et nous avons quelque chose à y gagner. Nous savons de quoi il s’agit et nous agissons non pas sous la contrainte ou la peur mais parce que nous obtiendrons un avantage, un bénéfice qui nous plait et nous convient.

    Au contraire, le discours manipulateur est sournois et flou. Il vise à nous faire faire quelque chose que nous n’aurions pas accompli de nous-mêmes si nous avions su de quoi il s’agissait. Deuxième composante et non des moindres : ce quelque chose à faire sera à notre désavantage et au profit exclusif du manipulateur. C’est bien là le problème : nous perdons quelque chose. Par exemple ; on me donne 100 mais je me retrouve à devoir rendre 200 ou plus.

    On peut perdre beaucoup : des biens matériels ou financiers bien sur mais aussi l’estime de soi ou celle de personnes que nous aimons, voire dans certains cas notre saine raison (c’est le cas par exemple de la double contrainte sur laquelle j’écrirai plus tard). Dans tous les cas, nous perdons quelque chose qui nous est important et nous ne le savions absolument pas au moment où la demande ou la proposition à été formulée.

    Manipulateur, moi ?

    Nous avons tous, un jour, manipulé quelqu’un, sans trop nous en rendre compte. En règle générale, et si nous avons une éthique satisfaisante, ce n’était pas trop grave ni trop engageant et ce n’est pas non plus notre comportement habituel.

    Mais certains usent et abusent de ce procédé. Soit ils le font de manière inconsciente et cela révèle souvent une structure psychique (et éthique) passablement chancelante. Nous y trouvons par exemple ce que j’appelle « la victime professionnelle » : toujours à se plaindre, à ne pas savoir comment faire, régulièrement et même constamment en proie à la dureté des gens ou des évènements, elle suscite la pitié. Alors, pour l’aider, parce que nous avons un grand cœur, nous risquons de nous embarquer dans une aventure que nous aurions bien aimé ne pas connaitre si seulement nous avions su dès le départ de quoi il s’agissait et ce que cela allait nous demander en énergie, en temps, en argent, etc. Il faut donc être attentif au syndrome du Caliméro : Est-ce que je vois l’autre comme une perpétuelle victime ?

    Dans mes formations, nombre de cadres sursautent quand j’évoque « la victime professionnelle ». Le terme les interloque puis, très souvent, ils avouent : « Mais j’en ai une dans mon équipe ! Comment faire ? ». En fonction du contexte et des enjeux, plusieurs pistes sont alors possibles pour rétablir une harmonie.

    Et puis, il y a le manipulateur qui est conscient de ce qu’il fait et très au clair avec lui-même sur le gain qu’il espère obtenir à votre détriment (et que vous perdiez quelque chose ne le dérange guère). Il veut par exemple asseoir son pouvoir sur vous. Ou bien vous déposséder de quelques biens matériels ou financiers. Ou (cela est plus masculin en général mais il y a toujours des exceptions !), il souhaite obtenir un avantage sensuel ou charnel d’une personne. Les grands séducteurs, admirés comme tels, sont souvent des grands manipulateurs mais pas toujours. Certains sont réellement séduisants ! Quant au domaine de la politique, que ne promet-on pas pour grappiller quelques voix !

    Le manipulateur peut également vous voir vous engager dans un projet ou bénéficier de vos relations ou de vos compétences. Les possibilités sont innombrables. Mais en tout état de cause, une relation de manipulation est une relation gagnant (le manipulateur) / perdant (vous).

    Comment s’y prend un manipulateur quand on refuse ?

    Il va jouer très simplement sur deux types de cordes sensibles. Soit dans l’immédiat en provoquant une émotion désagréable : culpabilité, peur, tristesse, pitié, etc. Soit dans le futur en suggérant des conséquences très déplaisantes si nous continuer à refuser sa « proposition intéressante ».

    La peur est une émotion fabuleuse pour inciter quelqu’un à faire quelque chose. Regardez les assureurs : vous risquez d’être ruiné à vie s’il vous arrive telle chose. Souscrivez donc de suite le contrat X ! Et comme vous avez peur de ce qui pourrait vous arriver (suggestion de conséquences très déplaisantes), vous souscrivez. Certains vendeurs usent de même : « Si vous n’achetez pas ce bien maintenant, demain, il ne sera plus disponible » et là aussi, vous achetez immédiatement de peur que…. Les politiques encore : « Si rien ne change, il y aura accroissement du chômage, de l’insécurité, de l’injustice, des impôts, etc, etc. Votez donc pour moi ! ». Et dans nos relations intimes : « Si tu ne fais pas cela, je te quitte ». Aïe !

    Quand vous retrouvez face à une demande qui vous parait ressembler à une manipulation, sachez qu’il y a 2 indices à prendre en compte :

    1/ Est-ce que je me sens redevable ? Si oui, cela me convient-il ? Si non, faites un recadrage. Application du principe de bienveillance pour vous.

    2/ Est-ce que je me sens coupable ? C’est essentiel car la plupart du temps, dans nos relations personnelles, le sentiment de culpabilité est la 1ère arme de tout manipulateur.

    L’arme secrète du manipulateur : la culpabilisation

    Si on se sent coupable, on prend le risque de se retrouver dans la main du manipulateur qui va (au choix ou en mélange) :

    – vous rappeler tout ce qu’il a fait pour vous.

    – vous remettre en mémoire la qualité de votre relation.

    – vous rappeler qu’il vous a fait la même demande il y a un an et que vous aviez déjà refusé !

    – vous dire combien les « autres » (nommément ou pas) vont être déçus.

    – vous exposer combien vous être égoïste, indifférent aux autres, lâche, méchant, ignorant, etc

    – vous dire combien votre refus le rend perplexe, triste, déçu, ennuyé, catastrophé, etc

    Parade : recadrez le plus vite possible : « Le problème, à l’instant, n’est pas de savoir si je suis ceci ou cela (ou « si notre relation est remise ou non en cause » ou « si tu as ou non fait cela pour moi ») mais de savoir si je vais ou non à cette soirée. Comme je te l’ai dit, ma réponse est non ».

    De nouveau, il est important de ne pas tomber dans les deux extrêmes : ne jamais voir d’intention négative ou voir le mal partout.

    La technique fétiche du manipulateur : le flou

    Le manipulateur utilise beaucoup le flou car cela représente beaucoup d’intérêts pour lui.  :

    – il peut changer d’avis facilement. Comme il est flou, il va vous laisser interpréter ses propos et vous recadrer en prenant un air offusqué : « je n’ai jamais dis ça » et du coup, vous paraissez stupide. Ou encore : « Tu interprètes complètement mes propos » et vous voici coupable d’une erreur d’interprétation….

    Le flou va souvent de pair avec le fait qu’il ne termine pas toujours ses phrases ou utilise des formulations compliquées ou des mots tellement généraux, abstraits ou ambigus qu’ils peuvent avoir plusieurs significations différentes. Avec le flou, il se laisse ainsi une marge de manœuvre. Vous supposiez qu’il fallait aller à droite et il vous reproche de ne pas avoir été à gauche (ou inversement)

    – il peut se déresponsabiliser. En effet, grâce à ce flou, il ne s’engage pas et n’est jamais responsable. C’est toujours vous le fautif. Par exemple, « On devrait faire telle chose » mais sans précision quant à la date et plus tard, il vient vous reprocher votre inaction :  « Quoi ?!!! Tu n’as rien fait ? »

    – il se donne un pouvoir qu’il n’a pas en laissant croire que…. . Par exemple, il commence l’évocation d’un secret mais sans tout dire : « Je sais que X a fait quelque chose d’incorrect mais bon, je ne peux pas t’en dire plus, ça engage trop de personnes ». Se donner de l’importance et du pouvoir dans ses relations et connaissances lui est important, surtout s’il peut vous faire passer pour quelqu’un qui ne connait personne ou pas grand-chose : « Comment ? Tu ne connais pas Untel ou le produit xxx ? Mais tout le monde sait ça ! ». Il prend ainsi un ascendant sur vous, surtout si cela se passe devant témoins. Il n’hésitera pas, pour cela, à utiliser un vocabulaire très spécifique ou très technique, que vous ne maîtrisez pas, évidemment, pour que vous passiez pour un ignorant.

    Pour accroitre son importance et sa mainmise sur vous, il laisse entendre qu’il connait beaucoup de choses ou des gens hauts placés et qu’il est donc lui-même une personne importante et/ou pouvant agir très fortement. Combien de manipulateurs ne connaissent pas « personnellement » tel homme d’affaires, tel artiste ou tel ministre !

    Deux parades

    Prenez le temps de comprendre ce que vous ressentez. Si on vous fait une proposition « géniale » et que vous ne vous sentez pas motivé ou ressentez comme un vague malaise, alors reprenez la technique de la temporisation en début d’article, souvent très salvatrice !. « Je termine ce que j’ai à faire et je reviens t’en parler »

    Si vous sentez coupable de quelque chose et que cela vous empêche de dire « non », attention : Il se peut que ce soit une manœuvre de déstabilisation pour emporter votre « oui » malgré vous.

    Parmi plusieurs parades, en voici deux que vous pouvez tester :

    1/ La première est d’apprendre à dire un mot très bref mais l’un des plus difficile à prononcer: « non »  et ce, à cause de l’émotion gouvernant cette difficulté : la peur (peur de blesser l’autre, de le mettre en colère, de paraître désagréable, etc). Il n’est pas utile de le dire durement. Etre assertif et être agressif ne sont pas des synonymes !

    Vous n’avez pas à vous justifier et dites « non » lorsque l’engagement qui vous est demandé ne vous convient pas du tout. Il ne s’agit pas de devenir le médaillé olympique du « non »: Il s’agit de faire respecter votre personne, vos besoins, vos envies et ne pas être le jouet des envies d’un autre

    2/ La deuxième consiste à sortir du domaine du flou pour entrer dans la précision et de la clarté. Vous ne pouvez répondre « non » que si vous êtes certain de bien comprendre ce qu’on vous demande ! Sinon, demandez des explications. Et de savoir également ce que vous voulez.

    Comment sortir du flou ?

    Si ses phrases vous paraissent ambigües et évasives, reformulez dans vos termes à vous et demandez une validation : « Ce que tu me dis, c’est bien cela ? »

    Amenez-le à être précis : « Qu’est ce que tu veux dire exactement ? », « Qu’est ce que tu attends de moi précisément et concrètement ? ». Cers adverbes sont importants et voyez si la réponse donnée répond bien (ou pas tout à fait…) à votre demande. Vous pouvez ensuite reformuler et demander une validation.

    Recadrez et obligez-le à répondre si vous sentez qu’il vous « promène » : « Ce que tu dis est sans doute intéressant et on verra ça plus tard. Mais ma question est : xxxxx et j’aimerais que tu y répondes maintenant ».

    Et quoi d’autre ?

    La manipulation est un sujet très vaste. Cet article ne peut avoir comme ambition d’en cerner chaque aspect mais d’alerter en incitant à se reconnecter ce que l’on ressent. Au cours ou à la fin d’un entretien, interrogez vous : comment je me sens ? Si jamais vous vous sentez coupable de quelque chose, soyez (très) vigilent !

    Il existe de nombreux ouvrages sur la manipulation. Certains sont très bons, d’autres le sont un peu moins. Si vous souhaitez en savoir davantage, je vous en conseille deux en particulier

    « Les manipulateurs sont parmi nous » de Isabelle Nazare-Aga – Ed. L’Homme, 2013 : Un très bon livre, très aisé à lire et qui donne une excellente description du processus de manipulation, offre des outils pour détecter les manipulateurs et pour y faire face.

    « Échapper aux manipulateurs : Les solutions existent ! » de Christel Petitcollin – Ed. Guy Tredaniel, 2007 : Dans un style toujours agréable, Christel livre là Un excellent ouvrage qui apprend à reconnaître les manipulateurs en détaillant bien ce qu’ils sont ainsi que la manière dont ils s’y prennent pour faire naitre la culpabilité et pour mettre quelqu’un sous leur emprise sans que l’on ne s’en rende compte. De manière très utile, sont détaillés différents moyens pour se sortir de cette emprise.

     

    Face aux manipulateurs, il importe de ne pas tomber dans la paranoïa et de savoir se faire respecter. Il y a va de l’harmonie de nos vies et de nos relations !

     

  • Le bonheur humain

    Un simple coup d’œil nous fait découvrir deux ennemis du bonheur humain : ce sont la douleur et l’ennui.

  • Apprendre à sourire

    Apprendre à sourire

    Prendre soin de soi recouvre infiniment d’actions et « techniques ». Le sourire en fait partie. Il est d’une grande importance dans nos relations avec les autres… et avec nous-mêmes.

    Comment se porte le sourire ?

    « Le sourire se porte été comme hiver ; tout devient gris quand on le perd » chantait Salvatore Adamo : il illumine autant le visage qui l’exprime que la personne à qui il s’adresse.

    C’est une expression qui tend des muscles aux deux coins de la bouche et autour des yeux. Dans un sourire, ce sont 17 muscles qui travaillent ensemble et simultanément. Ce qu’exprime le sourire est le plus souvent le plaisir, le contentement, la joie l’amusement mais il lui arrive également de désigner l’ironie.

    Le psychologue américain Paul Ekman, l’un des pionniers à étudier les émotions dans leurs relations aux expressions faciales, en a souligné le rôle social. Il a donné une explication fondée sur les micro-expressions du visage où il distingue deux types de sourires : le vrai, involontaire, qu’il nomme aussi sourire de Duchenne et le faux, volontaire qu’il nomme également sourire social ou sourire Pan American.

    Pourquoi « sourire de Duchenne » ? Un siècle auparavant, vers 1850, le neurologiste Duchenne de Boulogne réalisa des expériences sur l’expression faciale de l’émotion et nota que la différence entre un vrai sourire et un sourire forcé réside dans la contraction non seulement du zygomatique mais aussi d’un muscle situé autour des yeux : l’orbicularis oculi.

    Vers 1980, Paul Ekman confirma ces résultats : nous serions quasiment incapable de contracter volontairement cet orbicularis oculi et en tout cas, pas de chaque côté au même moment. Dans le sourire volontaire ou forcé, seul le zygomatique serait contracté. La perception de cette micro-expression permet de savoir si la personne est dans la sincérité ou la façade.

    Les empreintes culturelles importent, même dans le sourire. En effet, si le sourire volontaire est également nommé sourire social ou sourire Pan American, c’est qu’aux Etats-Unis, il doit montrer aussi bien les dents du haut que celles du bas. Il suffit de regarder certaines affiches de publicité ou des photos de « stars » pour s’en apercevoir.

    Dans la culture européenne, française entre autres, ce type de sourire est perçu comme factice car trop appuyé. Il donne l’impression d’une publicité pour dentifrice et est reçu comme non sincère. Pour un américain lambda, le sourire d’un français, plus mesuré, apparaîtrait probablement comme gêné, emprunté, et ne témoignant donc pas de sentiment ou d’émotion suffisants. La micro-expression dont parle Ekman a toute son importance, bien que perçue inconsciemment. Car, en plus du sourire en tant que tel, il y a tout ce qui l’accompagne et que nos « capteurs » détectent : attitude globale, posture, regard, pertinence du geste dans la communication, etc.

    Les bienfaits du sourire

    Pour reprendre la chanson de Salvatore Adamo, « Le sourire ne coûte que le plaisir de l’offrir» et c’est bien là que se trouve sa puissance. Dans le même ordre d’idée, l’écrivain et journaliste Raoul Follereau (connu aujourd’hui en France pour la fondation qui porte son nom afin de lutter contre la lèpre et la pauvreté) écrivait : « Un sourire ne coûte rien et produit beaucoup. Il enrichit celui que le reçoit, sans appauvrir celui qui le donne ».

    Ces mots sont essentiels : en souriant à l’Autre, nous lui faisons un cadeau. Cadeau d’un instant mais qui enrichit aussi celui qui donne. Quand on ne sait plus sourire, on entre alors en grande pauvreté, témoin d’une souffrance et il est nécessaire d’en recevoir pour réapprendre. Un vieux proverbe chinois l’exprime parfaitement : « Nul n’a plus besoin d’un sourire que celui qui n’en a plus à offrir ». Donner un sourire à quelqu’un qui l’a perdu, c’est faire preuve d’une belle générosité et dont la valeur vient de ce qu’il se donne.

    Cultiver son propre bien-être demande aussi de développer celui des autres. Le sourire en est la première pierre sur laquelle s’échafaude notre contentement. Il est une joie offerte ; offrir cette joie n’est possible que si on l’éprouve soi même et plus on en donne, plus elle s’accroit. Mère Teresa disait avec infiniment de justesse : « Nous ne saurons jamais tout le bien qu’un simple sourire peut être capable de faire»

    Dans son Journal, Jules Renard notait cette jolie phrase : « Rides, des sourires gravés». Dans une époque où les crèmes anti-rides sont constamment vantées, n’oublions pas que beaucoup de celles parsemant un visage sont la trace des sourires d’autrefois ; ce sont les plus belles.

    Il est si simple et agréable d’adresser un sourire quand on dit bonjour, quand on remercie, quand on demande quelque chose, quand on quitte quelqu’un. En relation professionnelle ou amicale, dans un magasin, au restaurant ou un transport en commun, il est le sésame qui ouvre bien des portes. Même au téléphone, effectué avec sincérité, il « s’entend » et influe légèrement mais positivement la tonalité de la voix.

    Il favorise les relations, à telle enseigne que spontanément, nous allons bien plus facilement vers une personne souriante que vers celles qui sont renfrognées. Et les personnes sincèrement souriantes sont réellement beaucoup plus belles et séduisantes.

    Une dernière citation pour achever ces quelques lignes sur le sourire et ses bienfaits. Elle est de l’Abbé Pierre et son énoncé même prête déjà à sourire : « Un sourire coûte moins cher que l’électricité, mais donne autant de lumière. ».

    S’il y a des exercices de musculation quotidien à effectuer, ce sont ceux qui favorisent les zygomatiques et l’orbicularis oculi !

    Rien n’est plus triste qu’un visage qui ne sait plus sourire.

  • Tout change, sauf le changement

    Tout change, sauf le changement

    Parfois, il en est des mots ou des expressions comme des beaux paysages. La première fois, ils nous émerveillent et puis, l’habitude s’installant, on n’y prête, hélas, plus l’attention qu’ils continuent de mériter.

    Il en est ainsi du mot « changement » qui, à force d’utilisations, s’est banalisé : on le rencontre partout, il est devenu presque vide de sens, on ne sait plus trop à quoi il correspond.

    Vouloir, c’est pouvoir dit le proverbe. Eh bien non ! Si on ne sait pas ce qu’on veut, on ne peut pas grand-chose. Et si le proverbe était toujours vrai, que de choses s’accompliraient !

    Changer le changement

    On peut dire que le changement est au cœur de nos vies, de la Vie. Beaucoup de penseurs l’ont exprimé. Bouddha : « Il n’existe rien de constant si ce n’est le changement ». Héraclite : « Rien n’est permanent, sauf le changement ». Démocrite : « Le monde est changement ; la vie, remplacement ». Karl Marx : « Les philosophes ont seulement interprété le monde, ce qui importe, c’est de le changer.». Emmanuel Kant : « Seul le permanent change ». Nietzsche : « la croyance que rien ne change provient soit d’une mauvaise vue, soit d’une mauvaise foi. La première se corrige, la seconde se combat ». Machiavel : « Un changement en prépare un autre ».

    Arrêtons-nous là ! Et retenons qu’un changement est un processus continu et que chaque changement, même réussi, n’est qu’une étape.

    Prenons toutefois le temps de nous y attarder quelques instants. Il est au cœur même du processus d’évolution. Alors, que recouvre-t-il ?

    Une définition pour commencer :
    « Changement : action, fait de changer, de se modifier en parlant de quelqu’un ou de quelque chose » (Larousse).
    « Changer : 1/ : remplacer quelqu’un ou quelque chose par quelqu’un ou quelque chose d’autre. 2/ Rendre différente, modifier. 3/ Faire passer d’un état à un autre ; transformer ». (Larousse)
    Pourquoi voulons-nous du changement ? Pour passer d’un état que nous jugeons non satisfaisant à un état correspondant à ce que nous désirons. Pour le dire de manière abrupte : nous voulons autre chose que ce qui est. Si ce qui est devient suffisamment intolérable.

    Pertes et bénéfices.

    Le changement ne s’active que si ce que l’on vit est ressenti comme une insatisfaction et que l’on espère, en changeant, découvrir des bénéfices actuellement absents.

    Néanmoins, d’autres bénéfices, plus cachés parfois, existent. Ne pas changer permet par exemple de ne pas avoir à affronter sa peur d’aller face à une situation qui nous inconnue. Cela permet donc de ne pas modifier un équilibre constitué par des règles et des repères qui nous sont familiers. « Tu sais ce que tu quittes mais tu ne sais pas ce que tu vas trouver » entend-on dire parfois.

    Quand notre cadre habituel de fonctionnement se trouve remis en cause, il y a comme une rupture d’équilibre. Ca peut être déstabilisant. L’inconfort de ce que l’on vit est compensé par la sécurité d’une habitude. D’où la grande difficulté de déterminer ce que l’on veut.

    Le point de bascule, c’est ce rapport entre les bénéfices actuels et ceux escomptés. Si ceux d’aujourd’hui ne sont plus assez puissants ou ont disparu, l’insatisfaction devient telle que l’on veut alors changer ce qui est. Et parfois, quelqu’en soit le prix ! Encore faut-il savoir que nos points de repère seront modifiés et cela, il faut bien l’accepter. L’inverse existe aussi et on peut ne pas vouloir changer même si la situation actuelle est très inconfortable car le changement ferait perdre quelque chose à laquelle on tient infiniment, que cela soit conscient ou pas.

    Par exemple, si ma croyance est « il ne faut se fâcher avec personne », je peux accepter de subir une relation difficile plutôt que d’y mettre fin. Ma croyance est ici corrélée à une valeur comme l’humanisme, la bonté ou « la paix dans les ménages » ! Respecter ma valeur devient alors plus important même si c’est quotidiennement douloureux et même si mon entourage, qui ne partage pas la même croyance ou ne la vit pas avec la même émotion ne comprend pas que je ne change rien. Je peux aussi avoir un autre bénéficie en ne changeant rien : je peux continuer à me plaindre et solliciter ainsi l’attention des autres et leur apitoiement sur mon pauvre sort !

    Tout changement se base avant tout sur nos valeurs et nos croyances et est appréhendé en fonction de notre individualité.

    Le problème n’est pas savoir si nos croyances sont justes, vraies, intelligentes ou délirantes mais de savoir si elles nous conviennent ou ne nous conviennent pas. Tel est l’enjeu et la difficulté.

    Autre chose que ce qui est.

    L’homéostasie, c’est cette capacité à conserver l’équilibre d’un fonctionnement malgré la présence de contraintes extérieures. Certaines personnes sont ainsi tenaillées entre la volonté de changer ce qui est et… la peur de quitter ce qui est. En gros : « Changez tout mais ne changez rien ! ».

    On voudrait que tout change autour de nous comme nous le souhaiterions mais que pour nous-mêmes, tout continue de la même manière. On voudrait rester immobile alors que tout bouge. Autant vouloir naviguer sur la terre ferme pour ne plus subir les mouvements de la houle de l’océan ! Mais ne rien changer et vouloir que tout demeure identique alors tout change autour de nous, cela ressemble u peu ….à la quadrature du cercle.

    Gandhi nous avait pourtant prévenus : « Soyons le changement que nous voulons voir dans le Monde ». Tout commence donc par nous-mêmes plutôt que de demander aux autres de modifier ce qui ne nous plait pas. Et on retrouve le fameux « Vouloir, c’est pouvoir ». Facile à dire mais pas facile à mettre en œuvre.

    Autre chose que ce qui est. Oui, mais quoi et comment ? Déterminer le « quoi » de manière précise, réaliste et atteignable n’est pas si évident. Le « comment » peut l’être encore moins ! Avoir sur soi-même et sa situation le recul nécessaire est loin d’être aisé. En effet, le changement ne s’improvise pas et le fait de vouloir, s’il est nécessaire, n’est pas suffisant. Un certain nombre d’éléments sont à prendre en compte, ne serait ce (cela parait évident et cependant…) que de savoir précisément ce que l’on veut ! Et de savoir aussi ce que l’on perd car tout processus de changement implique des modifications irréversibles. Il y a toujours la perte de quelque chose. Cette perte n’est acceptable que si l’insatisfaction ressentie dans la situation présente n’est réellement plus acceptable. Et que par voie de conséquence, le changement rapproche de ce à quoi on aspire profondément.

    Avant toute prise de décision importante, il y a donc quatre questions auxquelles nous nous devons de répondre :
    – Si je change : qu’est ce que je gagne et qu’est ce que je perds ?
    – Si je ne change rien : qu’est ce que je gagne et qu’est ce que je perds ?

    Tout changement se décide ainsi sur une balance dont l’un des plateaux contient la perte et l’autre le gain. Il est fonction de l’appréciation subjective et de l’attachement que l’on en a. Autrement dit, il est une réponse à la situation de crise rencontrée.

    Carl Rogers disait : « La vie, dans ce qu’elle a de meilleur, est un processus d’écoulement, de changement où rien n’est fixe ».

    A chacun de déterminer ce qu’il y a de meilleur pour lui.

    En lucidité et sérénité.