Femme Actuelle : Voir l’Article sur « Déjouer les Pièges du Développement Personnel »
Catégorie : Article Psychologie
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Faire des promesses à nos enfants (2ème partie)
Une promesse qui n’a pas été tenue fait s’écrouler un rêve. Nous ressentons dépit, frustration, déception ou colère quand une promesse faite s’évapore. C’est la raison pour laquelle il est primordial d’accueillir l’émotion de l’enfant et ne pas faire comme si ce qu’il ressentait n’avait pas d’importance.
Accueillir l’émotion
Accueillir, c’est reconnaître à l’enfant la légitimité de ce qu’il ressent. Nous même, quand quelqu’un ne respecte pas une promesse faite, nous ressentons les mêmes émotions et ne supportons pas qu’elles soient balayées. Nous en voulons d’ailleurs à celui qui a trahit. Il n’y a donc pas quelque chose qui soit essentiel pour le parent et négligeable pour l’enfant. Imaginez simplement que le cadeau que vous avez promis de faire à votre enfant correspond, dans un autre contexte, à la promesse d’une promotion ou d’une augmentation que vous aurait fait votre patron.
Une promesse non tenue…. A dire ….et à ne pas dire Je suis désolé de te faire de la peine Moi aussi je n’ai pas toujours ce que je veux Ce cadeau était important pour toi Tu en auras d’autres des cadeaux Je vois que tu es déçu Regarde tout ce que tu as déjà. Il y a des enfants qui n’ont rien. Je te sens triste Tu ne vas quand même pas en faire un drame C’était important pour toi. Ce n’était que…. Il y a des choses plus graves dans la vie. Je te propose que nous allions acheter ce cadeau maintenant ou demain Pour la peine, je t’en achèterai deux Comment faire pour « réparer » ?
S’il vous arrive de promettre et de ne pas pouvoir tenir votre engagement, voici les attitudes qu’il est préférable d’adopter :
- Ne pas culpabiliser à outrance. Une promesse peut ne pas être tenue à cause d’un imprévu qui vous en a réellement empêché ou parce que vous avez oublié.
- S’excuser : c’est à la fois reconnaître la déception de l’enfant et dire que l’on est peiné d’en être la cause
- Expliquer : donner une explication en décrivant la réalité sans inventer un prétexte.
- Rassurer : insister sur le fait que si la promesse n’a pas été tenue, c’est à cause d’une circonstance extérieure. Cela permet à l’enfant de comprendre que ce n’est pas parce qu’on ne le respecte pas, lui et/ou ses demandes.
- S’engager : lui dire que la prochaine promesse sera tenue et il est indispensable qu’elle le soit sinon, le climat de confiance sera brisé.
Une promesse tenue autrefois ne compense pas.
Un enfant ne tient pas une comptabilité de ce qui a été respecté ou pas et ne va compenser les – par les +. Le fait d’avoir tenu ses engagements dans le passé ne compense pas, pour l’enfant, un oubli et il donnera une extrême importance à ce qui n’a pas été tenu. Il n’y a pas pour lui de « système compensatoire ». Or, il arrive que ce ne soit pas tenu et c’est pourquoi le fait de s’excuser et d’expliquer a autant d’importance.
Les promesses non tenues sont autant de mensonges et de paroles non impeccables : elles offrent quelque chose puis le retirent, elles font miroiter un avenir puis l’annulent. Un refus est préférable à une promesse non tenue. Pour autant, et comme tout parent, cela vous est arrivé, n’est-ce pas ? De nouveau, ce qui peut faire des dégâts chez l’enfant, c’est quand ces types de comportements arrivent fréquemment. « Examine si ce que tu promets est juste et possible, car la promesse est une dette »disait Confucius.
Pour en savoir plus, voir « La pratique des accords toltèques avec vos enfants » de Xavier Cornette de Saint Cyr , éditions LEDUC.S, 2019
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Faire des promesses à nos enfants (1ere partie)
La promesse fait rêver. Avec nos enfants, il nous arrive à tous d’en faire et…. de les oublier ou de ne pas les tenir. Même si nous avons d’excellentes raisons, il n’en demeure pas moins que l’enfant se sent trahi ; c’est comme si on lui brisait la boite à rêves qu’il venait de se construire. Voyons ensemble ce qu’il est possible de faire et de ne pas faire.
« Tu m’avais promis que…. »
Ne pas respecter la promesse faite à un enfant a plusieurs conséquences négatives pour lui. Si sa confiance en lui n’est pas suffisamment structurée, il peut même se sentir indigne de ce qui lui a été promis. Quand cela arrive une fois et sur quelque chose qui n’est essentiel pas pour lui, ce n’est pas dramatique si on prend le temps d’en expliquer les raisons. Mais si ça se reproduit ou si ça touche un point auquel il accordait une importance extrême (et beaucoup de promesses sont très importantes !), il se méfiera désormais de ce que l’on dit et aura peur de faire confiance.
Promettre, c’est assurer que l’on prend un engagement pour le futur, lequel peut être très proche (tout à l’heure, dans 10 minutes) ou plus lointain (le week end qui arrive ou les prochaines vacances). Mais dans tous les cas, il y a quelque chose d’enchanteur qui se dessine pour l’enfant ; son imagination se met en route et il découvre que le futur peut être quelque chose de très agréable, lui donnant envie de s’y projeter.
Si nous ne tenons pas notre promesse, abandonnons nos regards d’adulte et voyons ce que cela représente pour l’enfant. Au-delà de sa déception, il découvre que la parole de ses parents peut être incohérente alors qu’il a besoin de bâtir une harmonie entre ce qui est et ce qui va être.
Pire, il découvre qu’elle peut ne pas être fiable et qu’il ne peut pas se fier même aux personnes auxquelles il accorde le plus de confiance. A quelles autres personnes est-il alors possible de se fier ? Rien de tel pour faire naître un sentiment de défiance envers chacun, accompagné d’un sentiment d’angoisse.
Et enfin, est-il si peu important lui-même, occupe-t-il une place si insignifiante que ses propres parents ne daignent pas faire l’effort de tenir leur promesse ?
Si on lui répond, pour cette promesse non tenue, que « ce n’est pas grave », il perçoit que ses propres besoins n’ont aucune importance pour d’autres. C’est pour cela qu’il ne faut pas considérer l’évènement en question avec notre regard d’adulte mais avec celui de l’enfant.
Le respect de la parole donnée
S’il pique une grosse colère car il estime qu’on lui a menti et qu’on l’a trahi, c’est sa manière de dire : « Respectez donc votre parole ! ». Une réponse sèche comme « Arrêtes tes caprices » lui envoie alors ce message : exprimer une émotion qu’il estime légitime ne doit pas se faire. Il risque de se retrouver avec juste deux options :
- soit dissimuler ce qu’il ressent, quitte à intérioriser ses tempêtes émotionnelles avec les toutes conséquences négatives que cela engendrera,
- soit devenir suffisamment manipulateur pour obtenir ce qu’il désire.
En tout état de cause, et si de tels manquements se reproduisent régulièrement, le pacte de confiance qui s’était établi entre lui et ses parents est détruit. Comme toutes nos relations avec autrui présupposent une confiance pour qu’elles soient constructives, on imagine aisément ce qu’il en est si on en vient à devoir se méfier de tout et de tout le monde.
Tout cela est valable, quel que soit l’âge de votre enfant. Tenir sa promesse présente des avantages.
- Rassurer l’enfant sur l’avenir : celui-ci peut devenir source de joies
- Donner l’exemple : respecter un engagement confère plus de poids aux paroles prononcées
- Montrer l’importance de ne pas s’engager à la légère : quand on promet, cela doit être pesé car il y a un effort à accomplir pour maintenir sa décision
- Développer la congruence : accord entre ce qui est dit et ce qui est fait.
- Assoir son autorité : quand une chose est dite, elle est suivie d’effets.
- Renforcer le lien de confiance : le parent est et demeure La personne de confiance
Dans un prochain article, nous verrons comment « réparer » ce manquement.
Pour en savoir plus, voir « La pratique des accords toltèques avec vos enfants » de Xavier Cornette de Saint Cyr , éditions LEDUC.S, 2019
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Ayons une parole impeccable avec nous-même !
Le premier des accords toltèques déclare : « Que votre parole soit impeccable » que nous pourrions traduire par : « Que votre parole soit respectueuse et bienveillante« . C’est là son sens essentiel.
Don Miguel Ruiz, l’auteur du livre « Les 4 accords toltèques » nous prévient d’emblée : « Le premier accord toltèque est le plus important et aussi le plus difficile à honorer ». Pourquoi ? Parce que la parole est le principal véhicule que nous utilisons pour exprimer ce que nous pensons. Elle est la base de nos interactions avec les autres : en nous permettant de communiquer, elle nous permet d’entrer en relation avec nos semblables.
Les problèmes commencent donc lorsque notre message n’est pas correctement transmis et reçu, ce qui arrive bien plus souvent que nous n’en avons conscience, même par écrit. Les problèmes existent également quand nous nous parlons négativement. Parfois, nous n’accepterions pas que quel qu’un nous parle comme nous nous parlons à nous-même !
Un message aux multiples sens
Comprenons déjà qu’un mot n’est pas seulement un son. Il a d’abord un sens : qu’est-ce qu’il veut dire ? Et surtout : qu’est-ce qu’il veut dire pour moi, pour toi, pour lui, pour elle, pour eux ? Demandez à votre entourage de définir les mots « amour », « liberté », « Dieu », « bonheur », « intelligence ». Vous allez vite constater que tout le monde ne comprend pas les mêmes mots de la même manière !
Par ailleurs, un mot englobe bien souvent une dimension affective, émotionnelle, qui diffère d’un individu à l’autre : il nous suggère une image, une idée, parfois un souvenir particulier, un événement de notre passé, une personne que nous avons appréciée ou qui nous a maltraités, etc. Entendus ou prononcés, ces mots-là sont chargés d’un vécu personnel ou d’une interprétation particulière, connus de nous seuls. Il peut ainsi nous arriver de blesser une personne sans aucune intention malveillante car nous ignorions que tel mot ou telle expression avait telle résonance affective.
Un pouvoir créateur
Les mots ont en outre un grand pouvoir dont nous n’avons pas toujours conscience : celui de créer une réalité. Ce pouvoir opère également avec ce que nous nous disons à nous-mêmes. Quand nous nous répétons : « La vie est difficile », « Mon métier n’a aucun intérêt », « Je ne suis pas capable de… », chaque fois toujours plus, nous allons avec la force de l’habitude nous convaincre que c’est vrai. Comme des sortes de mantra qui créent ainsi des croyances. Puis, nos comportements se calquent dessus et leur donnent réalité. Ainsi, au premier événement « négatif » qui survient (ou que nous vivons de manière négative), nous l’interprétons aussitôt en accord avec nos croyances : « Je l’avais bien dit que la vie est difficile ou que je n’étais pas capable de ceci ou de cela ! ». En auto-validant ainsi notre croyance, nous créons une réalité simplement à partir des mots que nous avons employés. C’est dire leur pouvoir !
Une parole impeccable
Les croyances qui découlent de nos mots sont tellement puissantes qu’après les avoir auto-validés un certain nombre de fois, elles s’ancrent au plus profond de nous et deviennent difficiles à déloger. Si elles sont négatives, elles vont à l’encontre de notre développement et de notre bien-être. Nous leur avons donné le pouvoir de nous empêcher d’évoluer ou d’être nous-mêmes.
Mais, heureusement, ce processus fonctionne tout aussi bien dans l’autre sens : nous pouvons nous répéter avec la même conviction que notre vie est agréable, que notre métier nous apporte des satisfactions, que nous sommes capable de faire ceci et de réaliser cela, etc. Dès lors que c’est réaliste et que nous percevons ces paroles avec notre mental et avec nos « tripes », nous restaurons notre mieux-être. Il faut juste être attentif à distinguer la pensée positive qui regarde aussi ce qui va bien de la pensée magique qui refuse d’accepter ce qui ne va pas.
La façon que nous avons de nous exprimer possède donc un pouvoir que nous avons la responsabilité de maîtriser pour en user avec bienveillance et que notre parole demeure impeccable (du latin impeccabilis, « qui ne commet pas de faute », et, par extension, « qui ne faillit pas », « parfait », « correct »), c’est-à-dire qu’elle ne doit pas « commettre de faute », ne pas faire de mal, ne pas nuire, ne pas blesser, ni dans son intention, ni dans son expression.
Une parole pour se respecter soi-même
Ce premier accord est donc une invitation à respecter l’autre par sa parole, à tendre à l’élever plutôt qu’à le rabaisser. Mais pour cela, il faut d’abord le faire avec soi-même. Cela exclut donc les pensées ou propos désobligeants que nous avons sur nous. Tous les « Je suis nul », « Je ne saurai jamais », « Je n’ai pas telle qualité », « Je n’arrive à rien de bien », etc. nous esquintent et distillent leur poison. Non seulement nous souffrons d’être ce que nous croyons être, mais peu à peu, à force de ne pas s’apprécier, il devient difficile de supporter son environnement et lentement, on finit par en vouloir aux autres, à tous les autres. Bref, rien ne va jamais et l’on souffre d’un isolement que l’on a soi-même créé.
Chaque fois que nous avons une parole négative envers nous-même :
- Nous générons une émotion également négative ;
- Nous forgeons et renforçons une croyance sur le peu de valeur que nous nous supposons avoir ;
- Nous nous persuadons de la « réalité négative » de notre parole ;
- Nous blessons (et parfois détruisons) notre estime de nous et notre confiance en nous.
Bien sûr, il peut nous arriver de pester contre nous-même. C’est normal, c’est humain. Mais lorsque ces critiques envers soi sont récurrentes, nous tombons peu à peu soit dans un cynisme noir (« Je ne vaux rien et les autres pas davantage »), soit dans un mal-être qui ne prend jamais fin ; nous voilà constamment « le moral dans les chaussettes », râlant en permanence et passant peut-être (sûrement) à côté de notre vie et des autres. Que de conséquences négatives pour de « simples » mots, n’est-ce pas ?
À l’inverse, lorsque nous nous respectons en harmonie avec qui nous sommes, alors nous pouvons nous ouvrir aux autres, les respecter, les estimer et les accepter pour ce qu’ils sont.
Oscar Wilde le résumait ainsi : « S’aimer soi-même est le début d’une histoire d’amour qui durera toute une vie. »
Notre parole est impeccable quand elle n’est dirigée ni contre soi ni contre les autres. Elle devient alors créatrice d’harmonie.
Pour en découvrir davantage et une étude plus approfondie, voir Xavier Cornette de Saint Cyr « Les accords toltèques au quotidien », Ed. LEDUC.S, 2017
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Notre rapport à l’autre en équilibre
Le rapport affectif peut-être source d’épanouissement et de bonheur. Hélas, il peut aussi être la cause de beaucoup de souffrances et d’anxiétés.
Quand vous vous sentez perdu sans l’autre ou s’il vous manque dès qu’il s’absente, quand vous ne refusez jamais ce qu’il vous demande et en arrivez à tout lui pardonner, même ses injustices ou ses duretés, au nom de votre amour (et par crainte, en fait, que la relation ne cesse), alors vous êtes peut être dans ce que l’on appelle la dépendance affective. Il ne peut être question ici d’en aborder tous les contours, juste de souligner certains points.
S’aimer soi-même
Le manque de confiance en soi et le manque d’amour pour soi en sont des causes majeures. Il est alors essentiel d’apprendre à se respecter, à s’aimer soi-même et à retrouver de l’estime de soi. Il s’agit de trouver une liberté qui permet d’oser être soi-même.
Nous retrouvons un schéma analogue chez les personnes acceptant une relation qui leur est toxique mais affirmant que leur amour pour leur partenaire changera celui-ci . Quand nous observons tout cela, nous ne pouvons que nous interroger : n’est-ce pas de la folie que de demander à d’autres le bonheur que nous ne savons pas ou ne pouvons pas nous donner à nous-mêmes ? N’est-ce pas pure illusion que de s’imaginer le pouvoir de changer quelqu’un ? Une fois de plus revient la distinction majeure de ce qui dépend ou pas de soi. « Le vrai bonheur ne dépend d’aucun être, d’aucun objet extérieur. Il ne dépend que de nous. » dit le Dalaï Lama
Pour vivre une relation épanouie et heureuse, il ne faut pas placer toutes les conditions de son bonheur dans son/sa partenaire. Ce serait détruire les conditions de sa propre liberté et tout attendre de l’autre. Ce serait donc faire dépendre son propre bonheur de ce qui est extérieur à soi.
Evidemment, dans une relation affective, d’amour ou d’amitié, nous attendons que l’autre contribue à notre bonheur et cela est normal. Là où ça ne l’est plus, c’est lorsque nous attendons beaucoup, voire trop ou…. tout ! Savoir où placer le curseur, voilà qui est délicat ! Un indice cependant qui a toute son utilité, c’est de se demander : « Suis-je heureux dans cette relation ? ». Attention cependant à ne pas mélanger cette interrogation avec : « j’ai peur de le/la perdre ». Il est également essentiel de savoir quelle émotion ou sensation cette relation apporte majoritairement : de la joie, du plaisir, de la satisfaction, du contentement ? Ou bien de la tristesse, de la peur, de l’inquiétude, de l’abattement, de l’agacement, de la colère ?
Amour inconditionnel….jusqu’où ?
Beaucoup de personnes estiment qu’il existe deux sortes d’amour : l’amour conditionnel souvent fustigé comme étant un amour qui prend sans donner et surtout qui n’existe que sous condition que l’autre soit ceci ou fasse cela. Il ne serait plus de l’amour mais une demande que l’autre se conforme à ce que l’on désire soi-même. En conséquence est prôné l’amour inconditionnel dans lequel on aime non seulement les qualités de l’autre mais aussi ses défauts. On ne cherche pas à changer l’autre, on l’accepte tel qu’il est. Il arrive même que l’on n’attende rien en retour. En théorie, c’est un amour beau et pur. En théorie.
Il existe une situation où cette forme d’amour est juste et épanouissante : l’amour porté par un parent à son enfant qui peut ainsi se construire. Entre deux adultes, ce n’est plus le cas car il y a un déséquilibre qui peut devenir source de grande souffrance.
Cela aussi traduit un manque d’amour et d’estime de soi mais le « camoufle » sous une forme morale, altruiste, désintéressée. La pureté revendiquée est bien souvent un leurre pour cacher aux autres et à soi-même sa propre difficulté à s’accepter tel que l’on est. En se drapant dans cette vertu, on risque de se désigner comme victime consentante d’un prédateur. Ce n’est plus de l’amour, c’est une abnégation pouvant être particulièrement destructrice lorsque l’on en vient à accepter l’inacceptable. On mélange amour désintéressé de l’autre et irrespect de soi-même. Meilleur moyen de se laisser détruire tout en continuant de revendiquer une vertu altruiste.
A cela s’ajoute souvent une illusion tenace: « Mon amour va le changer ». Dans la majorité des cas (sinon la totalité), ce n’est qu’une illusion qui finit par rendre la relation très malsaine. Le meilleur moyen d’être malheureux, c’est de faire dépendre notre bonheur d’une personne.
Des valeurs à partager
Lorsque l’on quitte cette théorie dangereuse pour revenir à du pragmatisme, on découvre que les tenants de l’amour inconditionnel, malgré tout son déséquilibre et sa potentielle perversité sous-jacente, oublient une prémisse de base pourtant essentielle : la relation est-elle bâtie sur un socle de valeurs communes ?
Si un couple partage les mêmes valeurs fondamentales, cela veut dire qu’il existe une ligne infranchissable : celle de l’atteinte à ces valeurs. Tant qu’elles ne sont pas atteintes, l’amour peut alors se déployer de manière inconditionnelle. Cela signifie par exemple que l’on peut ne pas partager une même idée mais que l’on se reconnait réciproquement le droit de penser autrement sans que cela n’entame l’affection que l’on se porte. La limite ici est celle du respect : « Je respecte ton droit de penser différemment de moi sur tel sujet ». C’est d’ailleurs ce qui permet à chacun d’évoluer car on n’est pas toujours d’accord sur tout et l’échange, en proposant une autre vision, devient alors enrichissant.
En revanche, si cette limité est bafouée, ce n’est plus de l’amour puisque l’on se retrouve dans un rapport domination/soumission. Avec une personnalité qui n’est pas encore parvenue à se construire avec suffisamment de solidité et d’affirmation, une situation de dépendance entrainant une souffrance arrive très vite. Par exemple, on va dire non à son propre désir ou bien, accepter quelque chose que l’on ne veut pas et ce, par peur d’un conflit, peur d’être rejeté ou abandonné, peur de ne plus être aimé, de perdre l’autre, de se retrouver seul, etc.
Quand l’amour est alimenté par toutes ces peurs ou fondé sur elles, quelque soit l’enrobage moral ou spirituel dans lequel on l’enveloppe, ce n’est pas de l’amour. C’est de la dépendance et une incapacité à s’autonomiser ; on se sent obligé de satisfaire les demandes et besoins d’autrui au détriment de ses propres besoins. On en vient à sacrifier sa dignité et son bien-être pour se faire accepter, voire tolérer. Il y a un besoin de plaire à tout prix mais le prix est infiniment trop élevé car le besoin d’être respecté s’efface devant le besoin d’aimer ou de se faire aimer. Cela peut devenir dramatique lorsque le dépassement de ces limites, que constituent ces valeurs, touche à l’intégrité (psychique ou physique) d’un des membres du couple.
Retrouver l’équilibre
Toute relation n’est en équilibre que lorsque le Je et le Tu œuvrent ensemble. Elle est en déséquilibre quand le Je ou le Tu prend un ascendant sur l’autre et l’oblige à se conformer à sa propre vision. Si cette asymétrie arrive occasionnellement, il n’y a pas de souci particulier à se faire (tant que les valeurs et besoins essentiels ne sont pas atteints). Mais si elle est récurrente, alors la souffrance reprend ses quartiers.
C’est là qu’il est nécessaire (et dans certaines situations, vital) de revoir ses propres besoins fondamentaux pour vivre de manière satisfaisante, de bien connaitre ses valeurs pour définir ses limites et de réapprendre à s’aimer soi-même pour se faire respecter. C’est en fait devenir adulte tant l’inconditionnalité revendiquée par certaines personnes témoigne en fait d’une incapacité à décider de ses propres choix et à satisfaire seul ses propres besoins.
Il n’en demeure pas moins qu’il peut arriver qu’une personne aime inconditionnellement car elle ne sait pas aimer autrement, est sécurisée dans cette dépendance et n’en ressent pas de souffrance. Elle peut y voir l’accomplissement d’une valeur plus haute ou plus nécessaire que le respect de sa personne. Une telle personne a toute liberté de vivre cela mais après avoir répondu en toute honnêteté à ces questions : cette relation me satisfait –elle et me permet-elle de m’épanouir comme je le désire? La voudrais-je différemment ? Si elle trouve là un réel équilibre, alors pourquoi pas dès lors qu’elle assume son choix.
Le bonheur, c’est l’équilibre entre ce que l’on vit et ce que l’on désire vivre.
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Lâcher-prise pour aller vers ce qui arrive
Le lâcher-prise n’est pas toujours facile à comprendre. Concrètement, que signifie-t-il ? Parfois, il semble même difficile à mettre en œuvre. Loin d’être une passivité ou une résignation, il est une mise en action pour aller vers ce qui vient, ce qui nous convient. Tout le problème est de savoir comment il faut faire et à quoi ça sert.
Nos limites naturelles
A force d’avoir entendu dire « quand on veut, on peut », nous avons fini par croire que nous avons un immense pouvoir et que tout est affaire de volonté. La conséquence directe de ce genre d’adage dangereux, c’est que lorsque nous rencontrons un échec, la culpabilité arrive aussitôt : c’est parce que nous n’avons pas eu assez de volonté que nous n’avons pas réussi. Mais c’est faux ! Nous pouvons réussir ce qui dépend de nous (mais jamais à 100%) et nous ne le pouvons pas sur ce qui ne dépend pas de nous.
Rien de plus simple comme exposé ; c’est ce qu’Epictète, il y a environ 20 siècles, n’a cessé de répéter et que la plupart des thérapies actuelles reprennent. Et pourtant, nous l’oublions très régulièrement d’où nos insatisfactions, nos pertes de confiance en nous, nos colères et nos culpabilités. Or, si nous pouvons beaucoup, nous ne pouvons pas tout. Même avec de la volonté !
Le lâcher-prise survient quand notre raison nous montre les limites de notre pouvoir : essayez donc de faire miauler un chien ou aboyer un chat ! Cet exemple basique illustre que tout ne dépend pas de notre volonté. De même, vous ne pourrez pas empêcher la loi de la gravitation, la course des étoiles dans le ciel, votre voisin de penser ce qu’il pense ou l’élu(e) de votre cœur de ne pas être sensible à votre charme ; nous ne pouvons pas tout, ni sur le cours de l’univers, ni sur les évènements de la vie ou sur les personnes. Ce n’est donc parce qu’on le veut qu’on le peut !
Notre besoin de contrôle
Même si nous comprenons que notre pouvoir n’est pas illimité, nous avons cependant et quasiment tous une tendance naturelle à vouloir contrôler notre environnement. Cela crée notre sécurité car nous avons alors – ou croyons avoir – la maitrise. C’est rassurant quand nous y parvenons et dans le cas contraire, c’est frustrant, agaçant ou angoissant.
Que voulons-nous contrôler ? Nos idées, nos émotions, nos biens matériels et nos relations, nos collègues de travail, nos familles, ce qu’ils pensent, disent et font et tant d’autres évènements de notre vie quotidienne, voire de la vie en général… Nous voulons que la météo soit ainsi, que la Terre soit mieux respectée, que tel Gouvernement fasse ceci et pas cela, que notre employeur nous octroi une augmentation, que nos enfants se comportent de telle manière, etc, etc. Nous aimerions que tout soit parfait selon notre propre conception de la perfection. Nous nous créons ainsi des attentes (souvent insatisfaites), des inquiétudes, des tensions.
La difficulté à lâcher-prise repose essentiellement sur deux peurs futures : celle de ne pas obtenir ce que l’on désire et celle de perdre ce que l’on a. Mais si nous ne le faisons pas, nous risquons par exemple :
- de ruminer longuement (ou indéfiniment) un échec, voire de nous endormir avec …. et nous prenons alors le risque de nous en rendre malade
- d’essayer de tout faire nous-mêmes jusqu’à en être épuisé ou à l’inverse, de refuser de faire quelque chose de peur d’échouer
- d’imaginer une situation (très) négative si survient quelque chose de différent de ce que nous avons décidé ; nous faisons aussitôt naitre une inquiétude nous empêchant de rester lucide
- d’être en colère quand un imprévu arrive en oubliant que la vie est remplie…d’imprévus !
En gros, nous refusons ce qui est car nous estimons ça pourrait être différent ou plutôt, que ça doit être différent.
Attention, cela ne veut absolument pas dire que nous ne pouvons rien faire et qu’il faut tout subir ! Cela signifie qu’il nous faut en premier lieu réaliser quelle est la véritable étendue de notre pouvoir d’influence et d’action. Lâcher-prise, c’est donc accepter que quelque chose puisse être différent de ce à quoi nous nous attendions. Ce n’est pas l’approuver, s’en contenter ou s’y résigner, c’est reconnaitre qu’elle est ce qu’elle est.
C’est donc bien accepter d’abandonner l’idée du contrôle de tout. C’est en même temps abandonner la peur du non-contrôle en se demandant si la situation négative que nous redoutons a une « réelle réalité » ou n’est qu’un pur produit de notre imagination. Cela implique de s’abandonner en confiance à une certaine incertitude pour focaliser nos énergies, non plus sur ce qui est, mais sur ce nous pouvons faire. Lâcher-prise implique par conséquent de centrer nos énergies sur ce qui dépend de nous et que nous pouvons réaliser.
Ce n’est donc nullement du « j’m’en foutisme » ni se désintéresser de tout en abandonnant tout effort dès que surgit une difficulté. C’est un acte de confiance. En soi et en ce qui arrive. Et une mise en action par rapport à ce qui dépend de nous. Cet abandon confiant demande une certaine pratique mais quel gain immense il nous offre !
Elargir sa vision
Lâcher-prise, très souvent, c’est aussi essayer d’envisager une situation avec un autre angle de vue. C’est sortir d’un cadre quand nous réalisons que ce cadre limitant, c’est nous-mêmes qui l’avons créé. C’est bien ce que préconise Epictète en évoquant nos jugements, c’est à dire notre manière d’appréhender une situation donnée..
En bien des situations de la vie courante, c’est agir tout en ne restant pas focalisé de manière obstinée sur un résultat unique. Cela signifie être ouvert soit à un résultat différent soit à des solutions non prévues. En effet, si vous voulez absolument contrôler ce sur quoi vous n’avez pas de pouvoir, c’est un combat perdu d’avance et qui peut coûter cher (santé physique, psychique ou relationnelle). Si vous acceptez vos limites (et nous en avons tous), que vous les respectez et vous ouvrez à des solutions autres, vous permettez à l’harmonie de reprendre ses droits et vous pouvez agir adéquatement.
Dès lors, il est très intéressant (et très profitable) d’apprendre à lâcher de ce qui nous encombre négativement. Pour cela, il faut d’abord lister ces « encombrements » : un regret, une blessure du passé, un échec, un sentiment de culpabilité, une anxiété, une croyance négative, etc. puis, pour chacun, de se demander :
- Est-il utile de le conserver ainsi, de le ressasser, de m’en affliger ? Qu’est-ce que j’y gagne ? Et qu’est-ce qui j’y perds ?
- Si je lâchais, que se passerait-il de positif pour moi ?
Lorsque nous sommes bloqués par une situation, lâcher-prise permet de prendre du recul pour l’envisager avec un angle de vue différent ; cela ouvre infiniment de possibilités diverses. Nous croyons réel ce qui n’est souvent qu’une simple création de notre imagination et nous enferme dans une vision unique. Elargir sa vision permet une ouverture à beaucoup d’autres « réalités » dont certaines nous seront profitables et bénéfiques;
Nous voyons ainsi que notre volonté dont il était fait mention en début de cet article ne consiste plus à changer ce qui ne peut être changé mais à modifier notre perception d’un évènement donné, (passé, présent ou futur). Car cela dépend de nous, de notre volonté !
PS Pour en savoir plus et comprendre les obstacles du lâcher-prise mais aussi les moyens d’y parvenir, voir mon livre « Le lâcher-prise selon Epictète », ed. Jouvence, 2017
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10 principes clés sur l’empathie
Certaines personnes écoutent sans écouter et cherchent d’abord à donner un conseil. Qui peut être judicieux…ou bien, complètement faux, voire inutile ou même blessant.
La prière dite de Kierkegaard différencie bien l’écoute du conseil comme le montre cet extrait : « Si je veux réussir à accompagner un être vers un but précis, je dois le chercher là où il est et commencer là, justement là. Sinon, je me trompe moi-même quand je pense pouvoir aider l’autre. Pour aider un être, je dois certainement comprendre plus que lui, mais d’abord comprendre ce qu’il comprend. Si je n’y parviens pas, il ne sert à rien que je sois plus compréhensif et plus savant que lui.. »
L’empathie, c’est trouver l’équilibre de l’écoute entre le trop proche qui entrainerait de la confusion et le trop loin qui génèrerait de la froideur. Dans ces deux extrêmes, on passe à côté de ce qui est exprimé alors qu’il s’agit d’établir (ou de renforcer) un lien de confiance et d’échange. Toute personne à qui nous parlons a, comme nous, ses propres idées, ses humeurs, son caractère, etc. Ecouter une personne avec empathie ne peut être une application de « recettes » mais bien un mouvement partant de soi vers l’autre.
Quels pourraient être les dix principes clés de l’écoute empathique ? On peut les résumer de la manière suivante, sachant que chacun est essentiel, dépend des autres et se nourrit des autres.
1/ Accueillir l’autre avec bienveillance sans jugement a priori.
Les jugements visés sont tous ceux qui peuvent être négatifs, dévalorisant, rejetant. L’idéal serait de rencontrer l’autre comme si c’était la première fois. Accueillir, c’est reconnaitre à l’autre le droit de penser ce qu’il pense et de ressentir ce qu’il ressent.
2/ Rester (con)centré et orienté sur l’autre et non sur soi.
C’est l’AUTRE que l’on écoute. Si l’on ramène à soi (« Tiens, justement, il m’est arrivé la même chose. Figures toi que…. »), on n’est plus en écoute.
3/ Trouver le juste équilibre avec une attitude chaleureuse mais non envahissante.
Donner de la chaleur humaine se fait par l’attention que l’on accorde à l’autre et se nourrit de l’intention qui nous fait aller vers lui. Elle n’a pas besoin d’être démonstrative et respecte l’intimité de l’autre.
4/ Chercher le point de vue de l’autre sans constamment faire valoir le sien propre ni conseiller sur tout.
Lorsque l’on s’exprime, on a d’abord et avant tout besoin d’être écouté. Si l’on a besoin d’une solution ou d’un conseil, cela doit être exprimé explicitement. Il faut ainsi faire taire notre réflexe de donner un conseil qui n’est pas demandé. Il faut donc demeurer sur du factuel et s’interroger sur ce que la personne fait en relation avec ce qu’elle veut.
5/ Demeurer disponible et ouvert sans se laisser envahir par ce qui est dit.
A défaut, on entre en fusion qui entraine de la confusion avec le risque de se transformer en éponge à émotions en prenant sur soi le problème de l’autre ; dès lors, on n’est plus un soutien mais un poids. Il importe donc de se dissocier – tout en étant présent à l’autre – pour établir le lien entre les éléments de son discours.
6/ Écouter jusqu’à ce que l’on comprenne ce qu’exprime la personne.
Il faut alors agir en miroir, questionner et reformuler pour (faire) clarifier et (faire) valider ce qui est dit. L’essentiel est de comprendre ce que l’autre comprend et ressent. Il ne s’agit pas d’accepter ou de partager mais avant tout de comprendre.
7/ Laisser la personne chercher sa solution.
Il est ici question de lui permettre d’effectuer son propre chemin. Aider ne consiste pas à faire « à la place de » ou à imposer nos propres idéaux, croyances et valeurs ou doutes, craintes et peurs mais davantage à ouvrir tous les possibles.
8/ Accroître « l’estime de soi » de l’autre.
Pour que l’autre retrouve sa propre estime, il convient d’être attentif à ne pas critiquer, dévaloriser ou exhorter. Cela peut faire naitre de la culpabilité et détruit l’équilibre de la relation en opposant un « sachant » et un « ignare ».
9/ Etre en paix avec soi-même.
Il s’agit là de savoir apprivoiser les sentiments (positifs ou négatifs) que l’on peut éprouver pour l’autre. Carl Rogers avait une interrogation puissante et source de réflexions : «Suis-je psychologiquement mûr ? ». On pourrait ajouter : « Suis-je en état d’écoute ? ». Il ne s’agit pas d’être empathique à chaque instant avec chaque personne mais de l’être lorsque cela est approprié.
10/ Et s’interroger : que ferais-je et que ressentirais-je si j’étais cet autre, vivant ce qu’il vit ? Que comprendrais-je si j’étais à sa place ?
Dans un très grand nombre de situations, le fait de se décentrer ainsi est une clé pour comprendre l’autre.
Finalement, être empathique, c’est développer et adopter le plus souvent possible les attitudes suivantes : flexibilité, finesse, intuition, confiance, respect, bienveillance.
L’empathie n’est pas un objectif mais un moyen pour comprendre l’autre. En effet, l’objectif n’est pas de s’affronter dans une lutte de « c’est moi qui ait raison ! » car ce n’est plus alors un dialogue mais une bagarre de deux monologues. ; il est de comprendre ce qui est exprimé, aux niveaux cognitif et émotionnel. L’empathie a donc toute sa place dans chacune de nos relations, personnelles ou professionnelles.
Les gens changent non pas en fonction de nos conseils, fussent-ils avisés, mais d’abord en fonction de la façon dont on les écoute.
Pour approfondir le sujet, voir mon livre : « L’empathie, un chemin vers la bienveillance – Développer son intelligence relationnelle » Xavier Cornette de Saint Cyr. Ed. Jouvence,2017. Un petit livre pratique pour comprendre ce qu’est réellement l’empathie, en découvrir ses bienfaits et apprendre à la mettre en œuvre dans chacune de ses relations.


