
Assurément, I. Yalom a un sacré talent de conteur et de vulgarisateur. Il maitrise ce dont il parle et le mélange des genres donne un résultat tout à fait original et passionnant.
Il est évident que cet ouvrage de fiction, qui tresse les liens entre philosophie et psychologie, n’a pas pour but de dévoiler ou d’analyser tous les secrets de la pensée nietzschéenne ou des principes freudiens. Il n’en demeure pas moins que la lecture est captivante et instructive, et renvoie à un grand nombre de questionnements auxquels chaque protagoniste apporte sa réponse selon son propre point de vue, ses pensées, ses émotions et son parcours de vie.
Malgré peut être quelques longueurs ici ou là, ce qui raconté est tout à fait plausible et tient en haleine, dans une sorte de suspense jubilatoire. Cela permet de mieux saisir les débuts de la psychanalyse et surtout peut constituer une approche accessible et fort agréable de la philosophie de Nietzsche, à tel point que l’on a envie d’en savoir plus et de découvrir les œuvres de cet étonnant penseur. Les personnages secondaires apparaissent tout intéressants, en particulier Lou Andréas-Salomé.
Du même auteur et tout aussi captivant, « La méthode Schopenhauer », moins connu semble-t-il et cependant séduisant dans ces interactions où la recherche du sens de la vie et la manière de l’aborder tient le haut du pavé.
La contribution de I. Yalom à la diffusion des idées est originale et particulièrement louable.
Catégorie : Mes Lectures
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Et Nietzsche a pleuré – Irvin Yalom
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Espérer l’inespérable : vivre selon Héraclite – Roger Von Oech

Héraclite, le « Lao-Tseu grec », le philosophe qualité d’obscur pour lequel les stoïciens eurent de la vénération.
Il faut bien reconnaitre que lire « Les fragments » ne va pas de soi. « On ne peut pas entrer deux fois dans le même fleuve » est sans doute l’aphorisme le plus célèbre. Pour les autres, on peut trouver cela très beau, cela ne signifie pas que l’on ait compris ce qu’Héraclite voulait dire ou aurait pu dire ! C’est en tout cas une source inépuisable d’inspiration, de réflexions et de méditations. On peut consulter indéfiniment Héraclite sans jamais s’en lasser.
Là où ce livre présente un très grand intérêt, c’est que son auteur décline chaque aphorisme à la lumière d’exemples reliés à l’Histoire et de faits concrets dont sont émaillées nos vies quotidiennes et en donne une analyse, voire une explication à la fois simple et subtile. Chacun est transposé dans la réalité et prend donc toute sa force en perdant son côté abstrait. On comprend que le sous-titre soit « Vivre selon Héraclite ».
Point non négligeable : ce livre bénéficie d’une belle impression et est édité dans une collection très sympathique qui permet au sens propre de le glisser dans sa poche et donc de l’avoir constamment à portée de main. Un véritable livre de chevet et une remarquable réussite. -
Épictète et la sagesse stoïcienne – Jean-Noël Duhot

Epictète, le fameux « esclave philosophe », s’est posée en théoricien et acteur majeur de cette grande philosophie qu’est le stoïcisme.
Parmi un certain nombre de concepts qui émaillent sa pensée, certains plus fondamentaux se dégagent. Ceux qui ont trait à la morale, en résumé, peuvent se décliner de la manière suivante : Vis conformément à la nature, Vis conformément à la raison et Vis d’une façon cohérente et libre.
Ce livre est riche, accessible et complet dans un style très agréable par un auteur intelligemment documenté. Il explique parfaitement en quoi la vision et la compréhension du stoïcisme et notamment d’Epictète se doivent d’être replacées dans son contexte historique, et non uniquement appréhendées avec nos concepts actuels. Chaque époque a ses propres référents et oublier cela conduit à des contre-sens.
Un ouvrage de référence pour mieux cerner cet homme étonnant qui ne se contentait pas d’enseigner sa philosophie mais s’appliquait à la vivre. -
L’héritage de la pensée grecque et latine – Pierre Palayret

Un excellent petit livre, agréable à lire et particulièrement instructif, dans une collection de qualité.
Sont présentés les grands courants de pensée dans la Grèce et la Rome antiques, leurs évolutions et la manière dont ils ont formé un socle sur lequel s’appuie notre culture européenne actuelle, le tout dans un recadrage historique permanent et très utile. On y apprend combien nous sommes les héritiers de cette Antiquité d’une incomparable richesse (les arts, la politique, la littérature, les modes de pensée, etc). Concernant le stoïcisme par exemple, on y voit son rôle et la façon dont il a su s’adapter aux changements de contexte, de sa naissance jusqu’à aujourd’hui. Un grand plaisir de lecture et d’enrichissement. -
Les Sagesses antiques – Michel Onfray

On aime ou n’aime pas Michel Onfray. Force est de reconnaître qu’il a une véritable passion pour la philosophie et une véritable passion de la partager et de la mettre à la portée de tous. Son style est simple, clair et percutant. Un bonheur de le lire !
Ici, centré sur les sagesses antiques, il nous donne à découvrir tous les philosophes « inconnus », ceux dont on ne parle pas ou plus, écartés par les tenants de l’historiographie classique et dont la pensée à cependant contribué à enrichir l’humanité.
On est loin de la « philosophie classique » telle qu’elle est dramatiquement enseignée. Sous la plume d’Onfray, la revoilà enfin vivante, claire, utile et concrète. Au passage, il tord tranquillement le cou à Platon, sublimé dans nos écoles mais antihédoniste au possible et guerroyant contre tous ceux qui ne pensaient pas comme lui. Il donne également une autre image des sophistes sur lesquels nous avons des tas d’idées négatives et péjoratives (du fait des dialogues de Platon).
Le propos de l’auteur n’est sans doute pas totalement neutre. Grand défenseur de la philosophie hédoniste (et pourquoi pas, après tout ?), ce sont surtout les auteurs allant dans ce sens qu’il « déterre ». Mais au moins, on apprend (beaucoup) et son argumentation est solide. En outre, pour ceux qui, du fait de l’enseignement donné dans les écoles, avaient une sainte horreur de la philo., voici une excellente manière de les réconcilier, de leur montrer que ce n’est pas aussi abstrait et abscond qu’ils le redoutaient mais tout au contraire, bien enchâssé dans la réalité quotidienne et accessible. Beau travail, non ?
Un livre parfaitement documenté et dont la bibliographie est passionnante, un véritable guide ne se contenant pas d’une énumération d’ouvrages mais insérant des commentaires très personnels et critiques.
Pour élargir son horizon, pour découvrir tout « ce que l’on nous avait caché » et pour mieux saisir l’évolution et les circonvolutions de la pensée, à lire sans retenue aucune ! -
Les Grands Philosophes de la Grèce antique – Luciano De Crescenzo

Deux parties : une sur les Présocratiques et une allant de Socrate à Plotin. C’est léger, c’est vif, c’est amusant.
On pourra toujours reprocher au livre de ne pas aller très en profondeur. Ce n’est pas son propos (et la bibliographie en annexe renvoie à des oeuvres plus spécifiques). Il a pour objectif en 350 pages de dresser un panorama global s’étendant sur quelques siècles de ces penseurs dont nous sommes les héritiers et il le fait d’une manière alerte particulièrement agréable. Il y a longtemps que j’ai lu ce livre mais j’y reviens régulièrement pour me rappeler en 3 ou 4 pages qui était tel philosophe ou quels étaient ses grands principes.
Pour ceux qui voudraient connaitre ces philosophies d’une immense richesse mais hésitent face à certains « pavés » – de haute qualité souvent mais plutôt impressionnant – voici un excellent résumé qui n’omet pas l’essentiel et à consommer sans modération comme une douce gourmandise.
Comme quoi, on peut tout à fait écrire des livres de philosophie qui soient à la fois profonds et instructifs autant que distrayant et délassant. -
Le Bréviaire du chaos – Albert Caraco

Albert Caraco, écrivain de grande culture, est tout à fait inconnu malgré une oeuvre gigantesque, tant en philosophie qu’en littérature, malgré la qualité évidente de son style que d’aucuns pourraient parfois trouver archaïsant mais qui n’en possède pas moins une réelle force.
Il n’a pas été maudit. Pire : il a été ignoré et il faut rendre hommage aux Editions L’Age d’Homme de faire paraitre ses œuvres.
Il est vrai que l’homme n’est pas foncièrement sympathique et ne cherche nullement à l’être. On le compare souvent à Cioran en tant que nihiliste. Au jeu des comparaisons, je lui trouve plutôt des parentés avec Lautréamont pour sa démesure, Céline pour ses propos acerbes, Schopenhauer pour son désabusement et Nietzsche pour son aspect visionnaire. Et en même temps, il est totalement et absolument inclassable.
Il est vrai aussi qu’en ces temps actuels où il « faut » être heureux, une telle noirceur parait obscène, que face au « politiquement correct », il n’est pas de ceux qui se paient de mots et que vis-à-vis de l’humanisme, ses imprécations ont une virulence indécente qui secoue et ne laisse pas indifférent.
Il est souvent outrancier même quand il use d’une syntaxe sobre et peut choquer plus d’une fois. Mais il faut reconnaitre que ses « prophéties » sonnent parfois tellement justes ! On pourrait croire qu’elles ont été écrites il y quelques mois. Non, c’était il y a une cinquantaine d’années.
Ce livre porte bien son titre : Il y a beaucoup de chaos dans ses proférations, tantôt lumineuses et pertinentes, tantôt intempestives et agaçantes ou dérangeantes. Après des condamnations folles et des anathèmes d’un radicalisme sans appel, on le retrouve à énoncer des vérités que peu (personne ?) n’oserait énoncer et ce, avec une implacable lucidité.
On estime alors que l’on ne peut accepter d’adhérer à ses propos, on considère qu’il part dans un délire exagéré et subversif et tout à coup, au détour d’une phrase, on se surprend à ne pouvoir faire autrement qu’approuver ce qu’il énonce et à se dire que là, oui, il a raison.
Une œuvre brève, très particulière, parfois effrayante et sans pitié et cependant passionnante et percutante. -
Lâcher prise avec Schopenhauer – Céline Belloq

Le titre du livre n’est pas des plus heureux mais son contenu est fastueux. Certes, toute la philosophie de Schopenhauer n’est pas ici exposée mais ce n’est pas le propos de cette collection qui tend à s’intéresser à un aspect majeur d’une idée et à la développer avec simplicité, la mettant ainsi à la portée de tous.
Schopenhauer, finalement assez mal connu, est surtout réputé pour sa noirceur. Et cependant, il décortique avec une grande lucidité les raisons pour lesquelles nous sommes souvent confrontés à un mal de vivre lancinant et décourageant. Une fois que l’on a bien saisi cela et que l’on a appris à se détacher des faux semblants, des promesses illusoires et des valeurs inutiles qui nous encombrent, il est temps alors de chercher une « voie » pour apprendre à vivre autrement. Ce philosophe ne fait pas de concessions et nomment les choses comme elles sont. C’est cette lucidité là qui est nécessaire si l’on veut cesser de se bercer dans quelque chose de plus doux en apparence mais qui au final ne nous apporte nullement ce que l’on espérait.
Celine Belloq réalise ici un très beau travail, bien structuré, accessible et nous permettant de s’ouvrir à quelque chose que l’on n’attendait pas avec Schopenhauer : le lâcher-prise. C’est puissant et passionnant. -
Réussir sa vie avec le Tao – Didier Gonin

Ouvrage de très belle qualité à tous points de vue. Le commentaire d’un lecteur m’avait inspiré ; je l’ai suivi et j’ai trouvé un immense plaisir à lire ce livre. Il impressionne peut être de prime abord mais sa lecture est particulièrement aisée, instructive et enrichissante.
Nul n’est besoin d’être taoïste pratiquant ou philosophe érudit pour le lire. Il invite, avec simplicité et pragmatisme, à poser de très utiles jalons dans notre existence, à réfléchir sur d’autres voies possibles et à gagner en sérénité dans la vie de tous les jours.
Je le recommande très chaleureusement car il possède beaucoup de qualités et au premier rang desquels, le plaisir : plaisir de la découverte, de la réflexion, de l’apprentissage, de la rêverie.
Mes félicitations et mes remerciements à son auteur. La traduction du Tao Tö King est réactualisée; je l’ai souvent comparée à 3 ou 4 autres versions et très souvent, celle-ci est dix fois plus lisible pour un esprit occidental sans que le sens initial n’en soit altéré. Ce livre démontre avec talent que l’on peut s’appuyer sur un texte bien ancien pour (ré)orienter sa façon de vivre aujourd’hui même. Car ce texte est en fait intemporel. Gageons que dans quelques siècles, il conservera la même actualité. -
Le taoïsme – Marc Halévy

Lao Tseu, contemporain de Bouddha et d’Héraclite, n’a pas fini, 25 siècles après, de nous étonner et de nous questionner. Ses propos ont toujours la même profondeur et la même actualité.
De tous les ouvrages sur le taoisme, c’est l’un de mes préférés, raison pour laquelle je l’ai déjà offert à plusieurs personnes et en parle régulièrement. Il présente deux qualités qui lui confèrent une belle richesse et une réelle facilité de lecture : simplicité et exhaustivité.
Les concepts présentés sont mis à la portée d’un esprit occidental et invitent à la réflexion avec, notamment en question sous-jacente : comment puis-je, dans mon quotidien, aujourd’hui et dans la société dans laquelle j’évolue, mettre en application et vivre pleinement ces concepts ? Comment en faire un mode de vie, voire un art de vivre ? Je déjà lu ce livre 2 ou 3 fois et vais recommencer car, au fur et à mesure de notre propre évolution, certains passages prennent un autre relief et c’est passionnant !